Trois minutes de repos. Parfois quatre. Sur une séance d’une heure, cela représente facilement 40 minutes passées à ne rien faire. Juste attendre. Scroller son téléphone. Regarder le plafond.
Et si ce temps “perdu” était en réalité le levier le plus sous-estimé de la salle de musculation ?
Une revue systématique publiée dans le Journal of Strength and Conditioning Research(1) a compilé 26 études sur le sujet. Elle a passé au crible tout ce qu’on peut faire entre deux séries : étirements, foam rolling, cardio léger, vibrations, électrostimulation et même la posture adoptée pendant le repos.
Les résultats sont nets. Certaines habitudes très répandues sabotent littéralement la performance. D’autres, gratuites et simples, permettent de maintenir le niveau de force sur l’ensemble de la séance.
Mais avant de révéler la pire et la meilleure stratégie, un petit tour d’horizon s’impose.

Table des matières
Les étirements : tout dépend du muscle visé
Sept études ont analysé les étirements entre les séries. Le verdict n’est pas celui qu’on attend.
Étirer le muscle antagoniste (celui qui s’oppose au mouvement) fonctionne. En clair : étirer les ischio-jambiers entre des séries de quadriceps permet de faire plus de répétitions sur la série suivante et d’augmenter l’activation musculaire du muscle ciblé.
En revanche, étirer le muscle qui vient de travailler (l’agoniste) de manière statique réduit la vitesse de contraction. Autrement dit : c’est contre-productif.
Les étirements dynamiques donnent des résultats mitigés. Pas de conclusion tranchée à ce stade.
Le refroidissement : une arme redoutable mais peu pratique
Six études ont testé le chauffage et le refroidissement pendant le repos. Le constat est clair : refroidir les paumes des mains entre les séries améliore le nombre de répétitions chez les hommes. Chez les femmes, le chauffage des paumes donne aussi des résultats positifs au développé couché.
Le problème, c’est la logistique. Il faut apporter une glacière avec de l’eau froide ou un dispositif de refroidissement spécifique. Efficace, mais peu réaliste pour la majorité des pratiquants.
Le cardio léger : oui, mais vraiment léger
Cinq études ont évalué l’exercice aérobie entre les séries. Trois d’entre elles montrent des bénéfices : plus de répétitions, moins de lactate dans le sang, effort perçu plus faible.
Un détail capital : ces améliorations ne concernent que le cardio de très faible intensité. Marcher dans la salle. Pédaler doucement sur un vélo. Rien de plus.
Dès que l’intensité augmente (cardio modéré), les bénéfices disparaissent. Il ne faut donc pas confondre “bouger un peu” et “faire du cardio”.
Le foam rolling : la surprise (et pas la bonne)
Et voici le résultat qui va en surprendre plus d’un.
Quatre études (une sur le massage, trois sur le foam rolling) arrivent à la même conclusion : masser ou rouler le muscle entre les séries fait baisser la performance. Moins de répétitions. Point final.
Le foam rolling est devenu un réflexe pour beaucoup de pratiquants. Pourtant, utilisé entre les séries, il produit l’effet inverse de ce qu’on recherche. Le foam rolling a peut-être sa place avant l’entraînement ou après. Mais pendant, c’est une erreur.
La posture au repos : s’asseoir ou marcher ?
Une étude a comparé trois positions pendant le repos lors d’un protocole très intense (3×10 à 80 % du 3RM sur des thrusters et du soulevé de terre).
Résultat : s’asseoir ou s’allonger permet de produire plus de travail et de maintenir une fréquence cardiaque plus basse que marcher. Pour les exercices lourds et exigeants, le repos passif total semble optimal.
Vibrations et électrostimulation : prometteur, mais anecdotique
Trois études sur les vibrations montrent des bénéfices variés, à une condition : ne pas maintenir de contraction isométrique sur le muscle agoniste pendant la vibration. Tenir une position de pompe sur une plateforme vibrante entre des séries de développé couché fait perdre des répétitions.
L’électrostimulation (une seule étude) ne montre ni bénéfice ni dégradation. Trop tôt pour conclure.
Intervalles basés sur la fréquence cardiaque
Une seule étude a testé cette approche. Adapter le temps de repos à la récupération individuelle de la fréquence cardiaque (plutôt qu’imposer un repos fixe d’une minute) a permis d’améliorer la performance au développé couché.
Le principe est logique : chaque organisme récupère à un rythme différent. Mais avec une seule étude, la prudence reste de mise.
Ce qu’il faut retenir (et appliquer dès la prochaine séance)
Les trois recommandations les plus solides issues de cette revue :
- Ne pas utiliser le foam rolling entre les séries : le réserver avant ou après la séance ;
- Privilégier les étirements du muscle antagoniste pendant le repos pour maintenir la performance ;
- Pour les exercices lourds (squat, soulevé de terre), s’asseoir ou s’allonger, et pour les exercices plus légers (isolation, haut du corps), marcher doucement ou pédaler à très basse intensité.
Le parallèle avec les compléments alimentaires mérite d’être souligné. Beaucoup de pratiquants dépensent de l’argent dans des pré-workouts pour gagner quelques répétitions. Les stratégies inter-séries offrent des effets comparables sur le maintien de la performance. La différence : elles ne coûtent rien.
La prochaine fois que vous poserez la barre, au lieu de rester planté à regarder votre téléphone, étirez le muscle opposé. Ou asseyez-vous et faites du self-talk motivant si l’exercice était intense. Ces petits ajustements, répétés sur des mois d’entraînement, pourraient bien faire une vraie différence.
Autres conseils pour optimiser vos performances
Sources éditoriales et fact-checking
