On parle souvent de la pilule contraceptive pour ses effets sur les hormones, les règles, l’acné ou encore le risque cardiovasculaire.
Mais il existe peut-être un autre effet, beaucoup moins connu.
Chez certaines femmes, les jours où les hormones de la pilule sont réellement présentes pourraient aussi modifier la relation à la nourriture.
Ce n’est pas une simple impression rapportée par quelques utilisatrices. Une étude publiée dans JAMA Network Open1 vient de mettre en évidence une différence mesurable entre les jours où les femmes prennent leur comprimé hormonal et ceux où elles prennent le comprimé sans hormones.
Et le résultat devient particulièrement intéressant lorsque l’on regarde ce qui se passe chez les femmes ayant déjà connu des épisodes de binge eating.
La pilule contraceptive est-elle associée à davantage d’alimentation émotionnelle ?
- Participants422 femmes
- Durée49 jours
- Publiée dansJAMA Network Open
Ce qu’elle montre
L’alimentation émotionnelle était significativement plus élevée pendant les comprimés hormonaux actifs que pendant les comprimés inactifs : β = 0,11 au premier cycle et β = 0,07 au deuxième.
Ses limites
Étude observationnelle basée sur des déclarations quotidiennes. Elle porte sur des femmes utilisant déjà des contraceptifs oraux combinés monophasiques et ne permet pas d’établir une causalité pour toutes les utilisatrices.
Table des matières
Une différence apparaît précisément avec les comprimés hormonaux
Les chercheurs de la Michigan State University ont suivi 422 femmes âgées de 15 à 30 ans utilisant une pilule contraceptive combinée monophasique, c’est-à-dire contenant à la fois un estrogène synthétique et un progestatif.
Pendant 49 jours, les participantes ont rempli chaque soir des questionnaires permettant notamment d’évaluer leur alimentation émotionnelle.
Le principe était assez simple : comparer, chez une même femme, les jours de prise des comprimés hormonaux avec les jours de comprimés inactifs. Cette méthode permet de limiter l’influence des différences individuelles entre participantes.
Et c’est là que le signal apparaît.
L’alimentation émotionnelle était significativement plus élevée pendant les jours de comprimés actifs. Le phénomène a été retrouvé au cours des deux cycles étudiés.
Autrement dit, quelque chose semblait changer lorsque les hormones synthétiques étaient à nouveau apportées.
Ce n’est pourtant pas une histoire de prise de poids
Un détail de l’étude mérite particulièrement l’attention.
Les chercheurs ont également mesuré la préoccupation concernant le poids, les régimes ou la silhouette.
Elle n’a pas augmenté de manière significative avec les comprimés actifs.
La différence concernait donc surtout le comportement alimentaire lié aux émotions, et non une simple obsession accrue pour le poids ou l’apparence.
Cela rend le résultat plus difficile à résumer par un banal « la pilule fait grossir ».
Ce n’est pas ce que montre cette étude.
Le signal observé concerne plutôt la façon dont certaines femmes peuvent répondre à leurs émotions par l’alimentation.
Le résultat devient encore plus intéressant chez certaines femmes
Parmi les 422 participantes, 51 présentaient des épisodes de binge eating définis cliniquement.
Chez elles aussi, les niveaux d’alimentation émotionnelle étaient plus élevés pendant les comprimés actifs, avec un résultat statistiquement significatif lorsque les deux cycles étaient analysés ensemble.
Mais il serait faux d’en conclure que la pilule provoque un trouble du comportement alimentaire.
L’étude ne permet pas de dire cela.
Elle montre une association entre l’exposition aux hormones contraceptives et certains comportements alimentaires. Les chercheurs insistent eux-mêmes sur le fait que toutes les femmes ne réagissent pas de la même façon.
C’est probablement l’un des points les plus importants du travail.
Vrai ou faux ?
La pilule contraceptive provoque forcément une prise de poids.
C’est faux.
Faux. Cette étude n’a pas montré une prise de poids. Elle a observé une hausse de l’alimentation émotionnelle pendant les comprimés hormonaux actifs, sans modification significative de la préoccupation concernant le poids.
Pourquoi les hormones pourraient-elles jouer sur l’alimentation ?
Les chercheurs avancent une hypothèse.
Les hormones ovariennes interviennent notamment dans les systèmes cérébraux liés à la récompense. Ces circuits participent à la motivation, au plaisir et à l’envie de consommer certains aliments particulièrement appétissants.
Les hormones contenues dans les contraceptifs combinés pourraient donc modifier, chez certaines femmes, cette réponse aux aliments très plaisants, notamment ceux riches en sucre ou en graisses.
Mais cette explication reste une hypothèse.
L’étude n’a pas mesuré directement les concentrations hormonales dans l’organisme. Les chercheurs précisent également qu’ils n’ont étudié qu’un type précis de pilule combinée, avec 21 comprimés actifs suivis de 7 comprimés inactifs.
Il serait donc prématuré de généraliser le résultat à toutes les contraceptions hormonales.
Et il y a un détail étonnant dans l’expérience
Les participantes devaient répondre chaque jour aux mêmes questions.
Au fil du temps, leur alimentation émotionnelle diminuait.
Les chercheurs pensent qu’une partie de cette baisse pourrait simplement venir du fait de devoir observer quotidiennement son propre comportement alimentaire.
En clair, le simple fait de se surveiller pourrait avoir modifié le comportement.
Ce point n’avait d’ailleurs pas été présenté aux participantes comme une intervention destinée à réduire les épisodes de binge eating. Les auteurs estiment que le suivi quotidien pourrait lui-même avoir eu un effet.
C’est une observation intéressante, mais elle doit elle aussi être confirmée par de futures études.
La pilule n’est donc pas « responsable » chez toutes les femmes
C’est probablement là que les titres trop spectaculaires peuvent induire en erreur.
L’étude ne dit pas que la pilule déclenche des compulsions alimentaires chez toutes les femmes.
Elle montre que, dans ce groupe de jeunes femmes utilisant certaines pilules combinées, l’alimentation émotionnelle était plus importante pendant les périodes de prise des comprimés hormonaux que pendant les comprimés inactifs.
Les chercheurs veulent maintenant comprendre pourquoi certaines femmes semblent davantage sensibles que d’autres.
Les différences individuelles pourraient jouer un rôle important, notamment la vulnérabilité propre à chaque personne face aux effets des hormones sur les mécanismes de récompense et l’alimentation.
Une chose est donc désormais plus difficile à ignorer : les effets d’une contraception hormonale ne se résument peut-être pas à ce qui apparaît sur une ordonnance.
Et dans cette étude, le signal inattendu se trouve précisément là où on ne l’attendait pas forcément : dans la manière dont les émotions peuvent modifier le comportement alimentaire.
Testez vos connaissances
3 questionsQuestion 1 sur 3
Combien de femmes ont participé à l’étude ?
Bonne réponse : B. L’étude a inclus 422 femmes utilisant déjà un contraceptif oral combiné monophasique.
Question 2 sur 3
Que s’est-il passé pendant les périodes de prise des comprimés hormonaux actifs ?
Bonne réponse : A. L’alimentation émotionnelle était significativement plus élevée avec les comprimés actifs. La préoccupation concernant le poids n’a pas changé significativement.
Question 3 sur 3
Pendant combien de jours les participantes ont-elles été suivies ?
Bonne réponse : C. Les participantes ont fourni des données quotidiennes pendant 49 jours, ce qui a permis d’étudier deux cycles de prise des comprimés.
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Sources éditoriales et fact-checking1 source vérifiée1 étude







