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Entraînement

Slow jogging : courir lentement serait (au moins) aussi efficace pour la santé que courir vite

Par · Personal trainerPublié le
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slow jogging efficace pour la sante
Crédit photo © Docteur-Fitness.com
Sommaire

Et si la meilleure façon de protéger votre coeur n’était pas de courir plus vite, mais de courir plus lentement ? Difficile à croire. On nous répète depuis des années qu’il faut souffrir pour progresser, que « no pain, no gain » est la seule voie vers la forme physique.

Et pourtant, une tendance venue du Japon est en train de bousculer cette idée. Son nom : le slow jogging. Courir doucement, à un rythme où l’on peut sourire et discuter, sans jamais forcer. Pour beaucoup, ça ressemble à ne rien faire. Mais trois études scientifiques récentes racontent une tout autre histoire.

Et ce qu’elles disent va surprendre même les sportifs les plus convaincus.

L’étude en brefMéta-analyse

Que montre la méta-analyse sur l’entraînement à basse intensité ?

  • Participants824 adultes dans les groupes d’intervention
  • Durée3 semaines ou plus
  • Publiée dansScandinavian Journal of Medicine & Science in Sports

Ce qu’elle montre

50 études montrent qu’un entraînement d’endurance à basse intensité améliore le VO₂max et plusieurs marqueurs cardiométaboliques. Aucun seuil minimal d’intensité définitif n’a été identifié pour la plupart des résultats.

Ses limites

Les protocoles et méthodes de prescription de l’intensité étaient très hétérogènes. 86 % des études présentaient quelques préoccupations concernant le risque de biais et 14 % un risque élevé.

Le slow jogging, c’est quoi exactement ?

Le concept a été créé par un chercheur japonais, Hiroaki Tanaka. Le principe est simple : courir en faisant de petits pas, à un rythme assez lent pour pouvoir tenir une conversation normale sans être essoufflé. Tanaka appelle ça le « niko-niko pace », ce qui veut dire en japonais « allure du sourire ». Si vous ne pouvez pas sourire en courant, c’est que vous allez trop vite.

La tendance a d’abord explosé en Corée du Sud, puis elle est devenue virale sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, des milliers de personnes dans le monde pratiquent le slow jogging en groupe, souvent filmées pour TikTok ou Instagram.

La réaction la plus courante quand on découvre cette pratique : « C’est trop facile pour que ça serve à quelque chose. » C’est justement là que la science entre en jeu.

Pourquoi « facile » ne veut pas dire « inutile »

L’intensité d’un exercice n’est pas la même pour tout le monde. Ce qui semble ridiculement lent pour un coureur expérimenté peut représenter un vrai défi cardiovasculaire pour une personne qui n’a pas bougé depuis des mois. Pour cette personne, le slow jogging sollicite déjà le coeur, les poumons et les muscles de manière suffisante pour déclencher des adaptations.

L’Organisation Mondiale de la Santé recommande entre 150 et 300 minutes d’activité physique modérée par semaine. Mais les dernières recommandations insistent sur un message encore plus simple : un peu d’activité, c’est déjà mieux que rien du tout. Et chaque minute passée debout plutôt qu’assis compte.

C’est un point important, parce que de longues périodes assises sont associées à un risque accru de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de mort prématurée. La sédentarité est un facteur de risque en soi, indépendamment de l’exercice que vous faites par ailleurs.

50 études passées au crible : les résultats sont clairs

Une équipe de chercheurs finlandais menée par Olli-Pekka Nuuttila a publié dans le Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports1 une méta-analyse d’envergure. Ils ont analysé 50 essais contrôlés randomisés, impliquant 824 participants dans les groupes d’entraînement, pour mesurer les effets de l’entraînement d’endurance à basse intensité sur la condition physique et la santé.

Pour bien comprendre : « basse intensité » dans cette étude signifie un effort qui reste en dessous du premier seuil ventilatoire. En termes simples, c’est le moment où votre respiration commence à s’accélérer franchement. Tant que vous pouvez parler normalement pendant l’effort, vous êtes en dessous de ce seuil. C’est exactement le principe du slow jogging.

Ce que l’entraînement basse intensité fait à votre condition physique

L’amélioration moyenne du VO2max (la capacité maximale de votre corps à utiliser l’oxygène pendant un effort, considérée comme le meilleur indicateur de forme cardiovasculaire) était de 3,9 mL/kg/min. L’effet statistique était qualifié de « large » par les chercheurs.

