C’est un geste banal. Presque automatique. Le téléphone qui glisse hors de la poche dès que la porte des toilettes se ferme. Personne n’en parle. Tout le monde le fait.
Et pourtant, les gastro-entérologues outre-Atlantique tirent la sonnette d’alarme. Une mise à jour officielle, publiée mercredi, vise directement cette routine que l’on croyait inoffensive. Le verdict est sans appel.
Ce que les médecins reprochent au scrolling sur la cuvette n’a rien à voir avec la propreté du téléphone, ni avec la perte de temps. Le problème est ailleurs. Plus bas. Dans une zone du corps que personne n’a envie d’évoquer à table.

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Une recommandation officielle, signée par les spécialistes du tube digestif
L’American Gastroenterological Association (AGA), la principale société savante américaine de gastro-entérologie, vient de publier de nouvelles recommandations. Elles ciblent deux problèmes très répandus : la constipation et les hémorroïdes.
L’ampleur du phénomène donne le ton. À 50 ans, au moins une personne sur deux aura souffert d’hémorroïdes, ces veines enflammées et irritantes situées dans la zone anale. Un trouble si fréquent qu’il en est devenu tabou.
Les auteurs des recommandations pointent deux causes modernes :
- Une alimentation trop pauvre en fibres ;
- Un temps passé sur la cuvette beaucoup trop long.
Et derrière ces deux causes, un même coupable involontaire : le smartphone.
Pourquoi rester assis trop longtemps abîme cette zone du corps
Le mécanisme est simple. Quand une personne s’assoit sur la cuvette, le bas du corps n’est plus soutenu comme sur une chaise classique. Le siège évidé laisse la zone anale en suspension. La gravité fait le reste : le sang stagne dans les veines de la région.
Plus la position dure, plus la pression monte.
C’est cette pression prolongée qui finit par enflammer les veines. Si la personne pousse en plus pour évacuer, l’effet est multiplié. Les tissus délicats s’abîment, gonflent, deviennent douloureux.
Le téléphone, lui, agit comme un piège temporel. Les médecins recommandent désormais de fixer une limite stricte au temps passé à scroller sur la cuvette. Quelques minutes suffisent normalement à un transit qui fonctionne bien. Avec un écran sous les yeux, ce délai peut tripler sans que personne ne s’en rende compte.
Le rôle central des fibres, ces nutriments que presque personne ne consomme assez
Les fibres alimentaires sont des composants végétaux que le corps ne digère pas complètement. Elles servent à plusieurs choses : ramollir les selles, nourrir les bonnes bactéries du gros intestin, faciliter l’évacuation.
Les chiffres officiels donnent le vertige.
Les hommes devraient viser environ 38 grammes de fibres par jour, et les femmes au moins 25 grammes. Or, dans la population générale, l’écart avec ces objectifs est massif. Selon les estimations récentes, seulement 5 % environ des hommes et 9 % des femmes atteignent l’apport journalier recommandé en fibres.
Autrement dit : la quasi-totalité de la population mange à l’envers de ce que les intestins réclament.
Le problème caché des régimes très protéinés
Les nouvelles recommandations arrivent dans un contexte précis. Les régimes hyperprotéinés ont le vent en poupe. Steaks, blancs de poulet, charcuterie, shakers de protéines : tout pousse à augmenter la part animale dans l’assiette.
Et c’est exactement là que le bât blesse.
Selon le Dr Waqar Qureshi, gastro-entérologue au Baylor College of Medicine de Houston et coauteur des nouvelles recommandations, un régime qui privilégie les protéines animales aux protéines végétales peut manquer de fibres et provoquer une constipation, ce qui pousse à forcer aux toilettes et finit par enflammer les tissus délicats à l’origine des hémorroïdes.
La viande contient zéro fibre. Aucune. Quelle que soit la coupe, quelle que soit la cuisson.
Les charcuteries (saucisses, salami, certaines viandes en tranches), tout comme la viande rouge, augmentent par ailleurs le risque de cancer colorectal. Un effet documenté depuis des années par les organismes internationaux de santé.
La solution avancée par l’AGA n’est pas de bannir la viande. Elle est de rééquilibrer. Les sources clés de fibres, à la fois solubles et insolubles, comprennent les graines, les haricots, les lentilles, les céréales complètes et les légumes. Mélanger les deux types est ce qui protège le mieux le transit.
Soluble, insoluble : deux fibres, deux rôles
Pour comprendre l’intérêt de varier :
- Les fibres solubles forment un gel dans l’intestin et ralentissent l’absorption ;
- Les fibres insolubles gonflent dans le côlon et accélèrent le transit ;
- Les premières se trouvent surtout dans l’avoine, les pommes, les légumineuses ;
- Les secondes dominent dans les céréales complètes, les légumes verts et la peau des fruits.
L’idéal consiste à associer les deux à chaque repas.
La position assise classique, un héritage mal adapté à l’anatomie
C’est l’autre point que l’AGA met sur la table. La cuvette occidentale, avec son siège à hauteur de chaise, oblige le corps à une géométrie peu favorable. L’angle entre le rectum et le canal anal reste partiellement fermé. Pour évacuer, il faut pousser davantage.
Les pays où l’on s’accroupit pour aller à la selle connaissent moins ce problème.
Pour éviter de forcer (et donc les hémorroïdes), il est possible de surélever les pieds sur un petit tabouret ou même sur une pile de vieux magazines, afin de reproduire une position plus accroupie que celle imposée par les toilettes classiques.
Ce simple changement de hauteur ouvre l’angle interne. Le passage devient plus direct. La poussée nécessaire diminue.
Que faire en cas d’hémorroïdes déjà présentes
Les recommandations donnent quelques pistes pratiques pour soulager la zone enflammée. Aucune n’est miraculeuse, mais leur combinaison peut accélérer la guérison spontanée.
Le bidet permet de réduire la friction provoquée par le papier toilette, en particulier en cas d’hémorroïde activement enflammée. Le jet d’eau remplace le frottement.
Les bains de siège, qui consistent à immerger la zone anale dans de l’eau chaude, peuvent atténuer l’inconfort. Les preuves scientifiques restent limitées sur leur effet curatif, mais la pratique reste recommandée par les spécialistes : eau chaude (sans être brûlante), durée de cinq à dix minutes seulement.
Bonne nouvelle malgré tout : la majorité des hémorroïdes disparaissent d’elles-mêmes en quelques jours. Une consultation reste néanmoins conseillée pour confirmer le diagnostic, car d’autres pathologies plus sérieuses peuvent provoquer des symptômes proches.
Comment atteindre l’objectif fibres sans bouleverser ses repas
L’écart entre les apports actuels et les recommandations peut sembler énorme. Quelques ajustements simples permettent pourtant de rattraper rapidement le retard :
- Remplacer le pain blanc par du pain complet ou aux céréales ;
- Ajouter une portion de légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots) deux à trois fois par semaine ;
- Garder la peau des fruits et légumes lavés plutôt que de les éplucher ;
- Saupoudrer graines de chia, de lin ou amandes effilées sur les yaourts et salades.
Une montée progressive est préférable. Passer brutalement de 10 à 35 grammes de fibres en une journée provoque ballonnements et inconfort. Les intestins ont besoin de quelques semaines pour s’adapter.
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