Ce que mesure l’analyse
L’acide alpha-aminoadipique, ou 2-AAA, est un intermédiaire de la dégradation de la lysine, un acide aminé essentiel apporté par les protéines. La lysine est transformée en plusieurs composés, dont le 2-AAA, puis la dégradation se poursuit jusqu’à l’acétyl-CoA, un carrefour du métabolisme énergétique. L’analyse mesure la concentration de 2-AAA dans le plasma ou dans les urines, par spectrométrie de masse ou par chromatographie des acides aminés.
Il existe une seconde source. L’oxydation des lysines contenues dans les protéines, notamment par le système myéloperoxydase des globules blancs et l’acide hypochloreux, produit du 2-AAA lié aux protéines. Chez la souris, ce mécanisme augmente le 2-AAA libre et lié pendant une inflammation aiguë, et du 2-AAA a été retrouvé dans des plaques d’athérome humaines (Lin et al., 2017)1. Le 2-AAA du sang a donc deux origines possibles : le métabolisme de la lysine libre et l’oxydation des protéines.
Comment se passe le prélèvement
Le dosage se fait sur une prise de sang (plasma) ou sur des urines, selon le laboratoire. Pour les urines, le résultat est rapporté à la créatinine.
L’alimentation compte. Chez 17 hommes en surpoids, la réponse postprandiale du 2-AAA était 1,6 fois plus élevée après un repas de bœuf qu’après un repas de hareng cuit (Ross et al., 2015)2. Un prélèvement à jeun limite donc l’effet du dernier repas. Suivez la consigne du laboratoire pour le jeûne et l’acheminement, et signalez tout complément d’acides aminés.
Comment lire le résultat
L’unité courante dans le plasma est le µmol/L. Les valeurs de référence dépendent de la méthode et du laboratoire : chaque laboratoire a ses normes. Aucun article PubMed consulté pour cette fiche ne publie de repère validé pour le 2-AAA, c’est pourquoi aucun cadran n’est affiché.
Un 2-AAA « élevé » ou « bas » n’a pas, en dehors des maladies héréditaires, de signification clinique établie. La valeur reflète en partie ce que vous avez mangé les jours précédents.
Ce que dit la science
Le 2-AAA est décrit comme un marqueur suggéré du risque de diabète, et son rôle supposé dans la stimulation de la sécrétion d’insuline nourrit l’hypothèse d’un lien avec la consommation de viande rouge (Ross et al., 2015). C’est une hypothèse, pas une démonstration.
Une étude de l’université Vanderbilt a précisé le rôle de l’alimentation. La consommation déclarée de produits animaux, viande, volaille et fruits de mer, était associée à un 2-AAA plasmatique plus élevé chez 254 adultes en bonne santé. Après quatre jours de régime végétarien chez 35 femmes omnivores, il avait baissé de façon significative. Une semaine de supplémentation en lysine chez 40 personnes ne l’avait pas fait monter significativement (Antonetti et al., 2024)3. Les auteurs jugent d’autres études nécessaires pour savoir si un régime végétarien améliore le risque cardiométabolique chez les personnes à 2-AAA élevé.
Niveau de preuve : « c » (émergente). Ce que l’on sait : le 2-AAA varie avec l’alimentation, il est associé au risque cardiométabolique dans des études d’observation et il se forme aussi par oxydation des protéines. Ce que l’on ne sait pas : si l’abaisser réduit un risque, quelle valeur serait préoccupante, et si le dosage apporte un plus par rapport à la glycémie et à l’indice HOMA-IR.
Une forme héréditaire rare, l’acidurie 2-aminoadipique, entraîne des concentrations très élevées. Elle est d’expression clinique très variable. Son diagnostic revient à un spécialiste du métabolisme.
Les analyses à associer
- Profil des acides aminés plasmatiques : situe le 2-AAA parmi les autres acides aminés.
- Lysine : précurseur direct du 2-AAA.
- Glycémie à jeun : repère du métabolisme du glucose.
- Indice HOMA-IR : estime la résistance à l’insuline.
À retenir
- Le 2-AAA est un produit de dégradation de la lysine, aussi formé par oxydation des protéines.
- Il augmente avec les produits animaux et baisse avec un régime végétarien de courte durée.
- Il est associé au risque cardiométabolique, mais aucun seuil n’est validé.
- Chaque laboratoire a ses normes ; un prélèvement à jeun limite l’effet du dernier repas.
- Seul un médecin peut l’interpréter, avec l’alimentation, la glycémie et le contexte clinique.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études