L’idée peut choquer : utiliser un transfert de selles pour aider à lutter contre le cancer. Pourtant, des chercheurs explorent sérieusement cette piste, et les premiers résultats sont encourageants.
Qu’est-ce qu’un transfert de microbiote fécal ?
Il s’agit d’une transplantation de microbiote fécal. En termes simples, on prélève les bactéries vivant dans les matières fécales d’une personne en bonne santé, on les nettoie, on les prépare, puis on les introduit dans l’intestin d’un patient. L’objectif n’est pas de transférer des « déchets », mais bien des micro-organismes bénéfiques qui composent un microbiote sain.
Ces microbes jouent un rôle essentiel pour notre système immunitaire, la digestion, et même la façon dont certains médicaments fonctionnent(1).
Pourquoi associer ces greffes à l’immunothérapie ?
L’immunothérapie est un type de traitement qui aide le système immunitaire à reconnaître et attaquer les cellules cancéreuses. Cela a révolutionné la prise en charge de plusieurs cancers comme le mélanome ou le cancer du poumon. Mais chez beaucoup de patients, ce traitement ne fonctionne pas ou perd de son efficacité.
Des études(2)(3) montrent que la composition du microbiote intestinal peut influencer cette réponse. Lorsqu’un microbiote est déséquilibré (ce qu’on appelle une dysbiose), le système immunitaire répond moins bien aux signaux thérapeutiques.
L’idée est simple : si on peut restaurer un microbiote plus « favorable », on pourrait aider le traitement à marcher mieux.
Livres recommandés
Les essais cliniques en cours
Des équipes de recherche au Canada et ailleurs ont lancé des essais cliniques qui combinent immunothérapie et transplantation fécale. Plutôt que d’administrer ces bactéries par coloscopie, ils ont développé des gélules qui contiennent un concentré de microbiote sain.
La manière dont cela fonctionne concrètement :
- Les fèces sont récupérées auprès de donneurs rigoureusement sélectionnés ;
- Elles sont transformées en suspension puis mises en gélules résistantes à l’acidité de l’estomac ;
- Un patient peut avaler des dizaines de capsules avant de commencer l’immunothérapie.
Selon les premiers résultats, ce type de traitement pourrait permettre à l’organisme de mieux répondre à l’immunothérapie, notamment dans des cancers difficiles comme ceux du rein, du poumon et le mélanome.
D’autres essais montrent aussi que cela pourrait réduire certains effets secondaires toxiques des traitements anticancéreux, ce qui serait un vrai plus pour les patients.
Comment ça marche vraiment dans le corps ?
Ce n’est pas encore complètement élucidé. Ce que les scientifiques pensent, c’est que :
- Un microbiote sain peut améliorer l’activation des cellules immunitaires qui attaquent les cellules cancéreuses ;
- Cela peut rendre la tumeur plus « visible » au système immunitaire ;
- Et cela pourrait diminuer l’inflammation inutile ou nocive.
Ce n’est pas un traitement miracle : ça ne guérit pas le cancer à lui seul, mais c’est un moyen potentiel d’augmenter l’efficacité des thérapies existantes.
Quels sont les risques et limites ?
Ce type de traitement n’est pas sans danger. Transplanter des bactéries signifie aussi risquer de transférer des agents pathogènes si le processus n’est pas parfaitement contrôlé. C’est pourquoi ce traitement doit absolument être fait dans un cadre médical strict.
De plus, les études à ce jour ont été menées sur des groupes assez petits, et les résultats doivent être confirmés par des essais plus larges avant d’être adoptés en pratique courante.
En résumé
- La transplantation fécale, loin d’être une « astuce bizarre », est un outil sérieux étudié en cancérologie ;
- Elle pourrait aider des traitements comme l’immunothérapie à mieux fonctionner chez certains patients ;
- Des gélules à base de microbiote sont en cours d’essais avec des résultats prometteurs ;
- Mais il reste encore des questions scientifiques et des étapes à franchir avant une généralisation.
Sur le même sujet
Sources éditoriales et fact-checking