Deux groupes de sportifs. Le même programme. Les mêmes exercices. Les mêmes charges. Pourtant, au bout de 12 semaines, l’un des deux groupes est devenu nettement plus fort que l’autre.
La différence ? Elle ne se trouve ni dans l’alimentation, ni dans un complément miracle, ni dans une technique d’entraînement secrète.
Elle se trouve entre les deux oreilles.
Une étude publiée dans le Journal of Sports Medicine and Physical Fitness(1) a mesuré l’impact de l’entraînement mental sur les gains de force chez des kickboxeurs de haut niveau. Les résultats méritent qu’on s’y attarde.

Ce que dit l’étude
Le protocole
53 kickboxeurs masculins, tous compétiteurs (dont 9 au niveau international), ont été répartis en trois groupes pendant 12 semaines :
- Un groupe avec entraînement physique seul (20 participants) ;
- Un groupe avec entraînement physique et entraînement mental (18 participants) ;
- Un groupe contrôle, sans entraînement (15 participants).
Le programme physique était identique pour les deux premiers groupes : trois séances par semaine, avec du half squat et du développé couché à 70 % du 1RM (la charge maximale que l’on peut soulever une seule fois), 4 séries de 8 répétitions. En complément, des lancers de medicine ball et des sauts.
Rien de compliqué. Rien de révolutionnaire.
L’entraînement mental, concrètement
Là où ça devient intéressant, c’est ce que faisait le deuxième groupe en plus.
Entre chaque série, les athlètes pratiquaient le “self-talk motivant”. En clair : au lieu de regarder leur téléphone ou de discuter, ils transformaient leurs pensées négatives en pensées positives. Par exemple, au lieu de se dire “je ne suis pas sûr de pouvoir soulever cette charge”, ils se répétaient “je peux soulever plus lourd”.
Ce n’est pas de la méthode Coué. C’est un protocole structuré basé sur la théorie de l’autodétermination. Les athlètes devaient identifier eux-mêmes leurs pensées négatives, les noter, puis les reformuler en version positive.
Après la séance, ils enchaînaient avec 30 minutes de visualisation. Pas une visualisation vague où l’on se voit de l’extérieur comme dans un film. Une visualisation dite “kinesthésique”, à la première personne : ils s’imaginaient en train de réaliser chaque exercice en ressentant la barre dans leurs mains, la contraction musculaire, l’effort.
Les résultats
Plus de force, sans plus de fatigue
Les deux groupes qui s’entraînaient ont progressé. C’est logique. Mais le groupe avec entraînement mental a progressé davantage, sur tous les tests :
- Au développé couché ;
- Au half squat ;
- Au lancer de medicine ball ;
- Au saut vertical.
En parallèle, leur fréquence cardiaque au repos et leur pression artérielle ont davantage diminué que dans le groupe physique seul. Ce sont des marqueurs de stress physiologique. Autrement dit : le groupe qui utilisait l’entraînement mental récupérait mieux, tout en devenant plus fort.
Pourquoi ça fonctionne
L’entraînement mental n’ajoute pas de volume d’entraînement. Il n’augmente pas la fatigue. Il ne demande pas de récupération supplémentaire.
Il agit sur un autre levier : la capacité du système nerveux à recruter les fibres musculaires. Quand on soulève une charge, ce n’est pas uniquement le muscle qui travaille. C’est d’abord le cerveau qui envoie un signal au muscle pour se contracter. Plus ce signal est puissant et coordonné, plus la force produite est importante.
La visualisation kinesthésique (s’imaginer en train de forcer à la première personne) active les mêmes circuits neuronaux que le mouvement réel. Elle “entraîne” le cerveau à mieux recruter les muscles, sans fatiguer le corps.
Le self-talk motivant, lui, agit sur la concentration et la confiance. Au lieu de gaspiller de l’énergie mentale sur des doutes, l’athlète canalise toute son attention sur l’effort.
Les limites de l’étude
Il faut rester lucide. Cette étude a des limites :
- Les participants avaient été présélectionnés pour leur capacité de visualisation (au moins “modérée” selon un test standardisé). Tout le monde ne visualise pas aussi facilement ;
- Les kickboxeurs avaient de l’expérience en musculation mais n’étaient pas des powerlifters confirmés. On ne sait pas si des athlètes plus avancés obtiendraient les mêmes bénéfices ;
- Les auteurs ne précisent pas comment les charges ont été progressées au fil des 12 semaines.
Comment appliquer ça en salle
La bonne nouvelle, c’est que le self-talk motivant ne demande aucun équipement et aucun temps supplémentaire. Il suffit de l’intégrer pendant les temps de repos entre les séries.
Voici comment faire :
- Identifiez vos pensées négatives récurrentes pendant l’entraînement (“c’est trop lourd”, “je ne vais pas y arriver”, “ma dernière série était nulle”) ;
- Reformulez-les en version positive et réaliste (“je peux tirer ces répétitions”, “chaque série me rend plus fort”) ;
- Répétez-vous cette phrase entre chaque série au lieu de scroller sur votre téléphone.
Pour la visualisation, c’est un peu plus contraignant. Dans l’étude, elle était pratiquée 30 minutes après chaque séance. Mais d’autres recherches montrent que même quelques minutes de visualisation entre les séries peuvent améliorer les performances. Un conseil : fermez les yeux, imaginez-vous en train de réaliser votre prochaine série, ressentez la barre, la contraction, l’effort. Pas comme si vous regardiez une vidéo de vous-même, mais comme si vous y étiez.
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Le mot de la fin
La musculation, c’est autant une histoire de cerveau que de muscles. Les meilleurs athlètes le savent. Ils ne parlent pas uniquement de séries, de répétitions et de charges. Ils parlent aussi de préparation mentale.
Cette étude montre qu’ajouter du self-talk positif et de la visualisation à un programme de musculation classique permet de progresser plus vite en force, sans ajouter de fatigue physique. Les marqueurs de stress diminuent même davantage.
Le plus beau dans tout ça ? C’est gratuit, ça ne prend pas de temps en plus et ça ne nécessite aucun complément alimentaire.
Il suffit juste d’arrêter de regarder son téléphone entre les séries.
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Sources éditoriales et fact-checking