Ce chiffre ne parle peut-être pas à tout le monde. Voici ce qu’il veut dire concrètement : une augmentation de 3,5 mL/kg/min du VO2max (ce que les scientifiques appellent 1 MET) est associée, selon les données épidémiologiques, à une réduction du risque de mortalité toutes causes de 11 a 17 %, et à une réduction du risque d’insuffisance cardiaque de 18 %.

En clair : courir lentement et régulièrement pourrait réduire de façon notable le risque de mourir prématurément. Avec un exercice que la plupart des gens considèrent « trop facile ».

Ce que ça change pour le cholestérol, la tension et les triglycérides

Les effets ne s’arrêtent pas à la condition physique. La méta-analyse a mesuré des améliorations significatives sur plusieurs marqueurs de santé métabolique :

  • Baisse du LDL (le « mauvais » cholestérol) de 9 % en moyenne, soit environ 0,32 mmol/L ;
  • Hausse du HDL (le « bon » cholestérol) de 7 %, soit environ 0,09 mmol/L ;
  • Baisse des triglycérides sanguins ;
  • Baisse de la pression artérielle systolique (le premier chiffre de la tension) ;
  • Baisse de la pression artérielle diastolique (le second chiffre de la tension) ;
  • Baisse du cholestérol total.

Seule la glycémie à jeun n’a pas montré d’amélioration significative.

Pour donner une idée de ce que ces chiffres représentent en termes de santé : chaque réduction de 0,26 mmol/L du LDL est associée à une baisse de 7,1 % du risque d’événement coronarien (infarctus, angine de poitrine) et de 4,4 % du risque de décès toutes causes. Chaque augmentation de 0,026 mmol/L du HDL réduit le risque de maladie coronarienne de 2 à 3 %. Et une baisse de 5 mmHg de la pression artérielle systolique est associée à une réduction de 10 % du risque d’événements cardiovasculaires, y compris chez les personnes dont la tension est déjà normale.

Le détail qui change tout

Voilà peut-être le résultat le plus surprenant de cette méta-analyse : les chercheurs n’ont trouvé aucune intensité minimale nécessaire pour obtenir ces bénéfices sur la santé métabolique. L’intensité la plus basse testée dans les études (environ 45 % du VO2max) produisait déjà des effets positifs sur le cholestérol, la tension et les triglycérides.

Pour le VO2max, c’est un peu différent : une intensité plus élevée (toujours dans la zone basse) donnait de meilleurs résultats. Ce qui correspond à ce que les coureurs appellent la « zone 2 », la partie haute de l’effort confortable. Mais pour la santé cardiovasculaire au sens large, même les intensités les plus faibles fonctionnaient.

Autre résultat marquant : les adaptations se produisent vite. Des programmes de moins de 6 semaines ont montré des effets comparables à ceux de plus de 12 semaines. Le corps réagit rapidement quand on passe de « rien du tout » à « un peu de mouvement régulier ».

Courir plus vite protège-t-il mieux de la mort ?

C’est la question que tout le monde se pose. Si courir doucement est bénéfique, est-ce que courir vite l’est encore plus ?

Une méta-analyse publiée dans BMJ Open Sport and Exercise Medicine2 par Rey Lopez et ses collègues a justement comparé les effets de l’exercice d’intensité vigoureuse (6 METs et plus, comme la course rapide) et de l’exercice d’intensité modérée (3 à 5,9 METs, comme la marche rapide ou le slow jogging) sur la mortalité.

Le résultat : pour un même volume total d’activité physique, l’exercice intense ne réduit pas davantage la mortalité que l’exercice modéré. Le rapport de risque était de 0,95, avec un intervalle de confiance de 0,83 à 1,09. En statistique, quand l’intervalle de confiance inclut la valeur 1, cela signifie qu’il n’y a pas de différence significative entre les deux groupes.

En langage simple : entre une personne qui fait 3 heures d’exercice modéré par semaine et une personne qui fait 3 heures d’exercice intense, le bénéfice sur l’espérance de vie est comparable.

Vrai ou faux ?

Courir à haute intensité réduit-il davantage la mortalité que l’exercice modéré à volume égal ?

C’est faux.

Dans une méta-analyse de cinq études, l’activité vigoureuse n’était pas associée à une réduction significativement supérieure de la mortalité toutes causes par rapport à l’activité modérée. Les données restent toutefois limitées.

