Ce que mesure l’analyse
L’ochratoxine A (OTA) est une mycotoxine : une toxine produite par des moisissures qui se développent sur les céréales, le café, le raisin ou les fruits secs. Elle résiste à la cuisson et au stockage, et un aliment contaminé n’a pas toujours un aspect moisi.
Une fois ingérée, l’OTA se fixe fortement à l’albumine du sang. Elle est éliminée surtout par le rein. Elle est toxique pour le rein et cancérogène chez l’animal. L’analyse urinaire sert de biomarqueur d’exposition : elle indique que la toxine a traversé l’organisme, pas qu’elle a causé un dommage.
Une difficulté technique explique la prudence qu’il faut avoir : seule une petite fraction de l’OTA ingérée est éliminée dans l’urine, ce qui impose des techniques très sensibles. Une partie est aussi excrétée sous forme conjuguée, un glucuronide ou un sulfate. Une équipe allemande a montré que le taux d’OTA augmentait dans plusieurs échantillons après traitement enzymatique, et recommande donc une hydrolyse avant le dosage pour éviter de sous-estimer l’exposition (Muñoz et al., 2016)1. Demandez à votre laboratoire s’il le fait : deux laboratoires peuvent rendre des chiffres différents pour la même urine.
Comment se passe le prélèvement
Le recueil est urinaire. Beaucoup d’études utilisent les premières urines du matin ; le laboratoire donne la consigne exacte de recueil, de flacon et de conservation (réfrigération ou congélation selon le cas). Respectez-la : une urine conservée trop longtemps à température ambiante peut modifier le résultat.
Le laboratoire peut vous demander de noter votre alimentation récente. Le dosage reflète une exposition récente, non l’historique de toute une vie. Il faut éviter d’interpréter un résultat isolé comme une mesure de l’exposition habituelle.
Comment lire le résultat
Le résultat est rapporté à la créatinine, un déchet musculaire éliminé à débit à peu près stable. Cette correction compense la dilution de l’urine, plus ou moins marquée selon que l’on a bu ou transpiré. Les unités varient selon les laboratoires (ng/mL, ng/g de créatinine, µg/g de créatinine) : vérifiez toujours laquelle est utilisée.
Aucun repère chiffré n’est présenté ici. Les repères d’un test spécialisé comme celui-ci sont propres au laboratoire qui le réalise, et nous n’avons pas trouvé dans PubMed de valeur de référence individuelle publiée et validée. Chaque laboratoire a ses normes, sa limite de détection et ses populations de comparaison.
Les chiffres de population montrent à quel point l’exposition varie. Chez 286 adultes de zones rurales du centre-nord du Nigeria, l’OTA était détectée dans 86 % des premières urines du matin (Ezekiel et al., 2025)2. À l’inverse, dans un échantillon allemand de 101 personnes, l’OTA ne figurait pas parmi les six biomarqueurs détectés (Gerding et al., 2014)3. Ces deux études utilisent des méthodes et des populations très différentes ; elles ne se comparent pas chiffre à chiffre.
Un résultat « non détecté » est donc banal. Un résultat détecté n’est pas en soi anormal : il dit seulement qu’une exposition a eu lieu.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent : l’OTA urinaire est un outil de recherche et de biosurveillance, pas un test validé par les autorités de santé pour décider d’une prise en charge individuelle.
Les études de population estiment des risques à partir de l’urine, avec des hypothèses de calcul. Chez des enfants de São Paulo, le quotient de danger de l’OTA dépassait 1 chez 100 % des enfants d’âge préscolaire dans un scénario d’estimation haute, avec une médiane de 1,71 (Ali et al., 2025)4. Ce résultat montre l’intérêt de la surveillance à l’échelle d’une population ; il ne permet pas de dire qu’un enfant ou un adulte précis est en danger.
Le lien avec des marqueurs biologiques de stress oxydant reste incertain. Chez 244 adultes zambiens, la 8-hydroxydésoxyguanosine urinaire, un marqueur de dommage à l’ADN, n’était pas corrélée à l’OTA ni à l’aflatoxine M1 (Kayamba et Kelly, 2020)5. Étude transversale : elle n’exclut pas un effet, elle n’en montre pas.
Limites à connaître : une seule urine reflète une exposition récente, la méthode (avec ou sans hydrolyse) change le résultat, et la conversion d’une concentration urinaire en dose ingérée repose sur des hypothèses.
Les analyses à associer
- Aflatoxine M1 et zéaralénone : elles apparaissent souvent dans les mêmes profils de mycotoxines.
- Citrinine : mycotoxine voisine, fréquemment dosée en même temps.
- Créatinine : sert à corriger la dilution de l’urine.
À retenir
- L’OTA est une mycotoxine toxique pour le rein ; son dosage urinaire documente une exposition récente.
- Seule une petite fraction passe dans l’urine, et une partie est conjuguée : la méthode influence le résultat.
- Chaque laboratoire a ses normes : aucun repère universel n’est validé.
- « Non détecté » est fréquent et rassurant, sans être une garantie.
- Un résultat se discute avec un médecin, qui le replace dans votre alimentation et votre histoire.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études