Ce que mesure l’analyse
Les fumonisines sont des mycotoxines, c’est-à-dire des toxines fabriquées par des champignons, surtout du genre Fusarium. Elles contaminent principalement le maïs et ses dérivés. La plus courante est la fumonisine B1 (FB1), suivie de la B2 (FB2) et de la B3 (FB3).
Sur le plan biologique, les fumonisines perturbent la fabrication des céramides, des lipides des membranes cellulaires. Cette perturbation fait s’accumuler certains lipides intermédiaires. Elle est bien décrite en laboratoire et chez l’animal.
Le dosage urinaire sert de biomarqueur d’exposition : il détecte la FB1 (et selon le laboratoire FB2 et FB3) éliminée dans l’urine après absorption. Il ne mesure pas l’effet de la toxine sur vos cellules. L’urine est la matrice privilégiée pour la FB1 dans la biosurveillance européenne (Sabbioni et al., 2022)1.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement est un recueil d’urine. Les études utilisent des urines ponctuelles. Votre laboratoire précisera le flacon, le moment et le délai d’envoi. Quelques conseils pratiques :
- notez ce que vous avez mangé dans les jours précédents, surtout le maïs, les céréales et les produits dérivés ;
- mentionnez une exposition professionnelle aux poussières de céréales ;
- utilisez le flacon fourni, refermez-le et conservez-le comme demandé, en général au frais.
Ne changez pas votre alimentation uniquement pour le test, sauf si votre médecin le demande : l’idée est de mesurer votre exposition habituelle.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de valeur de référence validée pour les fumonisines urinaires chez l’adulte. Chaque laboratoire a ses normes, ses unités et son seuil de détection : cette fiche n’affiche donc pas de cadran, faute de repère publié dans PubMed. Les résultats sont souvent rapportés en µg/g de créatinine, pour corriger la dilution de l’urine.
Pour fixer les idées, dans une étude nigériane auprès d’adultes ruraux, la FB1 était quantifiée dans 71 % des urines, avec une médiane de 11 µg/g de créatinine (Ezekiel et al., 2025)2. Cette population consomme beaucoup de céréales locales : ces valeurs ne sont pas transposables à un adulte français.
Les sources alimentaires varient selon les années et les pays. Dans une étude hongroise de 2018, la consommation d’avoine et de produits à base d’avoine était corrélée au niveau de fumonisines urinaires, avec un coefficient de 0,50 (Schieszl et al., 2026)3. Le maïs n’est donc pas la seule piste possible.
Quelques erreurs de lecture à éviter :
- croire qu’un résultat reflète toute l’année : il reflète surtout les derniers jours ;
- comparer deux laboratoires qui n’utilisent ni la même méthode ni la même unité ;
- transformer la concentration urinaire en dose exacte : ce calcul est incertain.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent : la FB1 urinaire est un marqueur d’exposition étudié dans la recherche, sans usage clinique individuel validé.
Ce qui est démontré :
- la FB1 est mesurable dans l’urine et reflète l’exposition alimentaire ;
- la teneur en fumonisines du maïs peut être réduite par un procédé traditionnel comme la nixtamalisation : dans l’étude de Soweto, elle a baissé de 95 % pour la FB1 dans le maïs traité (Maris et al., 2025)4 ;
- l’exposition varie avec la saison, la région et le type de céréales.
Ce qui reste discuté :
- l’estimation de l’apport quotidien à partir de l’urine : dans une étude hongroise, les résultats pour les fumonisines ont fortement changé selon que l’on utilisait des données d’excrétion humaines ou porcines (Szabó-Fodor et al., 2021)5 ;
- le lien avec des maladies : une étude cas-témoins chinoise a montré une FB1 urinaire médiane de 176,13 pg/mg de créatinine chez des patients atteints de cancer de l’œsophage contre 56,92 chez les témoins (Xue et al., 2019)6. C’est une association dans une région à haut risque, pas une preuve de cause chez un individu, et le dosage n’a pas été validé comme test de dépistage.
Gardez en tête qu’une concentration urinaire reflète une exposition récente. Elle ne remplace ni une enquête alimentaire ni un avis médical.
Les analyses à associer
- Désoxynivalénol et Zéaralénone : toxines de Fusarium souvent retrouvées avec les fumonisines ;
- Ochratoxine A : toxine d’une autre famille de moisissures, qui complète le panel ;
- Aflatoxine M1 : elle renseigne sur une autre exposition alimentaire.
À retenir
- Les fumonisines sont des toxines de moisissures du maïs et d’autres céréales, mesurées dans l’urine comme marqueur d’exposition.
- Aucune norme commune n’est publiée : chaque laboratoire a ses repères.
- L’exposition varie avec la saison, la région et l’alimentation ; un résultat reflète les derniers jours.
- Une association avec des maladies a été observée dans des études, sans preuve de cause individuelle : discutez le résultat avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking6 sources vérifiées6 études