Les auteurs concluent : « Les études prospectives suggèrent que, pour un même volume total d’activité physique, l’activité d’intensité vigoureuse et l’activité d’intensité modérée réduisent la mortalité toutes causes dans la même proportion. »

Ils ajoutent une nuance importante : « L’absence de preuve ne doit pas être interprétée comme une preuve d’absence », en raison des limites méthodologiques de la littérature existante. Ce n’est donc pas une conclusion définitive, mais la tendance est claire.

Ce que les données suggèrent

  • Amélioration du VO₂max avec un entraînement à basse intensité
  • Amélioration de plusieurs marqueurs cardiométaboliques
  • Des bénéfices observés sans seuil minimal d’intensité définitif pour la plupart des résultats
  • Une approche accessible aux personnes sédentaires ou peu entraînées

Les limites à garder en tête

  • Les études présentent une hétérogénéité importante
  • La majorité des participants étaient sédentaires ou non entraînés
  • Les données ne prouvent pas que le slow jogging soit supérieur aux autres formes d’activité
  • Les effets sur la mortalité reposent sur un nombre limité d’études

Ce que les chiffres ne montrent pas

Les bénéfices du slow jogging vont au-delà de ce que les marqueurs biologiques mesurent.

La barrière d’entrée est quasi inexistante

Pas besoin d’un abonnement en salle, d’un coach ou d’une condition physique de départ. Le slow jogging demande une paire de chaussures et un peu de temps. Le rythme est adaptable à n’importe quel âge, n’importe quel niveau, n’importe quelle condition physique.

C’est un point fondamental, parce que l’un des résultats les plus constants en science de l’exercice est que les plus gros gains de santé surviennent quand une personne passe de « quasiment rien » à « un peu d’activité régulière ». Le slow jogging est probablement l’une des façons les plus simples de franchir ce cap.

L’exercice qui dure est celui qu’on aime faire

L’un des meilleurs facteurs de prédiction de l’adhérence à long terme (le fait de continuer à faire de l’exercice dans le temps), c’est le plaisir. Les activités perçues comme trop difficiles ou désagréables sont abandonnées plus vite. Les chercheurs notent d’ailleurs que les gens évitent spontanément les intensités élevées quand ils sont libres de choisir.

Beaucoup de vidéos montrent des gens qui pratiquent le slow jogging en groupe. Cet aspect social n’est pas anodin : faire de l’exercice avec des proches ou une communauté favorise le sentiment d’appartenance et le plaisir, deux facteurs qui augmentent les chances de maintenir l’habitude.

L’activité physique régulière est associée à une meilleure santé mentale

Réduction des symptômes d’anxiété et de dépression, amélioration de l’humeur, meilleur bien-être général : les bénéfices psychologiques de l’exercice régulier sont documentés. Les activités qui combinent mouvement et interaction sociale pourraient offrir des bénéfices qui vont au-delà de la condition physique seule.

Quiz

Testez vos connaissances sur le slow jogging

3 questions
  1. Question 1 sur 3

    Combien d’études ont été incluses dans la méta-analyse de Nuuttila et al. ?

    Bonne réponse : C. La méta-analyse a inclus 50 études, avec 824 participants dans les groupes d’intervention.

  2. Question 2 sur 3

    Quel effet moyen a été observé sur le VO₂max relatif ?

    Bonne réponse : C. L’amélioration moyenne entre l’entraînement basse intensité et le contrôle était de 4,5 mL/kg/min.

  3. Question 3 sur 3

    L’activité vigoureuse réduisait-elle significativement plus la mortalité que l’activité modérée à volume égal ?

    Bonne réponse : B. La méta-analyse n’a pas trouvé de différence significative entre les deux intensités sur la mortalité toutes causes.

Un outil pour les sportifs expérimentés aussi

Le slow jogging rejoint ce que les coureurs d’endurance appellent « l’entraînement en zone 2 » : un rythme qui augmente la fréquence cardiaque tout en permettant de discuter. Ce type d’entraînement aide à construire ce qu’on appelle la base aérobie (le socle de la condition physique, la capacité du corps à utiliser l’oxygène sur de longues durées) et apprend au corps à brûler plus efficacement les graisses pendant l’effort.

La méta-analyse de Nuuttila confirme que la partie haute de la zone basse intensité (proche du premier seuil ventilatoire) est la plus efficace pour améliorer le VO2max. Pour un athlète, le slow jogging peut donc servir d’outil de récupération active les jours où un entraînement intense n’est ni nécessaire ni souhaitable.

Résumé en image

infographie slow jogging efficace pour la sante
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