Ce que mesure l’analyse
Le gène APOE contient la recette de l’apolipoprotéine E (ApoE). Cette protéine fait partie des lipoprotéines, les « navettes » qui transportent les graisses dans le sang. Elle aide aussi à distribuer le cholestérol dans le cerveau, où elle est produite par certaines cellules.
Le gène existe en trois versions courantes, ou allèles : ε2, ε3 et ε4. Elles diffèrent par un ou deux acides aminés. Comme vous recevez une copie de chaque parent, il y a six génotypes possibles : E2/E2, E2/E3, E2/E4, E3/E3, E3/E4 et E4/E4. L’allèle ε3 est le plus fréquent.
Le test ne mesure ni un taux, ni une protéine dans le sang : il lit le génotype. Il se distingue ainsi des dosages de lipides, comme le LDL cholestérol.
Comment se passe le prélèvement
Le test se fait sur une prise de sang ou un recueil de salive, sans jeûne ni préparation particulière. Le génotype ne change pas avec l’alimentation, l’effort ou les médicaments.
Pour la salive, suivez la consigne du kit : ne pas manger, boire, fumer ni mâcher de chewing-gum juste avant le recueil. En France, les examens génétiques se font dans un cadre médical, avec votre consentement exprès. Le génotype étant fixe, un seul test suffit pour toute la vie.
Comment lire le résultat
Le rapport donne votre génotype, sans unité ni valeur de référence. Il peut le résumer en « porteur de ε4 », « non porteur » ou « porteur de ε2 ». Ces étiquettes décrivent une prédisposition statistique, jamais un diagnostic.
Quelques repères pour s’orienter : E3/E3 est le génotype le plus courant et sert de point de comparaison dans les études. Les porteurs de ε4 ont, en moyenne, un risque plus élevé de maladie d’Alzheimer ; les porteurs de ε2 plutôt un risque plus faible. Plusieurs facteurs modulent cette image : l’âge, le sexe et l’ascendance.
Ce résultat peut aussi avoir un sens pour les lipides, puisque les trois formes de la protéine n’interagissent pas de la même façon avec les récepteurs des lipoprotéines. Cette dimension se lit avec un bilan lipidique et l’avis d’un médecin, pas avec le génotype seul.
Ce que dit la science
Une vaste étude de 68 756 personnes, regroupant plusieurs ascendances, confirme que les porteurs de ε4 ont un risque plus élevé. Pour le génotype E3/E4, le rapport de cotes de maladie d’Alzheimer atteignait 3,46 (IC 95 % 3,27-3,65) chez les participants blancs, 4,54 (3,99-5,17) chez les participants asiatiques de l’Est, 2,18 (1,90-2,49) chez les participants noirs et 1,90 (1,65-2,18) chez les participants hispaniques. Pour les génotypes E2/E2 et E2/E3, le rapport de cotes était de 0,53 (0,48-0,58) chez les participants blancs, sans association chez les participants asiatiques de l’Est de cette étude. Chez les participants blancs, le risque lié à E3/E4 était plus élevé chez les femmes de 60 à 70 ans (rapport de cotes 1,48 ; 1,10-2,01) (Belloy et al., 2023)1.
Un rapport de cotes décrit une association, pas un risque absolu. Dans une cohorte américaine de 5 158 personnes sans trouble cognitif au départ, le risque sur la vie entière et sur 10 ans de déficience cognitive légère et de démence était plus élevé chez les porteurs de ε4 que chez les non-porteurs, à niveau égal de dépôts d’amyloïde. L’âge de départ avait cependant un effet plus marqué que le génotype (Jack et al., 2025)2.
Ce que ces données ne permettent pas : dire qu’une personne développera ou non la maladie, ni à quel âge. Un génotype ε4 n’est ni nécessaire ni suffisant. Nous classons le test en niveau « courant » : il est utilisé en recherche et en pratique spécialisée, mais le dépistage systématique dans la population n’est pas une pratique validée. Un résultat ε4 peut être anxiogène ; il est préférable d’en parler avec un médecin, voire avec un conseiller en génétique, avant comme après le test.
Les analyses à associer
Pour la dimension lipidique, associez le génotype au LDL cholestérol, à l’apolipoprotéine B, aux triglycérides et à la lipoprotéine (a), une autre marque génétique qui apporte une information distincte sur le risque cardiovasculaire. Ces dosages décrivent votre état du moment, que l’on peut suivre et améliorer, contrairement au génotype.
À retenir
- APOE code l’apolipoprotéine E, qui transporte les graisses ; trois allèles (ε2, ε3, ε4) donnent six génotypes.
- Aucun jeûne ni préparation : le génotype est fixe, un seul test suffit.
- L’allèle ε4 augmente le risque de maladie d’Alzheimer, l’allèle ε2 le diminue plutôt, mais l’ampleur varie selon l’ascendance et l’âge.
- Le résultat est un risque, jamais une certitude, et ne constitue pas un diagnostic.
- Parlez de ce résultat avec un médecin ou un conseiller en génétique avant de décider quoi que ce soit.
Sources éditoriales et fact-checking2 sources vérifiées2 études