Ce que mesure l’analyse
Comme C677T, le variant A1298C touche le gène MTHFR, qui code l’enzyme méthylènetétrahydrofolate réductase. Cette enzyme prépare la forme de la vitamine B9 (le folate) qui permet de recycler l’homocystéine, un acide aminé soufré, en méthionine. A1298C remplace une adénine par une cytosine en position 1298 du gène.
Vous portez deux copies du gène, une de chaque parent. Le résultat est un génotype : AA (aucune copie du variant), AC (une copie) ou CC (deux copies). Si vous portez une copie de A1298C et une copie de C677T, le compte rendu parle d’hétérozygotie composite.
Le test lit votre ADN. Il ne mesure ni une vitamine ni l’homocystéine, et son résultat ne change pas au cours de la vie.
Comment se passe le prélèvement
Le laboratoire extrait l’ADN d’une prise de sang (tube avec anticoagulant) ou d’un échantillon de salive. Aucune préparation n’est requise : ni jeûne, ni horaire particulier, ni arrêt de compléments. Votre ADN ne dépend pas du dernier repas, d’un médicament ou d’une séance de sport.
Prévenez le laboratoire en cas de greffe de cellules souches du sang : l’ADN d’un échantillon sanguin pourrait être celui du donneur. Pour la salive, respectez les consignes du kit sur les aliments, les boissons, le tabac et le brossage des dents avant le recueil, sinon l’échantillon peut être contaminé ou trop pauvre en ADN. Un génotypage ne se refait que si l’échantillon est inexploitable.
Comment lire le résultat
Le compte rendu indique AA, AC ou CC. Il n’y a ni unité ni valeur de référence chiffrée : c’est un génotype. AA correspond à la forme dite de référence du gène.
Ce variant est répandu. Dans une étude de 233 adultes libanais en bonne santé, 29,6 % étaient CC et 45,1 % des copies du gène portaient l’allèle C ; 20,2 % étaient hétérozygotes composites pour C677T et A1298C (Mahfouz et al., 2012)1. Les fréquences varient d’une population à l’autre : ces chiffres ne se transposent pas tels quels à la France.
Surtout, ce variant pèse peu sur l’homocystéine. Dans cette même étude, l’homocystéine était liée aux folates et à la vitamine B12 (négativement), au sexe masculin et à l’homozygotie C677T (positivement), mais pas à A1298C ; sexe, folates, B12 et C677T expliquaient ensemble environ 32 % des variations (Mahfouz et al., 2012)2.
Ce qui compte vraiment
Un génotype AC ou CC ne dit pas que vous manquez de folates ni que votre homocystéine est haute. Pour le savoir, il faut doser l’homocystéine, les folates et la vitamine B12, puis demander l’avis d’un médecin. L’interprétation se fait sur ces dosages, pas sur le variant seul.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : non validé pour un usage clinique individuel. L’effet biologique de A1298C est plus faible que celui de C677T, et son intérêt pour une décision médicale n’est pas démontré.
Le collège américain de génétique médicale (ACMG) conclut que le test des polymorphismes MTHFR a une utilité clinique minimale et ne doit pas être demandé en routine dans l’exploration d’une thrombophilie, c’est-à-dire d’une tendance à former des caillots (Hickey et al., 2013)3.
Un signal contraire existe, mais il est fragile. Dans une étude rétrospective de 188 patients testés dans un laboratoire de coagulation, une thrombose veineuse était survenue chez 50 % des patients à mutation composée, contre 28,6 % des sujets sans variant ; l’homocystéine, elle, ne différait pas significativement entre les groupes (Liu et al., 2017)4. Série petite, population sélectionnée, étude rétrospective : elle appelle une confirmation plutôt qu’une conclusion.
Côté fertilité masculine, une méta-analyse de 46 études cas-témoins (20 639 participants) a associé C677T à l’infertilité et à l’anomalie du spermogramme, mais pas A1298C (Li et al., 2024)5.
Les analyses à associer
- MTHFR C677T : le variant du même gène dont l’effet sur l’homocystéine est le mieux établi.
- Homocystéine : le taux réel, que le génotype ne permet pas de deviner.
- Folates sériques : un déterminant plus important de l’homocystéine que ce variant.
- Vitamine B12 : à lire avec les folates pour juger le recyclage de l’homocystéine.
À retenir
- A1298C est un génotype (AA, AC ou CC), identique toute la vie, sans jeûne ni préparation.
- Il influence peu l’homocystéine, contrairement à l’homozygotie C677T dans l’étude citée.
- L’ACMG ne recommande pas ce test en routine pour explorer une thrombophilie.
- Les signaux isolés (thrombose, fertilité) sont fragiles ou contradictoires.
- Pour juger votre situation, dosez l’homocystéine, les folates et la B12, avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées3 études