Ce que mesure l’analyse
L’alanine est un acide aminé que l’organisme sait fabriquer. Elle joue un rôle de navette entre le muscle et le foie. Dans le muscle, le pyruvate issu du glucose reçoit un groupement amine par transamination et devient de l’alanine. Elle voyage dans le sang jusqu’au foie, où la réaction s’inverse : le pyruvate sert à fabriquer du glucose (néoglucogenèse) et l’azote rejoint le cycle de l’urée. C’est le cycle glucose-alanine, décrit par Felig dans les années 1970.
Felig (1973) souligne que l’alanine est quantitativement l’acide aminé que le muscle libère le plus et que le foie capte, à jeun comme pendant un jeûne prolongé. La capacité du foie à la transformer en glucose dépasse celle de tous les autres acides aminés. L’enzyme qui assure la transamination est l’alanine aminotransférase (ALAT), que l’on dose aussi dans le bilan hépatique.
L’analyse mesure l’alanine par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS), dans le plasma ou dans l’urine.
Comment se passe le prélèvement
Pour le sang, Mayo demande un jeûne d’au moins quatre heures, un tube à héparinate de sodium placé sur glace, une séparation rapide du plasma, puis une congélation. Pour l’urine, un échantillon ponctuel suffit, rapporté à la créatinine, et congelé de préférence.
Évitez un effort intense dans les heures qui précèdent : il fait monter l’alanine. Un retard avant la centrifugation fait aussi augmenter la plupart des acides aminés, d’après Davis et coll. (2009) : le tube doit rester sur glace ou être traité rapidement.
Comment lire le résultat
Dans le sang, l’unité est le µmol/L. Le repère de Mayo pour l’adulte à jeun est de 200 à 579 µmol/L (les repères des moins de 2 ans et des 2 à 17 ans sont différents). Dans l’urine, l’unité est le nmol/mg de créatinine, et le repère adulte de Mayo est inférieur à 472. Un autre laboratoire peut avoir d’autres repères : comparez toujours avec ceux de votre compte rendu.
Ce qui compte vraiment : le contexte. Une alanine isolément élevée est souvent liée au repas, à l’effort ou à un délai de traitement. Elle devient intéressante quand elle s’accompagne d’un lactate ou d’un pyruvate élevé : Felig (1973) note que l’alanine suit le pyruvate et monte dans des défauts enzymatiques héréditaires du métabolisme du pyruvate.
Ce que dit la science
La physiologie du cycle glucose-alanine est solide et ancienne. Felig et Wahren (1971) ont montré chez l’homme que l’alanine artérielle monte de 20 à 25 % pour un effort léger et de 60 à 96 % pour des efforts plus lourds, en parallèle du pyruvate, alors que la plupart des autres acides aminés bougent peu. Felig et coll. (1969) ont aussi décrit la baisse de la plupart des acides aminés plasmatiques pendant un jeûne prolongé.
En revanche, un dosage d’alanine isolé a peu de valeur diagnostique. Mayo le range dans un profil d’acides aminés et le lit avec les autres. Aucun repère « optimal » validé n’existe pour la performance ou la santé. Le niveau de preuve est donc « émergent » : la biologie est bien comprise, mais l’usage clinique de l’alanine seule reste limité.
Les analyses à associer
L’alanine se lit avec le profil des acides aminés plasmatiques, l’alanine aminotransférase, le lactate sanguin et le rapport lactate sur pyruvate. Ces examens renseignent sur le foie, le muscle et le métabolisme énergétique. Un médecin les interprète ensemble.
À retenir
- L’alanine est la navette d’azote et de carbone entre le muscle et le foie (cycle glucose-alanine).
- Le repère adulte de Mayo est de 200 à 579 µmol/L dans le sang à jeun, et inférieur à 472 nmol/mg de créatinine dans l’urine.
- L’effort, le repas et le jeûne modifient le résultat ; le délai de traitement du tube aussi.
- Une alanine isolée se lit toujours avec le profil complet et le contexte clinique.