Ce que mesure l’analyse
Les trichothécènes forment une grande famille de mycotoxines, c’est-à-dire de toxines fabriquées par des champignons. Ils bloquent la synthèse des protéines dans les cellules. On distingue des trichothécènes dits simples, comme le désoxynivalénol qui contamine les céréales (voir sa fiche), et des trichothécènes macrocycliques, dont la structure est plus grosse et plus toxique en laboratoire.
Cette analyse porte sur les macrocycliques : satratoxines, verrucarine A, roridine E. Ils sont produits par des moisissures de bâtiments humides, notamment Stachybotrys et Trichoderma (Grant et al., 2026)1. Ils proviennent donc surtout de l’environnement intérieur, pas de l’assiette.
Le dosage urinaire est un biomarqueur d’exposition : il cherche la trace de ces toxines dans l’urine pour documenter qu’elles ont été absorbées. Il ne mesure ni une maladie ni une dose reçue. Il ne dit pas non plus quelle moisissure précise est en cause.
Dans les séries de patients publiées, ces toxines sont mesurées par un test immunoenzymatique compétitif, ou ELISA. Un anticorps reconnaît une famille de molécules proches, ce qui n’a pas la précision d’une identification par spectrométrie de masse. Demandez la méthode et le seuil de détection de votre laboratoire.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement est un recueil d’urine, selon la préparation, le flacon et le délai d’envoi prescrits par le laboratoire. Quelques précautions de bon sens limitent les erreurs :
- utilisez uniquement le flacon fourni et refermez-le aussitôt ;
- ne le laissez pas dans une pièce poussiéreuse ou moisie avant l’envoi ;
- conservez-le comme indiqué, en général au frais, et envoyez-le dans le délai demandé ;
- notez votre contexte : date des symptômes, lieu, travaux, durée d’exposition.
Des poussières de moisissures sur les mains, sur le flacon ou dans l’air du recueil peuvent fausser le résultat. Si vous suspectez votre logement, certains médecins demandent de recueillir l’échantillon ailleurs : discutez-en avec lui.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de valeur de référence validée pour les trichothécènes macrocycliques urinaires. Chaque laboratoire a ses normes, ses unités et son seuil de détection : cette fiche n’affiche donc aucun cadran, faute de repère publié dans PubMed.
Pour donner un ordre d’idée, une étude de patients exposés à des moisissures a mesuré les trichothécènes dans les urines, les sécrétions respiratoires et des tissus. Les valeurs allaient de moins de 0,2 ppb, la limite de détection, jusqu’à 18 ppb selon le liquide ou le tissu examiné (Hooper et al., 2009)2. Les témoins négatifs n’avaient aucune toxine détectable, ce qui montre que la méthode peut distinguer des personnes exposées d’autres qui ne le sont pas dans ce cadre précis. Ce chiffre n’est pas une norme : il dépend de la méthode et du laboratoire.
Deux règles de lecture :
- Positif : une exposition est possible. Cela ne dit ni la quantité reçue, ni la durée, ni la cause de vos symptômes.
- Négatif : cela n’écarte pas une exposition, car l’urine peut ne rien contenir de mesurable le jour du recueil.
Si le résultat est discuté, un second prélèvement dans le même laboratoire, éventuellement après une période d’éloignement du lieu suspect, est une piste à voir avec le médecin.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est non validé : l’intérêt clinique du dosage n’est pas démontré. Les études disponibles sont des séries descriptives de patients, pas des essais contrôlés.
Une série de 112 patients atteints de syndrome de fatigue chronique, évalués pour une exposition à des moisissures, a trouvé des trichothécènes macrocycliques dans 44 % des urines. Les témoins sans exposition connue, testés auparavant par le même laboratoire avec la même méthode, n’avaient aucun résultat positif (Brewer et al., 2013)3. Cela montre une association entre exposition et détection. Cela ne montre pas que les toxines expliquent la fatigue.
Une autre étude de 100 patients exposés à des moisissures dans leur logement a utilisé la présence de trichothécènes dans l’urine, avec des anticorps anti-moisissures et des tests cutanés, pour conclure à une exposition (Rea et al., 2003)4. L’urine y est un élément d’un faisceau d’indices, pas un diagnostic isolé.
Une série rétrospective plus récente décrit huit femmes vivant dans des logements contaminés, sans groupe de comparaison décrit dans le résumé, avec de nombreuses complications de grossesse. Les auteurs concluent à une corrélation avec l’exposition (Grant et al., 2026)5. Un effectif aussi réduit, sans comparaison, ne permet pas d’établir un lien de cause.
Les limites sont claires :
- des séries issues de laboratoires ou de cabinets spécialisés, parfois liés à ceux qui commercialisent le test (deux auteurs de l’étude de Hooper sont affiliés à un laboratoire privé) ;
- une méthode immunoenzymatique dont la spécificité reste discutée ;
- des groupes témoins peu nombreux ou non appariés ;
- aucune valeur seuil validée, aucune étude montrant qu’un traitement guidé par ce test améliore l’état de santé.
Les analyses à associer
Une exposition aux moisissures ne s’évalue jamais avec un seul marqueur :
- Désoxynivalénol : il évite de confondre trichothécène alimentaire et trichothécène du bâtiment ;
- Ochratoxine A et gliotoxine : elles complètent le panel de toxines de moisissures ;
- Immunoglobulines E spécifiques : elles recherchent une allergie, autre mécanisme que la toxicité ;
- un diagnostic du bâtiment et une consultation médicale, qui restent la base de l’évaluation.
À retenir
- Les trichothécènes macrocycliques viennent surtout de moisissures de bâtiments humides, pas des céréales.
- Le test urinaire documente une exposition possible, pas une maladie.
- Les données publiées sont des séries descriptives, sans validation indépendante solide : le niveau de preuve est non validé.
- Aucun repère commun : chaque laboratoire a ses normes, d’où la nécessité d’en parler avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études