Ce que mesure l’analyse
La citrinine est une mycotoxine, c’est-à-dire une toxine fabriquée par des champignons. Elle est produite par plusieurs moisissures qui contaminent les céréales et les fruits stockés (Visintin et al., 2025)1. Elle est décrite comme toxique pour le foie et les reins dans des études de laboratoire.
Dans l’organisme, une partie de la citrinine est transformée en dihydrocitrinone (DHC), un métabolite, c’est-à-dire un produit de transformation. Les laboratoires dosent la citrinine seule ou avec la DHC. Dans une étude nigériane, la DHC était détectée plus souvent que la citrinine elle-même (Ezekiel et al., 2025)2. Demandez ce que dose votre laboratoire.
Le dosage urinaire sert de biomarqueur d’exposition : il détecte ce qui a été absorbé puis éliminé. Il ne mesure pas l’effet de la toxine sur vos reins ni sur votre foie.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement est un recueil d’urine. Les études de biosurveillance utilisent des urines ponctuelles. Votre laboratoire précisera le flacon, le moment du recueil et le délai d’envoi. Quelques conseils :
- notez votre alimentation des jours précédents, surtout les céréales et les fruits conservés ;
- utilisez le flacon fourni, refermez-le aussitôt ;
- conservez-le comme indiqué, en général au frais, et respectez le délai d’envoi.
Certains travaux de recherche mesurent aussi la citrinine dans le sang ou les selles, mais ce n’est pas la pratique habituelle des laboratoires de biologie courante.
Comment lire le résultat
Il n’existe pas de valeur de référence validée pour la citrinine urinaire. Chaque laboratoire a ses normes, ses unités et son seuil de détection : cette fiche n’affiche donc pas de cadran, faute de repère publié dans PubMed. Les résultats sont souvent exprimés par gramme de créatinine, pour corriger la dilution de l’urine.
Les fréquences de détection varient beaucoup d’une population à l’autre. Dans l’étude nigériane, la citrinine était détectée dans 37 % des urines et la DHC dans 60 % (Ezekiel et al., 2025). Dans une étude portugaise nationale, la citrinine n’était détectée que dans 11,5 % des urines (Maris et al., 2026)3. Ces différences viennent de l’alimentation, du climat, du stockage des aliments et de la méthode.
La citrinine peut aussi se retrouver dans le sang : dans une cohorte de femmes enceintes américaines, elle était détectée dans 32 % des sérums, avec une médiane de 0,02 ng/mL (Krausová et al., 2024)4. Le sang et l’urine ne se comparent pas directement.
Quelques règles de lecture :
- un résultat positif indique une exposition, pas une atteinte des reins ou du foie ;
- un résultat négatif n’exclut pas une exposition, car un seuil de détection existe ;
- un seul prélèvement ne résume pas l’exposition de l’année : elle varie avec la saison et l’alimentation.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est émergent : la citrinine est étudiée comme mycotoxine émergente, mais aucun usage clinique individuel n’est validé.
Ce qui est démontré :
- l’exposition humaine est répandue : la citrinine est détectée dans l’urine de populations de plusieurs pays ;
- elle varie selon la saison et le lieu : dans l’étude nigériane, les citrinines urinaires différaient selon la récolte, le stockage et l’État étudié (Ezekiel et al., 2025) ;
- sa cinétique chez l’humain a été étudiée sur de petites doses : après une prise orale unique de 200 ng/kg de poids corporel, des prélèvements de sang capillaire, de selles et d’urine ont été suivis pendant 48 heures (Visintin et al., 2025). Les auteurs en ont déduit une variabilité interindividuelle de 1,92, qu’ils jugent protectrice avec le facteur d’incertitude habituel.
Ce qui reste discuté :
- les risques pour la santé aux niveaux d’exposition alimentaire courants : les études de biosurveillance estiment des apports, mais ne montrent pas d’effet sur un individu ;
- la meilleure cible à doser (citrinine, DHC ou les deux) et le lien entre concentration urinaire et dose absorbée, car les auteurs n’ont pas disposé d’étalons pour tous les métabolites ;
- des seuils utilisables en pratique clinique : il n’en existe pas.
Les analyses à associer
- Ochratoxine A : autre toxine des aliments stockés, souvent retrouvée avec la citrinine ;
- Zéaralénone : mycotoxine alimentaire qui complète le panel ;
- Sterigmatocystine : mycotoxine émergente étudiée avec la citrinine ;
- Créatinine : elle corrige la dilution de l’urine.
À retenir
- La citrinine est une toxine de moisissures de céréales et de fruits stockés, mesurée dans l’urine avec ou sans son métabolite, la dihydrocitrinone.
- Aucun repère publié : chaque laboratoire a ses normes.
- La fréquence de détection varie beaucoup selon les pays, les saisons et les méthodes.
- Le résultat reflète une exposition, pas une maladie : discutez-le avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études