Ce que mesure l’analyse
Les Candida sont des levures, c’est-à-dire des champignons microscopiques unicellulaires. Plusieurs espèces vivent dans le tube digestif de nombreuses personnes sans provoquer de symptôme. La plus connue est Candida albicans ; d’autres, comme Candida glabrata ou Candida parapsilosis, sont aussi retrouvées. Une culture mycologique consiste à déposer un échantillon de selles sur un milieu qui favorise la croissance des levures, puis à compter et à identifier les colonies qui apparaissent.
Le résultat s’exprime en UFC par gramme de selles (unités formant colonie : chaque colonie provient d’une cellule ou d’un petit groupe de cellules vivantes). Il dépend de la quantité de levures vivantes dans l’échantillon et de la technique du laboratoire. Une identification d’espèce, par spectrométrie de masse par exemple, est possible dans certains centres.
Comment se passe le prélèvement
Vous recueillez les selles vous-même, dans un pot stérile fourni par le laboratoire, avec la spatule prévue. Évitez le contact avec l’urine, l’eau de la cuvette ou une crème appliquée sur la peau. Les levures étant vivantes, le délai entre le recueil et l’analyse compte : respectez les consignes du laboratoire sur la conservation et l’acheminement.
Le jeûne n’est pas nécessaire. Signalez les antibiotiques pris récemment, les inhibiteurs de la pompe à protons (médicaments qui réduisent l’acidité de l’estomac), les antifongiques et les probiotiques contenant des levures. Ces informations aident le médecin à interpréter le résultat.
Comment lire le résultat
Les seuils sont propres à chaque laboratoire. Nous n’avons pas trouvé d’article indexé dans PubMed qui publie un jeu complet de repères validés pour la pratique : le cadran de cette fiche reste donc vide, plutôt que d’afficher un chiffre incertain. Une étude néerlandaise donne toutefois un point de comparaison : dans son laboratoire, une croissance de levures jusqu’à 7 300 UFC/g a été classée comme normale, d’après les valeurs de 78 donneurs sains (Biemond et al., 2026)1. Ce seuil est celui d’un centre, pas une norme générale.
Trois règles de lecture :
- un résultat positif ne dit pas, seul, qu’il y a une infection ;
- l’espèce identifiée et la quantité comptent plus que la simple présence ;
- le contexte (antibiotiques, médicaments, immunité, symptômes) pèse autant que le chiffre.
Un résultat se discute avec un médecin. Il ne justifie ni de commencer un régime d’éviction, ni de prendre un antifongique ou un complément de votre propre initiative.
Ce que dit la science
La présence de levures dans les selles est très répandue. Dans l’étude néerlandaise citée, des levures ont été isolées dans 65,1 % des 2 848 échantillons de personnes adressées pour un examen parasitologique (Biemond et al., 2026)2. Seuls 4,1 % des échantillons montraient une pousse que les auteurs qualifiaient d’excessive.
Ce travail relie cette pousse excessive à deux facteurs : un traitement antibiotique dans les trois mois précédents et l’usage d’inhibiteurs de la pompe à protons. Chez ces personnes, Candida albicans était l’espèce la plus fréquente, suivie de Candida glabrata. Les auteurs observent aussi une diversité bactérienne plus faible et moins de bactéries vivant sans oxygène, et proposent qu’un excès d’oxygène dans la lumière du côlon puisse favoriser ces déséquilibres. Cette dernière hypothèse reste à confirmer.
Niveau de preuve : « c », émergente. Ce qui est démontré : la culture identifie des levures vivantes dans les selles, très communes, et leur quantité est liée à certains médicaments. Ce qui ne l’est pas : qu’une quantité de Candida donnée dans les selles explique des symptômes comme les ballonnements, la fatigue ou des troubles de l’humeur, ni qu’un régime ou un traitement antifongique chez une personne sans infection prouvée apporte un bénéfice. Les candidoses invasives, graves, surviennent dans des situations hospitalières ou d’immunité affaiblie et se diagnostiquent autrement qu’avec une culture de selles.
Les analyses à associer
L’examen parasitologique des selles se pratique sur le même type de prélèvement et complète la recherche de levures : l’étude néerlandaise a d’ailleurs trouvé moins de Blastocystis et de Dientamoeba fragilis en cas de pousse excessive de levures. La sérologie Candida albicans cherche une réponse immunitaire dans le sang, tandis que le couple mannane et anti-mannane s’utilise dans la recherche d’infections invasives, ce qui est un autre contexte. La calprotectine fécale mesure, enfin, une inflammation de l’intestin, utile si des symptômes digestifs sont associés.
À retenir
- Les levures sont très fréquentes dans les selles : un résultat positif n’est pas un diagnostic.
- Antibiotiques récents et inhibiteurs de la pompe à protons sont liés à une pousse excessive de levures.
- Les seuils sont propres à chaque laboratoire : le cadran de cette fiche reste vide.
- Le lien entre Candida dans les selles et des symptômes variés n’est pas démontré.
- Un résultat se discute avec un médecin, qui tiendra compte de votre contexte.
Sources éditoriales et fact-checking1 source vérifiée1 étude