Ce que mesure l’analyse
Le gène MTHFR fabrique une enzyme, la méthylènetétrahydrofolate réductase. Son rôle : transformer une forme de la vitamine B9 (le folate) en 5-méthyltétrahydrofolate. Cette molécule fournit le groupe méthyle qui permet de recycler l’homocystéine, un acide aminé soufré intermédiaire, en méthionine. La vitamine B12 intervient dans la même réaction. Quand ce recyclage ralentit, l’homocystéine peut s’accumuler dans le sang.
Le variant C677T remplace une base de l’ADN (une cytosine par une thymine) en position 677 du gène. Il réduit l’activité de l’enzyme. Chaque personne porte deux copies du gène, une héritée de chaque parent. Le test rend donc un génotype : CC (aucune copie du variant), CT (une copie, état dit hétérozygote) ou TT (deux copies, état dit homozygote).
L’analyse ne dose ni une vitamine ni l’homocystéine. Elle lit votre ADN, qui reste identique toute la vie. Le résultat ne se corrige donc pas par l’alimentation ou les compléments, et il n’a pas à être refait.
Comment se passe le prélèvement
L’ADN est extrait d’une prise de sang (tube avec anticoagulant) ou d’un échantillon de salive. Aucune préparation n’est nécessaire : pas de jeûne, pas d’horaire imposé, pas d’arrêt de vos compléments. Aliments, médicaments et effort ne modifient pas votre ADN.
Deux situations méritent d’être signalées au laboratoire. Après une greffe de cellules souches du sang, l’ADN d’un échantillon sanguin peut être celui du donneur. Pour la salive, suivez la notice du kit : manger, boire, fumer ou se brosser les dents juste avant le recueil peut diluer ou contaminer l’échantillon. L’analyse ne se refait que si l’échantillon est insuffisant ou douteux.
Si le résultat doit guider une décision de santé, privilégiez un laboratoire médical, où un biologiste valide et commente le compte rendu.
Comment lire le résultat
Le compte rendu indique CC, CT ou TT. Il n’y a ni unité ni valeur de référence chiffrée : c’est un génotype, pas une concentration. CC correspond à la forme dite de référence du gène.
Le point essentiel : le génotype n’est pas votre taux d’homocystéine. Une méta-analyse de 256 études et 114 799 participants montre que l’effet du variant sur l’homocystéine dépend nettement de facteurs comme l’apport en acide folique, le sexe, l’âge, l’origine, le tabac et l’alcool (Jin et al., 2018)1. Les auteurs rappellent que ce variant a une pénétrance limitée : tous les porteurs n’ont pas une homocystéine élevée.
L’apport en folates de la population pèse lourd. Dans une analyse de 237 jeux de données génétiques, la différence d’homocystéine entre TT et CC atteignait 3,12 µmol/L dans les régions pauvres en folates (Asie), contre 0,13 µmol/L dans les régions où les aliments sont enrichis (Amérique, Australie, Nouvelle-Zélande) (Holmes et al., 2011)2.
Ce que le test ne dit pas
Un résultat CT ou TT ne permet pas de conclure sur votre homocystéine. Son dosage, avec celui des folates et de la vitamine B12, vous renseigne sur votre situation actuelle. Un médecin est le mieux placé pour relier ces valeurs à votre contexte, car l’homocystéine varie aussi avec l’âge, le sexe, le rein et le mode de vie.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : émergent. L’effet du variant sur l’enzyme et sur l’homocystéine est établi. Son utilité pour une décision médicale individuelle l’est beaucoup moins.
Le collège américain de génétique médicale (ACMG) juge que ce test a une utilité clinique minimale et qu’il ne doit pas être prescrit en routine dans l’exploration d’une thrombophilie, c’est-à-dire d’une tendance à former des caillots (Hickey et al., 2013)3.
Pour le cœur, une méta-analyse de 40 études (11 162 cas, 12 758 témoins) trouve que le génotype TT s’accompagne de 16 % de chances supplémentaires de maladie coronaire par rapport à CC, avec une association surtout nette quand le statut en folates est bas (Klerk et al., 2002)4. C’est un effet modeste, mesuré dans des études cas-témoins : il ne permet pas de prédire votre risque personnel.
Dans les régions où l’apport en folates augmente ou repose sur une politique d’enrichissement, les données génétiques et les essais randomisés concordent : abaisser l’homocystéine n’a pas montré de bénéfice pour prévenir l’AVC (Holmes et al., 2011)5. La question reste ouverte dans les régions pauvres en folates.
D’autres associations ont été publiées, par exemple avec la fertilité ou des maladies de la peau. Leurs résultats sont hétérogènes et issus d’études observationnelles : ne les prenez pas pour des preuves de cause à effet.
Les analyses à associer
- Homocystéine : le dosage qui reflète réellement le fonctionnement du cycle.
- Folates sériques : le carburant de l’enzyme, et le facteur qui module l’effet du variant.
- Vitamine B12 : le partenaire de la réaction de recyclage.
- MTHFR A1298C : l’autre variant du même gène, fréquemment étudié.
À retenir
- Le test lit votre ADN : génotype CC, CT ou TT, identique toute la vie, sans jeûne ni préparation.
- Il ne dit pas si votre homocystéine est élevée : seul son dosage le fait.
- L’effet du variant dépend beaucoup de l’apport en folates et d’autres facteurs.
- L’ACMG ne recommande pas ce test en routine dans un bilan de thrombophilie.
- Un résultat CT ou TT se discute avec un médecin, sans changement de traitement ou de complément de votre propre initiative.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées1 étude