Ce que mesure l’analyse
Le bisphénol S (BPS) et le bisphénol F (BPF) sont deux composés proches du bisphénol A (BPA). Ils servent à fabriquer des plastiques de type polycarbonate, des résines époxy et du papier thermique, et remplacent le BPA dans de nombreux produits étiquetés « sans BPA ». Comme le BPA, ce sont des suspects de perturbation endocrinienne : leur structure chimique ressemble à celle d’hormones, ce qui justifie des recherches.
L’analyse mesure le BPS et le BPF dans l’urine, le plus souvent sous forme totale (libre et conjuguée), par chromatographie couplée à la spectrométrie de masse. Elle s’adresse à ceux qui veulent savoir si l’exposition au BPA a simplement été remplacée par une exposition à ses substituts.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement est un échantillon d’urine, dans un flacon fourni par le laboratoire. Un contenant plastique inadapté peut contaminer l’échantillon. Suivez la consigne du laboratoire sur le moment du recueil.
Notez le dernier repas et les produits emballés consommés dans les heures précédentes. Évitez de manipuler des tickets de caisse ou des étiquettes thermiques juste avant. Précisez toute exposition professionnelle. Conservez l’échantillon au frais jusqu’à sa remise.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µg/L, parfois en µg/g de créatinine. Il n’existe pas de valeurs de référence consensuelles pour le BPS et le BPF : chaque laboratoire a ses normes. Nous n’affichons donc pas de cadran. Les concentrations observées dans les enquêtes de population décrivent la population, mais ne servent pas de seuil pour une personne.
Le chiffre reflète les dernières heures. Chez sept volontaires ayant avalé une dose de BPS marqué, le composé était rapidement absorbé, avec une demi-vie terminale d’élimination de moins de 7 heures. La fraction excrétée dans l’urine en 48 heures était de 92 % chez les hommes et 70 % chez les femmes, avec une grande variabilité (Oh et al., 2018)1. Un seul échantillon est donc un instantané.
Un résultat haut peut traduire un repas ou un contact récent. Un résultat bas ne garantit pas une exposition faible au long cours. Plusieurs prélèvements à des moments différents donnent une image plus fiable de l’exposition habituelle.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent. L’exposition est très répandue. Dans l’enquête américaine NHANES 2013-2014, le BPA, le BPS et le BPF étaient détectés respectivement dans 95,7 %, 89,4 % et 66,5 % des échantillons d’urine analysés. Les médianes étaient de 1,24 µg/L pour le BPA, 0,35 µg/L pour le BPF et 0,37 µg/L pour le BPS chez les adultes (Lehmler et al., 2018)2. Ces médianes décrivent la population américaine de l’époque. Elles ne sont pas des normes de santé.
Les effets sur la santé sont encore explorés par des études d’association. Dans une analyse de NHANES 2013-2016 chez des adultes, un BPS urinaire plus élevé allait de pair avec un acide urique sanguin légèrement plus haut, avec des différences selon le sexe (Jiang et al., 2024)3. L’étude est transversale : elle ne prouve ni cause ni conséquence individuelle.
Ce que la littérature ne démontre pas : aucun seuil de BPS ou de BPF urinaire ne justifie d’agir chez une personne en bonne santé, et rien n’établit que remplacer le BPA par ses substituts soit plus sûr, ou moins sûr, à l’échelle individuelle.
Les analyses à associer
Le BPS et le BPF se lisent avec le BPA, car les produits « sans BPA » changent seulement de bisphénol. Les phtalates et les parabènes, dosés dans la même urine, donnent le reste de l’exposition aux perturbateurs endocriniens courants. Les composés perfluorés élargissent le bilan à d’autres polluants des produits de consommation.
À retenir
- Le BPS et le BPF sont des substituts du BPA, présents dans des produits « sans BPA ».
- Ils sont éliminés vite : le dosage reflète les dernières heures.
- Ils sont très répandus dans la population générale.
- Il n’existe aucun seuil clinique consensuel ; chaque laboratoire a ses normes.
- Les liens avec la santé viennent d’études d’association ; un résultat est une piste à discuter avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études