Ce que mesure l’analyse
Les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) sont des molécules formées de plusieurs cycles benzéniques accolés. Ils proviennent de la combustion incomplète de matières organiques : carburants, bois, charbon, tabac, grillades. L’exposition de la population générale est ubiquitaire, et certains HAP sont classés cancérogènes (Tombolini et al., 2018)1.
Comme ces molécules existent toujours en mélange, on dose dans les urines le 1-hydroxypyrène (1-OHP), un métabolite du pyrène qui sert de traceur de l’exposition aux HAP. Le benzo[a]pyrène (BaP) est le HAP le plus étudié pour son pouvoir cancérogène, mais on ne le mesure pas directement dans les urines : le 1-OHP n’est donc pas un dosage du benzo[a]pyrène lui-même.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’un recueil d’urines. En médecine du travail, on prélève souvent en début et en fin de poste. Chez 100 ouvriers d’une cokerie italienne, la médiane du 1-OHP passait de 1,45 à 1,96 µg/g de créatinine au cours du poste, sans différence statistiquement significative (Campo et al., 2012)2. Pour un bilan hors profession exposée, un échantillon ponctuel avec dosage de la créatinine est la règle.
Signalez au laboratoire un tabagisme, un feu de cheminée ou un barbecue récent. Dans une étude de population, aucun facteur personnel étudié (âge, sexe, alcool, apport alimentaire en pyrène) ne modifiait le résultat chez les non-fumeurs, alors que chez les fumeurs, le nombre de cigarettes par jour et l’indice de masse corporelle l’influençaient (Roggi et al., 1997)3. Ce résultat concerne un échantillon limité : il n’écarte pas toute influence de l’alimentation.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µg/g de créatinine, pour tenir compte de la dilution des urines. Les zones du cadran viennent d’une étude italienne : en dessous de 0,3 µg/g, la valeur est inférieure à la référence italienne en population générale ; entre 0,3 et 4,4 µg/g, elle dépasse cette référence ; au-dessus de 4,4 µg/g, elle dépasse la limite biologique proposée pour l’industrie des cokeries. Cette étude a comparé 100 ouvriers de cokerie à des habitants vivant près ou loin de l’usine, dont les médianes de 1-OHP étaient de 0,56 et 0,53 µg/g de créatinine. Elle note que 93 % des habitants éloignés et 88 % des riverains dépassaient la référence italienne de 0,3 µg/g, et que 21 % des ouvriers dépassaient 4,4 µg/g (Campo et al., 2012)4. Un résultat au-dessus de 0,3 µg/g est donc courant dans la population, ce qui invite à ne pas le surinterpréter.
Le poids du tabac est net. Dans une étude de 1 016 volontaires d’Italie centrale (747 non-fumeurs et 269 fumeurs), le 1-OHP était significativement plus élevé chez les fumeurs. Les médianes de tous les métabolites étaient plus élevées chez les femmes que chez les hommes, tandis que le 3-hydroxybenzo[a]pyrène ne suivait pas la cotinine (Tombolini et al., 2018)5. Cette donnée sur le sexe n’a pas été retrouvée dans l’étude de Roggi : les études divergent, et la différence reste à confirmer.
Ce que dit la science
Le 1-OHP est un marqueur d’exposition, pas un marqueur d’effet : il ne dit rien sur un risque individuel de cancer. Chez les non-fumeurs de la cokerie, il était corrélé à la concentration de benzo[a]pyrène dans l’air (r = 0,65), ce qui a permis d’estimer des niveaux de 1-OHP de 1,2 et 1,9 µg/g de créatinine en fin de poste, correspondant aux limites allemandes « acceptable » et « tolérable » pour l’air (Campo et al., 2012)6. Ces correspondances sont propres à ce contexte industriel.
Niveau de preuve : courante (b). Le dosage est utilisé en médecine du travail et en biosurveillance, mais ses repères varient selon les études et les pays, et il reflète surtout l’exposition récente. Il ne remplace pas la mesure de l’air ni l’avis d’un médecin. Aucune source retenue ici ne montre qu’un régime ou un complément fasse baisser le 1-OHP ; la piste logique est de réduire les sources (tabac, combustion domestique, expositions professionnelles).
Les analyses à associer
- Cotinine : elle indique si le tabac explique le résultat.
- Composés organiques volatils : autre famille de polluants de combustion et de solvants, mesurée dans les urines.
- 8-hydroxy-2′-désoxyguanosine : marqueur du stress oxydatif de l’ADN, parfois dosé avec ces polluants.
- Créatinine : elle sert à corriger la dilution des urines.
À retenir
- Le 1-hydroxypyrène est un métabolite du pyrène qui sert de traceur d’exposition aux HAP, pas un dosage du benzo[a]pyrène.
- La référence italienne de 0,3 µg/g de créatinine est dépassée par une majorité d’habitants dans une étude des Pouilles : un résultat un peu au-dessus n’est pas anormal en soi.
- Le tabac est le facteur de variation le mieux établi.
- La limite de 4,4 µg/g a été proposée pour les travailleurs de cokeries, pas pour la population générale.
- Un résultat élevé se discute avec un médecin, en tenant compte de votre profession et de votre habitat.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études