Ce que mesure l’analyse
L’acide gamma-aminobutyrique, ou GABA, est le principal neurotransmetteur inhibiteur du cortex humain (Boonstra et al., 2015)1. Un neurotransmetteur est une molécule qui transmet un message entre deux neurones ; « inhibiteur » signifie qu’elle diminue l’activité du neurone qui la reçoit. Le GABA est fabriqué à partir du glutamate, le principal neurotransmetteur excitateur, ce qui explique que les deux se lisent souvent ensemble.
L’analyse mesure le GABA circulant dans le sang (plasma) ou éliminé dans l’urine. Ce n’est pas le GABA du cerveau. On a longtemps pensé que le GABA franchit mal la barrière hémato-encéphalique, la barrière qui protège le cerveau, mais les études sur ce point sont contradictoires et leurs méthodes très différentes (Boonstra et al., 2015). Le lien entre le taux sanguin et l’activité cérébrale du GABA reste donc incertain.
Le GABA est aussi présent dans les tissus périphériques. Les plaquettes sanguines contiennent l’enzyme qui le dégrade, la GABA-transaminase (Löscher et al., 1993)2. Cette particularité complique la conservation de l’échantillon.
Comment se passe le prélèvement
Selon le laboratoire, le dosage se fait sur une prise de sang veineuse, une recueil d’urine, ou les deux. Le plasma doit être séparé rapidement des cellules et des plaquettes, puis conservé selon la procédure du laboratoire. Pour l’urine, suivez à la lettre les consignes de recueil (moment, durée, conservation) qui vous sont remises.
Le dosage est technique, car les concentrations de GABA dans le plasma sont très faibles. Des méthodes de chromatographie liquide haute performance ont été mises au point pour y parvenir, sans interférence avec les autres acides aminés (Löscher et al., 1993). Le choix de la méthode influe sur le résultat.
Prévenez le laboratoire si vous prenez un médicament comme la vigabatrine, ou un complément de GABA. Le jeûne n’est pas formellement documenté pour ce test : suivez les consignes de votre laboratoire.
Comment lire le résultat
L’unité varie selon le laboratoire et le prélèvement (sang ou urine). Il n’existe pas de valeurs de référence communes : chaque laboratoire a ses normes, issues de sa propre méthode. Nous ne reprenons donc aucun repère chiffré sur cette fiche, faute d’article publié et vérifié qui en fournisse. Fiez-vous à l’intervalle indiqué sur votre compte rendu, sans le comparer à celui d’un autre laboratoire.
Le dosage urinaire du GABA est proposé par certains laboratoires de médecine intégrative. Nous n’avons trouvé aucune validation publiée de ce dosage pour évaluer l’activité GABA du cerveau. Il doit être considéré comme non validé.
Les causes possibles ci-dessous sont des pistes à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.
- Valeur haute : traitement par vigabatrine, prise de compléments de GABA. Hors de ces situations, aucune cause fiable n’est établie.
- Valeur basse : des taux bas ont été rapportés dans des troubles de l’humeur, en recherche. Une conservation inadaptée peut aussi abaisser le résultat. Hors de ces situations, aucune cause fiable n’est établie.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : émergent. Le GABA plasmatique est étudié en recherche, mais il n’a pas d’usage clinique validé en routine.
Deux exemples illustrent l’état des connaissances. Dans un travail ancien, le GABA plasmatique a été mesuré chez des patients ayant un trouble bipolaire, en phase maniaque ou dépressive. Les taux moyens étaient significativement plus bas que chez des témoins en bonne santé, et 30 à 40 % de ces patients avaient un taux sous l’intervalle des témoins (Petty et al., 1993)3. Cela signifie qu’une majorité de ces patients avait un taux dans l’intervalle des témoins : le dosage ne peut pas servir à poser un diagnostic.
Dans l’épilepsie, chez 20 patients traités au long cours par la vigabatrine, le GABA plasmatique moyen ne différait pas de celui de témoins non épileptiques. Mais les patients répondant au traitement avaient un GABA plasmatique significativement plus élevé que les non-répondeurs et que les témoins (Löscher et al., 1993). L’effectif est petit, et cette observation relève du suivi de traitement par un spécialiste.
Pour les compléments, une revue conclut que leur mécanisme d’action est loin d’être clair. Il existe quelques éléments en faveur d’un effet calmant, mais la plupart viennent de chercheurs ayant un conflit d’intérêts potentiel (Boonstra et al., 2015). Aucune donnée vérifiée n’indique qu’un dosage sanguin ou urinaire permette de choisir un complément ou de juger de son efficacité.
Ce qui n’est pas démontré : qu’un GABA sanguin ou urinaire reflète le GABA du cerveau, qu’il permette de dépister un trouble anxieux ou dépressif, ou qu’il guide un traitement en dehors du suivi spécialisé de la vigabatrine.
Les analyses à associer
- GABA urinaire : version urinaire du dosage, à lire avec la même prudence.
- Acide glutamique et glutamine : appartiennent au même cycle que le GABA.
- Profil des acides aminés plasmatiques : situe le GABA parmi les autres acides aminés.
À retenir
- Le GABA est le principal neurotransmetteur inhibiteur du cortex humain.
- Le dosage sanguin ou urinaire ne mesure pas le GABA du cerveau : le lien reste discuté.
- Les concentrations sont très faibles et le dosage est difficile : méthode et conservation comptent.
- Il n’existe pas de normes communes : chaque laboratoire a les siennes.
- Un résultat de GABA n’a pas de valeur diagnostique et ne justifie pas seul un complément.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études