Ce que mesure l’analyse
La glutamine est, dans les tableaux de référence ci-dessous, l’acide aminé libre le plus concentré du sang. Elle sert de transporteur d’azote entre les organes et de carburant à des cellules à renouvellement rapide : in vitro, certaines cellules immunitaires en dépendent pour fonctionner (Hiscock et Pedersen, 2002). Elle peut être convertie en glutamate, que l’on mesure en parallèle. Dans le cycle de l’urée, une glutamine qui monte peut annoncer une hyperammoniémie (Häberle et coll., 2012).
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang, en général à jeun. Le moment compte : la glutamine est la plus haute après le jeûne nocturne, et dans le suivi des maladies du cycle de l’urée les experts standardisent le prélèvement environ 3 à 4 heures après le dernier repas (Häberle et coll., 2012). Le délai avant centrifugation compte aussi : dans l’étude de Davis et coll. (2009), la glutamine augmentait nettement dans le sang conservé, à température ambiante comme sur glace, sans doute par libération depuis les cellules. Le laboratoire doit centrifuger et congeler le plasma rapidement. Suivez sa consigne.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µmol/L. Chez l’adulte, Labcorp (États-Unis) retient 332 à 754 µmol/L. Le laboratoire du NHS de Bristol (NBT/UHBW, analyseur Biochrom 30+, chromatographie d’échange d’ions) retient 279 à 695 µmol/L. Comparez votre valeur à l’intervalle imprimé sur votre compte rendu.
D’autres repères existent dans des contextes précis. En réanimation, des études parlent de déficit en glutamine sous 420 µmol/L. Chez des patients atteints d’une maladie du cycle de l’urée, les experts considèrent comme tolérable une glutamine qui ne dépasse pas 1 000 µmol/L. Ces seuils concernent des patients hospitalisés ou suivis en centre spécialisé : ils ne servent pas à juger un sportif ou une personne en bonne santé.
Ce qui compte vraiment : la valeur par rapport à l’intervalle de votre laboratoire, le moment du prélèvement, le jeûne, l’effort récent et l’ammoniémie.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : courante (b). Les recommandations européennes sur les maladies du cycle de l’urée (Häberle et coll., 2012) intègrent la glutamine dans le suivi. En réanimation, une glutamine basse à l’admission est associée à une mortalité plus élevée (Oudemans-van Straaten et coll., 2001, 80 patients ; Rodas et coll., 2012). Dans une étude plus récente, 59 % des patients de réanimation avaient une glutamine basse à l’admission, et les valeurs basses comme hautes étaient associées à une surmortalité (Blaauw et coll., 2020). Ces associations ne prouvent pas qu’un apport de glutamine change l’évolution.
Chez le sportif, la glutamine baisse après un effort prolongé (Rohde et coll., 1998 ; Krzywkowski et coll., 2001). Une revue de Hiscock et Pedersen (2002) conclut pourtant que la glutamine plasmatique ne semble pas jouer de rôle mécanistique dans la baisse des défenses observée après un effort exhaustif. Dans l’étude de Hiscock et coll. (2002), la prolifération in vitro de cellules immunitaires du sang n’a pas varié après deux heures d’effort.
Dans la cohorte de Framingham, une glutamine plus basse accompagnait la résistance à l’insuline et d’autres facteurs de risque métabolique (Cheng et coll., 2012). Ce sont des associations d’observation. Nous n’avons retenu aucun repère « optimal » : aucune source solide n’en propose.
Les analyses à associer
L’ammoniémie est la première à demander quand la glutamine est très haute. Le glutamate et le rapport glutamine/glutamate donnent l’équilibre entre les deux acides aminés. L’urée renseigne sur la charge en azote et sur la fin du cycle de l’urée.
À retenir
- La glutamine varie avec le jeûne, l’effort, la maladie et le délai avant centrifugation.
- Comparez votre résultat à l’intervalle de votre laboratoire, pas à un seuil de réanimation.
- Après un effort long, une baisse transitoire est possible et ne prouve rien d’anormal à elle seule.
- Un complément de glutamine n’a pas démontré d’effet protecteur sur l’immunité du sportif.
- Parlez d’un résultat très haut ou très bas avec votre médecin.