Ce que mesure l’analyse
L’aflatoxine M1 (AFM1) est un produit de transformation de l’aflatoxine B1, l’une des mycotoxines les mieux étudiées. Une mycotoxine est une toxine produite par des moisissures, ici surtout du genre Aspergillus. L’aflatoxine B1 contamine des céréales, des fruits à coque et des épices, en particulier quand le stockage a lieu dans des conditions chaudes et humides.
Une fois ingérée, l’aflatoxine B1 est transformée par le foie. L’un de ses métabolites, l’AFM1, passe dans l’urine : c’est ce que l’analyse détecte. Elle est donc un biomarqueur d’exposition à l’aflatoxine B1, pas une mesure directe de la toxine ingérée. Les études de biosurveillance en tiennent compte : dans une étude nigériane, le risque lié à l’aflatoxine B1 a été estimé à partir de l’AFM1 retrouvée dans l’urine (Ezekiel et al., 2025)1.
L’aflatoxine B1 est reconnue comme cancérogène pour le foie. C’est pour cette raison que son exposition est surveillée, même quand elle est faible.
Comment se passe le prélèvement
Le recueil est urinaire. Beaucoup d’études utilisent les premières urines du matin ; le laboratoire donne la consigne exacte de recueil, de flacon et de conservation. Suivez-la : l’AFM1 est dosée à très faible concentration, et un défaut de recueil ou de conservation peut fausser le résultat.
Le dosage reflète une exposition récente. Il peut varier d’un jour à l’autre selon ce que vous avez mangé, d’où l’intérêt de ne pas surinterpréter un résultat isolé.
Comment lire le résultat
Le résultat est généralement rapporté à la créatinine pour corriger la dilution de l’urine. L’unité varie selon les laboratoires (ng/mL, ng/g de créatinine, µg/g de créatinine) : vérifiez toujours celle de votre compte rendu.
Aucun repère chiffré n’est présenté ici. Les repères d’un test spécialisé comme celui-ci sont propres au laboratoire qui le réalise, et nous n’avons pas trouvé dans PubMed de valeur de référence individuelle publiée et validée. Chaque laboratoire a ses normes et sa limite de détection.
Un résultat « non détecté » est fréquent. Dans une étude allemande de 101 personnes, l’AFM1 faisait partie des 23 biomarqueurs recherchés mais ne figurait pas parmi les six détectés (Gerding et al., 2014)2. Dans une étude chinoise de 311 volontaires, l’AFM1 a été détectée dans 10,96 % des urines (Zhou et al., 2025)3. Ces écarts illustrent la variabilité entre populations et méthodes.
La saison compte aussi. Dans l’étude nigériane, les niveaux d’aflatoxines étaient plus élevés à la récolte qu’au stockage dans l’un des deux États. Ce détail rappelle que la même personne peut obtenir deux résultats différents selon la période.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent : l’AFM1 urinaire est un outil de recherche et de santé publique, pas un test validé par les autorités de santé pour décider d’une prise en charge individuelle.
Elle sert surtout à mettre en évidence des expositions particulières. Une étude pilote italienne a comparé 35 éleveurs de porcs à 30 témoins : l’AFM1 était le biomarqueur le plus souvent détecté chez les éleveurs, au-dessus de la limite de détection dans 22,8 % des échantillons et au-dessus de la limite de quantification dans 11,4 %. Chez les témoins, 10 % des échantillons dépassaient la limite de détection et aucun la limite de quantification (Paci et al., 2026)4. L’effectif est petit : ces données suggèrent une contribution du travail sans la prouver.
Chez les enfants, les estimations de risque se fondent sur des hypothèses. À São Paulo, les marges d’exposition de l’AFM1 étaient inférieures à 10 000 dans tous les groupes d’âge, ce que les auteurs interprètent comme un signal de préoccupation cancérogène potentielle (Ali et al., 2025)5. Ce raisonnement vaut pour une population : il ne permet pas d’évaluer le risque d’une personne.
Limites à connaître : un seul prélèvement reflète une exposition récente, les limites de détection varient d’un laboratoire à l’autre, et aucune valeur individuelle n’est validée.
Les analyses à associer
- Aflatoxines B1, B2, G1, G2 : les aflatoxines parentes, plus rarement détectées dans l’urine.
- Ochratoxine A : autre mycotoxine souvent présente dans les mêmes profils.
- Alanine aminotransférase et gamma-glutamyl transférase : marqueurs hépatiques de base, à discuter avec un médecin.
À retenir
- L’AFM1 est un métabolite urinaire de l’aflatoxine B1 : elle documente une exposition récente.
- Elle n’est pas détectée chez tout le monde, et sa fréquence varie beaucoup selon la population et la saison.
- Chaque laboratoire a ses normes : aucun repère universel n’est validé.
- L’analyse ne diagnostique rien ; elle se lit avec un médecin, dans le contexte alimentaire et professionnel.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études