Boire de l’eau. Manger plus de fibres. Avaler du psyllium ou un comprimé de séné quand rien ne passe. Voilà ce que l’on conseille depuis des décennies aux personnes qui souffrent de constipation chronique.
Et pourtant, une partie de ces conseils ne tient pas la route.
Pas parce qu’ils sont faux. Parce qu’ils n’ont jamais été véritablement prouvés.
C’est le constat sévère d’une équipe de chercheurs du King’s College de Londres, qui vient de publier les premières recommandations diététiques officielles entièrement basées sur des preuves scientifiques. Un travail attendu depuis longtemps. Un travail qui bouscule les habitudes des médecins, des diététiciens et des patients.

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Un trouble qui touche une personne sur six
La constipation chronique n’est pas un sujet anecdotique. Environ 16 % des adultes dans le monde en souffrent au quotidien.
Les symptômes sont connus :
- Moins de trois selles par semaine ;
- Des selles dures ou en petits morceaux ;
- Des efforts douloureux au moment du passage aux toilettes.
Le trouble pèse sur la qualité de vie. Il pèse aussi, financièrement, sur les patients et sur les systèmes de santé. Jusqu’ici, les réponses thérapeutiques étaient limitées, parfois dépassées, et reposaient surtout sur des médicaments ou des conseils très généraux du type “mangez plus de fibres, buvez plus d’eau”.
Une enquête scientifique d’une ampleur inédite
Pour rédiger ces nouvelles recommandations, un comité d’experts pluridisciplinaire (diététiciens, nutritionniste, gastro-entérologue, physiologiste de l’intestin, médecin généraliste) a passé au crible 75 essais cliniques.
Le résultat : 59 recommandations officielles, validées par la British Dietetic Association (BDA), et publiées dans deux revues internationales, le Journal of Human Nutrition and Dietetics et Neurogastroenterology and Motility(1).
Les chercheurs ont également utilisé un cadre méthodologique appelé GRADE pour évaluer la qualité des preuves. En clair : ils n’ont retenu que ce que la science prouve réellement.
Et c’est là que les surprises commencent.
Ce qui ne fonctionne pas (ou pas autant qu’on le pense)
Première information qui dérange : le fameux “régime riche en fibres”, recommandé partout, à toutes les sauces, depuis des années.
Les chercheurs n’ont pas trouvé suffisamment de preuves pour confirmer son efficacité spécifique sur la constipation chronique. Cela ne veut pas dire que les fibres sont inutiles pour la santé générale. Cela veut dire que, pour soulager la constipation, l’argument ne tient pas.
Autre déception : le séné, ce laxatif à base de plante très utilisé, autant en pharmacie qu’en automédication. Sur deux essais cliniques combinés, aucun bénéfice constant n’a été retrouvé sur la fréquence des selles ou la réponse au traitement.
Boire beaucoup d’eau “plate” du robinet ? Là encore, les preuves manquent. Ce n’est pas l’eau en elle-même qui aide, mais sa composition.
Le grand gagnant n’est pas celui que l’on attendait
Et si la solution la plus efficace tenait dans un fruit minuscule, vendu à la pièce dans n’importe quel supermarché ?
Un fruit que l’on avale en deux cuillères. Un fruit que les nutritionnistes recommandent depuis longtemps pour sa vitamine C, mais dont la véritable utilité semble se situer ailleurs.
Le verdict des chercheurs est clair : il s’agit du grand gagnant de cette nouvelle synthèse.
La recommandation officielle : deux à trois kiwis par jour
Le kiwi (vert ou jaune, peu importe la variété) est désormais recommandé comme traitement diététique de référence pour la constipation chronique.
La posologie validée par les essais cliniques :
- Deux à trois kiwis par jour ;
- Pendant au moins quatre semaines consécutives ;
- Avec ou sans la peau, selon la tolérance.
Pourquoi ce fruit en particulier ? Plusieurs raisons concrètes :
- Ses fibres gonflent au contact de l’eau, davantage que celles de la pomme, ce qui augmente le volume des selles ;
- Il contient une enzyme (l’actinidine) qui facilite la digestion des protéines et accélère le transit ;
- Il agit comme un prébiotique naturel, en nourrissant les bonnes bactéries intestinales ;
- Il réduit la présence de bactéries productrices de méthane, associées à la constipation.
Avantage pratique : contrairement aux pruneaux (autre aliment souvent conseillé), le kiwi est bien toléré dès la première prise. Pas besoin d’augmenter la dose progressivement.
Une précision pour la cuisson : ne chauffez pas le kiwi. La chaleur détruit l’enzyme responsable de l’effet sur le transit.
Ce qu’il faut retenir
La constipation chronique, longtemps mal traitée par des conseils trop généraux, dispose enfin d’un protocole alimentaire précis. Le kiwi en est la pièce maîtresse, à raison de deux à trois fruits par jour pendant quatre semaines minimum. Le pain de seigle, l’eau minéralisée, le psyllium, l’oxyde de magnésium et certains probiotiques complètent l’arsenal.
À l’inverse, le régime “riche en fibres” pris au sens large et le séné voient leur réputation thérapeutique sérieusement écornée.
Avant toute prise de supplément, en particulier de magnésium, un avis médical reste recommandé. Surtout en cas de pathologie rénale ou de traitement en cours.
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