Ce que mesure l’analyse
L’arginine est un acide aminé qui sert à plusieurs fabrications : les protéines, l’urée (par l’enzyme arginase), le monoxyde d’azote (par les NO synthases), la créatine, les polyamines, la proline et le glutamate. Morris (2007) la décrit comme l’un des acides aminés les plus polyvalents. Le foie ne produit pas d’arginine nette via le cycle de l’urée, car son arginase la dégrade aussitôt en ornithine et en urée (Wu et coll.).
L’analyse mesure l’arginine dans le plasma ou l’urine par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse en tandem (LC-MS/MS). Les laboratoires de biochimie génétique la fournissent dans l’aminogramme.
Comment se passe le prélèvement
C’est ici que la plupart des erreurs se produisent. Les globules rouges et d’autres cellules contiennent de l’arginase. Si le sang reste à température ambiante, elle continue à dégrader l’arginine. Davis et coll. (2009) ont mesuré cette baisse et une hausse de l’ornithine, alors que le sang placé sur glace reste stable. Ils recommandent de placer le tube sur glace ou de le traiter dans les 30 minutes.
Mayo demande donc un jeûne d’au moins quatre heures, un tube à héparinate de sodium sur glace, une séparation rapide du plasma, puis une congélation. Signalez la prise de compléments d’arginine. Pour l’urine, un échantillon ponctuel rapporté à la créatinine suffit, congelé de préférence.
Comment lire le résultat
Dans le sang, l’unité est le µmol/L. Le repère de Mayo pour l’adulte à jeun est de 45 à 144 µmol/L. Dans l’urine, le repère adulte de Mayo est inférieur à 65 nmol/mg de créatinine. Les repères changent avec l’âge et le laboratoire : lisez ceux de votre compte rendu.
Un astuce de laboratoire : le rapport arginine/(arginine + ornithine) aide à repérer une séparation tardive du plasma (Chen, 1999). Une arginine basse avec une ornithine haute doit d’abord faire penser à un artefact de prélèvement, avant toute cause clinique. Certains chercheurs utilisent aussi le rapport arginine/(ornithine + citrulline), nommé GABR, qui reflète mieux la disponibilité de l’arginine que sa concentration seule (Morris, 2012).
Ce que dit la science
Une arginine très élevée oriente vers le déficit en arginase, une maladie rare du cycle de l’urée. Hors de ce cadre, une arginine plasmatique basse peut refléter une activité d’arginase élevée : Morris (2012) décrit des déficits en arginine liés à la libération d’arginase par hémolyse ou à l’inflammation, avec des conséquences possibles sur la production de monoxyde d’azote. Des intervalles de référence de l’arginine et du rapport arginine/ADMA ont été publiés dans la cohorte de Framingham, sans les établir comme repères cliniques en routine.
Chez le sportif, la méta-analyse de Viribay et coll. (2020) a regroupé 18 études (15 dans la méta-analyse) : la supplémentation en arginine pourrait améliorer les tests de performance aérobie (effet jugé grand, mais avec une hétérogénéité de 89 %) et anaérobie (effet jugé petit). Le dosage plasmatique n’est pas un outil de suivi validé de cette supplémentation. Le niveau de preuve est donc « émergent » : la biologie est solide, l’usage clinique de l’arginine isolée reste limité.
Les analyses à associer
L’arginine se lit avec la citrulline, l’ornithine, la diméthylarginine asymétrique (ADMA) et l’urée. L’ensemble éclaire le cycle de l’urée et la voie du monoxyde d’azote. Un médecin, souvent un spécialiste du métabolisme, les interprète ensemble.
À retenir
- L’arginine sert à fabriquer l’urée, le monoxyde d’azote et la créatine.
- Le repère adulte de Mayo est de 45 à 144 µmol/L dans le sang à jeun, et inférieur à 65 nmol/mg de créatinine dans l’urine.
- Elle se dégrade dans un tube non refroidi : une valeur basse doit d’abord faire suspecter un artefact.
- Chez le sportif, les bénéfices d’une supplémentation restent variables, et le dosage sanguin ne les prédit pas.