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Phtalates

Aussi appelée Métabolites des phtalates · MEP, MnBP, MiBP, MBzP · MEHP, MEHHP, MEOHP, MECPP (DEHP) · Phtalates urinaires

L'analyse des phtalates mesure dans les urines les métabolites de plastifiants très répandus. Elle renseigne sur l'exposition des derniers jours, pas sur un risque individuel chiffré.

Recueil d’urinesFamille : toxiques de l'environnementPreuve émergente

Testez-vous en 5 questions

En bref

Cette analyse dose dans les urines les produits de dégradation de plastifiants (phtalates) présents dans les emballages et les cosmétiques. Elle reflète l'exposition récente, pas l'exposition de toute une vie.

À lire avec

Recueil d’urinesBilans de perturbateurs endocriniens ou de toxiques de l'environnement, souvent associés aux parabènes, aux bisphénols et aux pesticides urinaires.

µg/L (ou µg/g de créatinine)Preuve émergente

Profil sportif

Aucune étude vérifiée pour cette fiche ne mesure l'effet de l'effort sur ces métabolites. Une urine concentrée après une séance ou une déshydratation fait monter les valeurs brutes. La créatinine urinaire dépend en partie de la masse musculaire : l'ajustement à la créatinine peut donc se lire différemment chez un sportif très musclé.

Pourquoi on la demande

  • Estimer l'exposition récente à des plastifiants présents dans les emballages, les cosmétiques et les revêtements
  • Suivre l'effet d'un changement d'habitudes (moins d'aliments emballés ou ultra-transformés, moins de produits parfumés)
  • Compléter un bilan de perturbateurs endocriniens avec les parabènes et les bisphénols
  • Projet de grossesse ou grossesse, chez une personne qui souhaite connaître son exposition
  • Curiosité de biohacker : comparer son profil d'exposition à celui de la population

Valeur basse, valeur haute

Causes d’une valeur haute

  • Exposition alimentaire récente (aliments emballés, contenants plastiques)
  • Usage de produits de soin ou de parfums
  • Exposition domestique ou professionnelle (PVC, revêtements, poussières)
  • Urine très concentrée si le résultat n'est pas ajusté à la créatinine

À savoir : ce qui peut la fausser

  • Une exposition très récente : le dosage reflète surtout les dernières heures à quelques jours
  • L'alimentation du jour et le type de contenant alimentaire (barquettes, boîtes, films)
  • L'usage de produits de soin, de parfums ou de cosmétiques avant le prélèvement
  • La dilution de l'urine : boire beaucoup ou peu change la concentration, d'où l'ajustement à la créatinine
  • Les médicaments dont l'enrobage ou la formulation contient des phtalates
  • La contamination du flacon ou du matériel de prélèvement : utilisez uniquement le flacon fourni par le laboratoire
  • Le moment du prélèvement : un échantillon isolé varie fortement d'une miction à l'autre

Ce que mesure l’analyse

Les phtalates sont des plastifiants. Ils rendent les plastiques souples, notamment le PVC, et entrent dans certains cosmétiques, parfums et revêtements. Ils ne sont pas liés chimiquement à la matière : ils migrent progressivement vers l’air, la poussière, les aliments et la peau.

Une fois absorbé, un phtalate est transformé par l’organisme. Une enzyme coupe d’abord la molécule pour former un monoester ; pour les phtalates à longue chaîne comme le DEHP, ce monoester est ensuite oxydé en plusieurs dérivés. L’analyse dose ces métabolites dans les urines :

  • MEP : métabolite du phtalate de diéthyle, très présent dans les produits parfumés ;
  • MnBP et MiBP : métabolites des phtalates de dibutyle ;
  • MBzP : métabolite du phtalate de benzylbutyle ;
  • MEHP, MEHHP, MEOHP et MECPP : métabolites du DEHP, le plastifiant du PVC le plus étudié.

On mesure les métabolites plutôt que les molécules d’origine, car elles sont partout dans l’environnement du laboratoire : doser le produit de dégradation évite de mesurer sa propre contamination.

Comment se passe le prélèvement

Le prélèvement est urinaire. Beaucoup de laboratoires demandent les premières urines du matin ; d’autres acceptent un échantillon ponctuel. Les premières urines du matin donnent une estimation proche de l’exposition moyenne de la journée : dans une étude coréenne de 12 participants suivis sept jours, la plupart des métabolites des premières urines étaient corrélés à ceux des urines pooled de la journée (Mok et al., 2022)1.

