Ce que mesure l’analyse
Le glyphosate est un herbicide non sélectif, utilisé en agriculture, en foresterie, dans l’entretien des espaces verts et dans certains usages domestiques. Dans l’organisme, une petite part est transformée en AMPA (acide aminométhylphosphonique), son principal métabolite. L’analyse dose ces deux molécules dans l’urine.
Ces deux molécules sont très polaires, donc difficiles à doser. Les laboratoires emploient des méthodes spécialisées de chromatographie couplée à la spectrométrie de masse. Une méthode récente, sans étape de dérivatisation, atteint des limites de détection de 0,1 ng/mL pour le glyphosate et 0,2 ng/mL pour l’AMPA dans l’urine (Qiang et al., 2026)1. Cette sensibilité varie d’un laboratoire à l’autre, ce qui compte lorsque l’on compare deux résultats.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’un recueil d’urine, dans le flacon fourni par le laboratoire. Aucun jeûne n’est nécessaire. Le laboratoire précise s’il souhaite les premières urines du matin ou un échantillon ponctuel, ainsi que les conditions de conservation et d’acheminement : suivez ses consignes. Si vous avez manipulé un produit désherbant dans les jours précédents, notez-le sur la fiche de prélèvement ; cela change l’interprétation.
Comment lire le résultat
Le résultat est rendu en µg/L, parfois en µg/g de créatinine. Chaque laboratoire a ses propres limites de détection et ses références ; il n’existe pas de seuil individuel consensuel au-delà duquel un résultat serait « anormal ».
Pour interpréter une valeur, il faut connaître la cinétique. Dans une étude chez des volontaires ayant reçu du glyphosate par voie orale ou cutanée, le pic plasmatique était atteint après 2,5 h et le pic urinaire, de 161 µg/L, après 13 h. L’analyse des selles montrait qu’une fraction substantielle n’était pas absorbée, et l’application sur la peau n’entraînait qu’un faible passage dans le sang (Wieland et al., 2026)2. Les auteurs soulignent qu’il subsiste des incertitudes sur la distribution du glyphosate dans l’organisme, notamment vers l’os.
Concrètement, un dosage urinaire reflète l’exposition récente : il ne renseigne ni sur ce qui s’est passé il y a des mois, ni sur une accumulation. Un résultat isolé ne dit pas non plus s’il provient de l’alimentation, du jardin ou du travail.
Ce que dit la science
La mesure urinaire du glyphosate est une méthode de biosurveillance reconnue pour estimer une exposition. Son usage pour guider une décision médicale individuelle n’est pas validé : le niveau de preuve est « émergent ».
La question de l’effet sur la santé est débattue. Dans une cohorte de naissance new-yorkaise de 1 450 femmes enceintes, dont 7 % ont accouché prématurément, une concentration urinaire de glyphosate entre 18 et 25 semaines de grossesse était associée à une naissance prématurée (odds ratio 1,35 ; intervalle de confiance à 95 % de 1,04 à 1,76) et plus fortement à une prématurité spontanée (odds ratio 2,01 ; de 1,40 à 2,90). L’AMPA n’était pas associé à la prématurité (Herrera et al., 2026)3. Il s’agit d’une association observée dans une étude : elle n’établit pas une relation de cause à effet, et elle demande à être répliquée dans d’autres populations.
Limites générales : peu de données sur les effets à long terme d’une exposition faible ; une mesure urinaire unique ne décrit pas l’exposition sur la durée ; les méthodes d’analyse ne sont pas toutes équivalentes.
Les analyses à associer
Le glyphosate est souvent dosé avec les pesticides organophosphorés et les pyréthrinoïdes, qui complètent le tableau des pesticides d’usage courant. La créatinine permet de tenir compte de la dilution de l’urine. Le cadmium et d’autres métaux entrent dans un bilan plus large de toxiques de l’environnement.
À retenir
- L’analyse dose le glyphosate et l’AMPA dans l’urine, avec une méthode spécialisée.
- Le résultat reflète l’exposition récente, pas un stock accumulé.
- Les limites de détection varient selon les laboratoires.
- Les liens avec la santé sont des associations observées, pas des causalités démontrées.
- Pas de seuil individuel consensuel : discutez le résultat avec un médecin, en précisant votre contexte d’exposition.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études