Ce que mesure l’analyse
L’acide glutamique, ou glutamate sous sa forme dissoute dans le sang, est un acide aminé non essentiel. Il intervient dans de nombreuses voies du métabolisme et sert aussi de principal messager excitateur du système nerveux central (Fernstrom, 2018). Il peut être converti en glutamine, que l’on mesure en parallèle.
Attention à une idée reçue : la concentration de glutamate dans le sang ne reflète pas celle du cerveau. La barrière hémato-encéphalique limite fortement le passage du glutamate du sang vers le cerveau. Les travaux passés en revue par Fernstrom concluent que le glutamate alimentaire n’en élève pas la teneur cérébrale.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang, en général à jeun, avec un plasma séparé rapidement. Mosaic Diagnostics précise que ses repères viennent de sujets à jeun depuis 6 à 8 heures.
Le glutamate est l’un des acides aminés les plus sensibles au délai. Dans l’étude de Davis et coll. (2009), il a plus que quintuplé après 24 heures à température ambiante. Dans celle de Knutti et coll. (2022), un délai de 53 heures avant centrifugation, contre 1 heure, a plus que triplé le glutamate et la taurine. Le laboratoire doit donc centrifuger vite ou garder le tube au froid. Ce n’est pas un détail : c’est la première cause d’une valeur faussement élevée.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en µmol/L. Chez l’adulte, Labcorp (États-Unis) retient 18,1 à 155,9 µmol/L. Le laboratoire du NHS de Bristol (NBT/UHBW, analyseur Biochrom 30+) retient 20 à 180 µmol/L. Les intervalles sont larges et diffèrent un peu : comparez votre valeur à celui de votre compte rendu.
Une valeur basse n’a pas de signification clinique établie. Une valeur isolée se lit avec la glutamine, le jeûne et la qualité du prélèvement. Une prise récente de glutamate peut aussi changer le résultat : dans l’étude de Graham et coll. (2000), 150 mg/kg de glutamate monosodique ont fait monter le glutamate plasmatique de 700 à 800 % en 30 à 45 minutes, avec un retour au repos vers 105 minutes. Cette dose expérimentale est très supérieure aux apports alimentaires habituels. Selon Fernstrom (2018), le glutamate alimentaire n’élève pas appréciablement le glutamate sanguin, sauf à des quantités vastement supérieures aux apports normaux.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : émergente (c). Dans l’étude de Cheng et coll. (Circulation, 2012), menée dans les cohortes de Framingham (1 015 personnes) et de Malmö (746 personnes), le glutamate était associé positivement à des traits de résistance à l’insuline (coefficients standardisés de 0,05 à 0,14 par écart-type du logarithme du glutamate), alors que la glutamine y était associée négativement. Un rapport glutamine/glutamate élevé allait de pair avec un moindre risque de diabète dans Framingham (odds ratio de 0,79), mais pas dans la cohorte de Malmö.
Ces résultats sont des associations d’observation. Ils ne montrent pas que le glutamate cause ces troubles et ne justifient pas d’éviter un aliment. Nous n’avons trouvé aucune recommandation officielle fixant un repère de glutamate plasmatique pour l’adulte en bonne santé. Nous n’avons donc retenu aucun repère « optimal ».
Les analyses à associer
La glutamine et le rapport glutamine/glutamate se lisent avec le glutamate. L’acide aspartique varie dans le même sens quand l’échantillon a été conservé trop longtemps. Un profil complet d’acides aminés place l’ensemble dans son contexte.
À retenir
- Le glutamate sanguin ne reflète pas le glutamate du cerveau.
- Un délai avant centrifugation peut faire monter fortement le glutamate : écartez d’abord ce piège.
- Comparez votre valeur à l’intervalle de votre laboratoire, qui diffère d’un laboratoire à l’autre.
- Le lien avec la résistance à l’insuline repose sur des associations d’observation.
- Parlez d’un résultat inhabituel avec votre médecin.