Ce que mesure l’analyse
Le désoxynivalénol, ou DON, est une mycotoxine, c’est-à-dire une toxine fabriquée par des champignons. Elle est produite surtout par des Fusarium qui infectent le blé, l’orge et le maïs avant la récolte. On l’appelle aussi vomitoxine, car de fortes doses provoquent des vomissements chez l’animal. Elle appartient aux trichothécènes simples et bloque la synthèse des protéines dans les cellules.
Dans l’organisme, le DON est absorbé après un repas puis éliminé en bonne partie dans l’urine. Son dosage urinaire sert de biomarqueur d’exposition : il reflète ce que vous avez absorbé récemment, pas une maladie. Il ne mesure ni l’effet sur vos cellules ni le risque individuel.
L’Europe a retenu le DON parmi les mycotoxines prioritaires pour la biosurveillance, avec l’urine comme matrice privilégiée (Sabbioni et al., 2022)1. Cette matrice est facile à recueillir et l’analyse se fait par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse.
Point de méthode important : certains laboratoires dosent le DON libre, d’autres le DON total, qui inclut les formes liées à d’autres molécules (formes conjuguées) après une étape de traitement. Les chiffres ne sont pas comparables d’un cas à l’autre.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement est un recueil d’urine. Les études utilisent des urines ponctuelles. Votre laboratoire précisera le flacon, le moment du recueil et le délai d’envoi. Quelques éléments de bon sens :
- notez ce que vous avez mangé dans les 24 heures qui précèdent, surtout pain, pâtes, biscuits et céréales du petit déjeuner ;
- indiquez votre activité professionnelle, notamment si vous êtes exposé à des poussières de céréales ;
- utilisez le flacon fourni, refermez-le aussitôt et conservez-le comme demandé, en général au frais.
Le DON ne reste pas longtemps dans l’organisme : l’urine reflète donc surtout les derniers repas. Pour comparer deux dosages, placez-vous dans des conditions voisines (même moment, même alimentation habituelle).
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de valeur de référence validée du DON urinaire chez l’adulte. Chaque laboratoire a ses normes et ses unités : cette fiche n’affiche donc pas de cadran, faute de repère publié dans PubMed. Les résultats sont souvent rapportés en microgrammes par gramme de créatinine, pour corriger la dilution de l’urine.
Les valeurs publiées varient fortement selon les populations, l’alimentation et la méthode. Chez des femmes enceintes américaines, le DON urinaire avait une médiane de 23 ng/mL (Krausová et al., 2024)2. Chez des adultes sains hongrois, la concentration moyenne était de 2,30 ng/mL (Szabó-Fodor et al., 2021)3. On ne peut pas comparer directement une médiane et une moyenne, ni deux méthodes, mais l’écart rappelle qu’un chiffre isolé n’a pas de sens sans son contexte.
Dans une étude allemande, le DON était détecté dans 96 % des urines, chez les travailleurs comme chez les témoins. Les travailleurs d’installations de traitement de déchets organiques avaient des valeurs plus élevées après leur poste qu’un groupe témoin : médianes de 2,94 contre 1,69 µg/g de créatinine (Schmied et al., 2026)4. Un DON détectable est donc banal, et c’est le contexte qui donne le sens.
Les variations au cours du temps comptent aussi. Chez des ouvriers de silos français, la concentration urinaire de DON était plus élevée après le poste qu’avant : 22,1 µg/L contre 9,9 µg/L (Ndaw et al., 2021)5. Un seul prélèvement ne résume donc pas l’exposition d’une personne.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent : le dosage du DON est bien établi comme marqueur d’exposition dans la recherche et la biosurveillance, mais son utilité clinique individuelle n’est pas validée.
Ce qui est démontré :
- le DON est présent dans l’urine de la quasi-totalité des participants des études de biosurveillance ;
- il reflète l’alimentation : l’étude hongroise sur 2020 trouve une corrélation de 0,69 entre la consommation de blé et de produits dérivés et le DON urinaire (Schieszl et al., 2026)6 ;
- il peut aussi refléter une exposition professionnelle aux poussières.
Ce qui reste discuté :
- le calcul de l’apport quotidien à partir de l’urine dépend du taux d’excrétion supposé et comporte une incertitude importante, comme le souligne l’étude hongroise de Szabó-Fodor ;
- la comparaison à des seuils d’apport tolérable est un outil de santé publique, pas un diagnostic individuel ;
- aucune donnée solide ne montre qu’un DON urinaire plus élevé explique un symptôme chez un individu.
Un point de prudence : les résultats d’un laboratoire ne sont pas toujours transposables à un autre. Gardez le même laboratoire si vous voulez suivre une évolution.
Les analyses à associer
Le DON voyage rarement seul dans les céréales. Les mycotoxines urinaires voisines aident à interpréter l’ensemble :
- Zéaralénone : autre toxine de Fusarium, souvent présente dans les mêmes céréales ;
- Ochratoxine A : toxine alimentaire d’une autre famille de moisissures ;
- Fumonisines : toxines du maïs, utiles pour repérer l’origine de l’exposition ;
- Aflatoxine M1 : elle renseigne sur une autre voie d’exposition alimentaire.
À retenir
- Le DON est détectable chez presque tout le monde : sa présence n’est pas anormale.
- Le dosage reflète surtout l’alimentation et l’exposition récentes, notamment le blé et les poussières de céréales.
- Libre ou total, la méthode change le chiffre : gardez le même laboratoire pour comparer.
- Aucun diagnostic ne se pose sur ce seul dosage : discutez le résultat avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking6 sources vérifiées6 études