Ce que mesure l’analyse
La vitamine B2, ou riboflavine, est la matière première de deux coenzymes : le FMN (flavine mononucléotide) et le FAD (flavine adénine dinucléotide). Ces molécules transportent des électrons et permettent à de nombreuses enzymes, dites flavoprotéines, de fonctionner. Elles interviennent dans la chaîne respiratoire des mitochondries, dans la dégradation des acides gras et dans le recyclage de l’antioxydant glutathion.
La B2 est aussi le cofacteur de l’enzyme MTHFR, qui participe au métabolisme de l’homocystéine, et elle sert à fabriquer la forme active de la vitamine B6. C’est pourquoi un bilan de B2 est souvent demandé avec celui d’autres vitamines du groupe B.
Deux approches existent. La première est un dosage direct de la riboflavine et de ses formes FAD et FMN dans le sang, le plus souvent par chromatographie. La seconde est un test fonctionnel, l’EGRAC (coefficient d’activation de la glutathion réductase érythrocytaire). Le laboratoire mesure l’activité de cette enzyme des globules rouges avec et sans ajout de FAD. Plus l’enzyme manque de son coenzyme, plus l’ajout de FAD la stimule, et plus le coefficient est élevé.
Comment se passe le prélèvement
Dans les deux cas, il s’agit d’une prise de sang veineuse. L’EGRAC se mesure sur des globules rouges préparés par un laboratoire spécialisé : tous ne le proposent pas, et le délai d’acheminement compte. La riboflavine est sensible à la lumière : le tube doit être protégé selon les consignes du laboratoire.
Signalez tout complément ou multivitamine. Un complément relève le dosage direct et peut masquer un statut habituellement bas. Les consignes de jeûne varient d’un laboratoire à l’autre ; suivez celles de votre compte rendu.
Comment lire le résultat
Pour l’EGRAC, le résultat est un coefficient sans unité. Dans une étude menée chez 407 adultes sains, le statut était considéré comme optimal jusqu’à 1,26, faible entre 1,27 et 1,39, et déficient à partir de 1,40 (Jungert et al., 2020)1. Ces trois zones figurent dans le cadran de la fiche.
Pour le dosage direct, nous ne citons pas de repère : aucun article PubMed vérifié ne nous fournit ici de valeurs de référence directement exploitables. Chaque laboratoire a ses normes, qui dépendent de sa méthode et de sa population. Utilisez celles de votre compte rendu.
Attention au piège de l’écart entre alimentation et biologie. À Vancouver, 7 % de jeunes femmes de 19 à 45 ans avaient un apport inférieur au besoin moyen estimé, mais 40 % présentaient un EGRAC d’au moins 1,40 (Aljaadi et al., 2021)2. Les auteurs parlent d’une carence biochimique apparente : le test fonctionnel ne se superpose pas à ce que l’on mange.
Autre facteur à connaître : l’hémoglobine. Chez des femmes cambodgiennes, le variant d’hémoglobine E homozygote était associé à un EGRAC plus élevé d’environ 18 % en moyenne que chez celles qui avaient une hémoglobine normale (Williams et al., 2020)3. Les auteurs soulignent que cette relation mérite d’être étudiée plus avant : on ne sait pas encore si elle reflète un vrai besoin accru ou un effet du test.
Ce que dit la science
L’EGRAC est un biomarqueur fonctionnel largement utilisé dans les enquêtes de population, ce qui justifie le niveau de preuve « b » : la méthode est courante en recherche, mais elle est peu proposée en routine, et ses seuils ne font pas l’objet d’un consensus clinique strict.
L’interaction avec la B6 est mieux documentée. Chez ces mêmes adultes, le PLP, forme active de la B6, diminuait par paliers à mesure que le statut en riboflavine passait d’optimal à faible puis déficient, indépendamment des apports en B6. Les auteurs suggèrent que la B2 pourrait être le nutriment limitant, surtout chez les personnes âgées. C’est pourquoi une B6 basse mérite parfois d’être interprétée avec le statut en B2.
Chez les sportifs, la revue de Woolf et Manore conclut que l’exercice pourrait augmenter les besoins en riboflavine et en vitamine B6 (Woolf et Manore, 2006)4. Cette conclusion reste prudente : les données portent sur de petits groupes, et les besoins précis ne sont pas chiffrés.
Ce qui n’est pas démontré : qu’un EGRAC modérément élevé, isolé et sans symptôme, ait des conséquences cliniques. Il signale surtout un statut biochimique à surveiller, à discuter avec un médecin dans le contexte global (alimentation, symptômes, autres analyses).
Les analyses à associer
La vitamine B6 se lit utilement avec la B2, puisque l’une dépend de l’autre. L’homocystéine et le variant MTHFR C677T éclairent le rôle de la B2 comme cofacteur de la MTHFR. L’hémoglobine aide à repérer une anémie ou un variant qui modifierait la lecture de l’EGRAC.
À retenir
- La B2 se dose directement, ou s’évalue par le test fonctionnel EGRAC : les deux ne se comparent pas.
- Pour l’EGRAC, plus le coefficient est haut, plus le statut est bas.
- Les repères du dosage direct dépendent du laboratoire.
- Alimentation correcte et EGRAC élevé peuvent coexister.
- Un résultat anormal se discute avec un médecin, sans automédication.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études