Utilisez uniquement le flacon fourni par le laboratoire et suivez ses consignes de conservation et d’acheminement. Chaque laboratoire a ses propres méthodes, ses unités et ses normes : un résultat ne se compare qu’aux références du laboratoire qui l’a rendu.

Comment lire le résultat

Le résultat est rendu en µg/L, parfois en µg/g de créatinine. L’ajustement à la créatinine corrige en partie la dilution de l’urine. Dans l’étude de Mok et al., les concentrations ajustées à la créatinine ou à la densité urinaire étaient plus reproductibles que les valeurs brutes.

Le point à retenir est la variabilité. Les phtalates ont une demi-vie courte dans l’organisme : l’urine reflète donc les dernières heures à quelques jours d’exposition. Pour décrire la reproductibilité d’un dosage, les chercheurs emploient le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) : proche de 0, l’échantillon d’un jour ne prédit pas celui d’un autre jour ; proche de 1, il le prédit très bien. Chez six volontaires suivis par des premières urines pendant 45 jours, le CCI allait de 0,500 à 0,724 pour le MnBP, le MiBP et le MEP, et de 0,867 à 0,957 pour les métabolites du DEHP, ce qui est élevé (Jia et al., 2022)2. Avec des urines ponctuelles prélevées toute la journée, le CCI du monométhyl phtalate tombait à 0,002 (Mok et al., 2022). Autrement dit, selon le métabolite et le protocole, un résultat unique peut être très représentatif ou presque aléatoire.

Ce que vous avez mangé, le contenant qui l’a transporté et les produits de soin utilisés influencent plusieurs métabolites, comme l’ont montré les analyses de Jia et al. Il n’existe pas de seuil individuel consensuel au-delà duquel un résultat est « dangereux » : le laboratoire situe votre valeur par rapport à une distribution de population, ce qui ne dit rien de votre état de santé.

Ce que dit la science

Le dosage urinaire des métabolites de phtalates est une méthode établie de biosurveillance de l’exposition. Son interprétation médicale individuelle reste, elle, au stade de la recherche : d’où un niveau de preuve « émergente ».

Les études qui cherchent des liens avec la santé sont observationnelles. Chez 295 femmes enceintes de l’Illinois, une meilleure qualité d’alimentation était associée à des métabolites urinaires de DEHTP, un plastifiant de remplacement du DEHP, plus bas de 18 % pour chaque tranche de 10 points du score alimentaire, et cette baisse expliquait 21 % du lien entre alimentation et adiposité (Pacyga et al., 2024)3. Cette analyse statistique ne démontre pas que les phtalates causent l’adiposité, et le DEHTP n’est pas l’un des métabolites de ce panel.

Limites à garder en tête : un seul prélèvement ne résume pas des semaines d’exposition ; les sources sont multiples et se recoupent (alimentation, cosmétiques, poussières) ; et un résultat « bas » aujourd’hui n’exclut pas un pic hier.

Les analyses à associer

Les phtalates sont rarement dosés seuls. Le bisphénol A et les bisphénols S et F complètent le tableau des plastiques, les parabènes celui des cosmétiques, et les composés perfluorés celui des emballages et des revêtements. Doser plusieurs familles à la fois évite de conclure sur une seule molécule.

À retenir

  • Cette analyse mesure l’exposition récente, pas un stock accumulé dans l’organisme.
  • La reproductibilité varie selon le métabolite : un résultat isolé est une photographie.
  • Alimentation, contenants et produits de soin modifient le résultat.
  • Il n’existe pas de seuil individuel consensuel : chaque laboratoire a ses références.
  • Un résultat se discute avec un médecin, en tenant compte des conditions du prélèvement.

Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études[+]

Testez-vous 5 questions pour vérifier ce que vous avez retenu

Une question à la fois, la réponse expliquée tout de suite.

  1. 01Pourquoi dose-t-on des métabolites et non les phtalates eux-mêmes ?

  2. 02Un seul prélèvement donne-t-il une image fiable de mon exposition habituelle ?

  3. 03Mon résultat dépend-il de mon alimentation et de mes cosmétiques ?

  4. 04Existe-t-il un seuil individuel qui dit si mon résultat est dangereux ?

  5. 05À quoi sert l'ajustement à la créatinine ?

Un proche attend ses résultats ?

Envoyez-lui cette fiche : ce qui peut fausser le chiffre.

Une analyse se lit avec votre médecin : cette fiche explique, elle ne remplace ni un diagnostic ni les normes de votre laboratoire.