Ce que mesure l’analyse
Le tryptophane est un acide aminé essentiel. La voie principale de sa dégradation, dite voie de la kynurénine, démarre par une enzyme. Dans le foie, c’est la TDO (tryptophane 2,3-dioxygénase). Dans les autres tissus, c’est l’IDO (indoléamine 2,3-dioxygénase), exprimée notamment par les macrophages et les cellules dendritiques, deux familles de cellules immunitaires.
L’IDO est stimulée de façon préférentielle par l’interféron gamma, une molécule du système immunitaire. L’activité de l’IDO est le mieux caractérisée par le rapport entre kynurénine et tryptophane, qui se corrèle à la néoptérine, un marqueur d’activation immunitaire (Schröcksnadel et al., 2006)1. C’est ce que mesure cette analyse : non pas une maladie, mais un reflet biochimique de l’activité d’une voie.
Attention au sens du rapport. La littérature scientifique utilise le plus souvent kynurénine sur tryptophane (Kyn/Trp, ou KTR). Cette fiche porte le nom inverse, tryptophane sur kynurénine (Trp/Kyn). Les deux contiennent la même information, mais leur lecture est opposée : un Kyn/Trp élevé équivaut à un Trp/Kyn bas.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang veineuse, habituellement le matin, au repos et à jeun. Le tryptophane et la kynurénine sont dosés sur le même échantillon, le plus souvent par chromatographie liquide ou spectrométrie de masse. Le plasma doit être séparé rapidement et conservé selon la procédure de votre laboratoire.
Le repas précédent compte : un repas riche en protéines ou un complément de tryptophane élève le tryptophane et peut donc abaisser le rapport Kyn/Trp. Évitez ces apports avant le prélèvement, sauf avis contraire de votre médecin. Évitez aussi un entraînement exhaustif la veille, car l’effort modifie le métabolisme du tryptophane (voir plus bas).
Si vous avez une infection en cours, même banale, signalez-la : elle peut modifier le rapport pendant plusieurs jours et brouiller la lecture d’une inflammation chronique.
Comment lire le résultat
L’unité varie : la kynurénine est souvent exprimée en µmol/L et le tryptophane en µmol/L ou mmol/L, et le rapport en µmol de kynurénine par mmol de tryptophane. Certains laboratoires donnent un rapport sans unité. Chaque laboratoire a ses propres valeurs de référence. Nous ne reprenons pas de repère chiffré ici, faute de source publiée vérifiée : fiez-vous à votre compte rendu.
Pour interpréter, retenez trois points. D’abord, l’enzyme IDO est régulée par l’interféron gamma et d’autres cytokines. L’enzyme hépatique TDO, elle, est régulée par les glucocorticoïdes (le cortisol) et par la disponibilité en tryptophane (Badawy, 2017)2. Un rapport modifié peut donc refléter l’immunité comme le stress.
Ensuite, la plupart des situations inflammatoires déplacent le métabolisme vers la voie de la kynurénine et modifient le rapport, mais la plupart des données disponibles restent associatives ou issues de modèles précliniques (Tohumcu et al., 2026)3. Enfin, une valeur isolée ne se lit pas : seule une comparaison au même laboratoire, dans les mêmes conditions, a du sens.
Les causes possibles ci-dessous sont des pistes à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.
- Rapport Kyn/Trp élevé (Trp/Kyn bas) : infection, maladie auto-immune, cancer, inflammation chronique de bas grade, grossesse, stress marqué.
- Rapport Kyn/Trp bas (Trp/Kyn élevé) : voie peu activée, situation habituelle sans inflammation ; apport récent élevé en tryptophane.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : émergent. Ce rapport est un outil de recherche solide sur le plan biologique, mais il n’est pas validé en routine pour dépister ou suivre une maladie.
Il est étudié dans l’insuffisance cardiaque, où la kynurénine et le rapport Kyn/Trp montrent un potentiel prometteur comme marqueurs de sévérité et de pronostic (He et al., 2026)4. C’est une revue de la littérature : le terme « prometteur » signale qu’il reste à démontrer qu’un dosage de routine change la prise en charge.
Chez le sportif, un essai randomisé auprès de 33 athlètes très entraînés a montré que le tryptophane mesuré après un effort exhaustif baissait dans le groupe placebo au fil de l’entraînement hivernal, ce que la prise de probiotiques limitait (Strasser et al., 2016)5. L’effectif est faible et le critère étudié est biochimique : il ne prouve pas un bénéfice individuel.
Ce qui n’est pas démontré : qu’un rapport modifié permette de poser un diagnostic, de prédire une maladie chez une personne en bonne santé, ou de choisir un traitement. Aucun repère « optimal » publié et vérifié ne peut être donné.
Les analyses à associer
- Tryptophane : permet de savoir si le rapport bouge par le numérateur ou le dénominateur.
- Protéine C réactive ultrasensible : repère une inflammation de bas grade.
- Acide kynurénique et acide quinolinique : précisent la suite de la voie de la kynurénine.
À retenir
- Le rapport kynurénine sur tryptophane estime l’activité de l’enzyme IDO, liée à l’activation immunitaire.
- Vérifiez le sens du rapport : Trp/Kyn et Kyn/Trp sont inverses.
- Il n’est pas spécifique : infection, inflammation, grossesse et stress peuvent le modifier.
- Comparez toujours dans le même laboratoire et dans les mêmes conditions (jeûne, repos).
- Son usage reste de la recherche : il n’est pas validé en routine pour décider d’un traitement.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études