Ce que mesure l’analyse
La vitamine K2 est un groupe de formes de vitamine K appelées ménaquinones (MK-n). Le chiffre indique la longueur de leur chaîne latérale : la MK-4 et la MK-7 sont les plus souvent dosées. Elles proviennent de la production bactérienne, d’aliments fermentés comme le natto et de produits animaux.
La vitamine K est le cofacteur d’une enzyme, la gamma-glutamyl carboxylase. Cette enzyme « active » des protéines en leur ajoutant des groupements carboxyle : des facteurs de coagulation dans le foie, l’ostéocalcine dans l’os, la protéine Gla de la matrice (MGP) dans les parois artérielles. Le dosage mesure la concentration des ménaquinones dans le sang, le plus souvent par chromatographie liquide couplée à la spectrométrie de masse.
Ce qu’il ne mesure pas : l’effet de la vitamine dans les tissus. Pour cela, on dose des protéines restées « sous-carboxylées », comme l’ostéocalcine non carboxylée ou la PIVKA-II.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang veineuse. Les vitamines K sont sensibles à la lumière : la pratique usuelle est de protéger l’échantillon et de l’acheminer rapidement, selon les consignes du laboratoire. Nous n’avons pas trouvé de règle de jeûne validée pour les ménaquinones ; appliquez la consigne de votre laboratoire.
Signalez vos compléments de vitamine K2 et tout traitement par antivitamine K (warfarine, fluindione, acénocoumarol). Ces traitements bloquent l’action de la vitamine K et modifient la lecture des marqueurs associés.
Comment lire le résultat
L’unité est le ng/mL (équivalent au µg/L). Une équipe chinoise, constatant qu’aucun indicateur ni intervalle de référence n’était reconnu pour juger le statut en vitamine K, a établi les siens chez 631 femmes en bonne santé de 18 à 49 ans, par spectrométrie de masse : 0,12 à 3,54 ng/mL pour la MK-7 (voir le cadran) et 0,02 à 0,24 ng/mL pour la MK-4 (Nie et al., 2023)1.
Ces valeurs viennent d’une population précise. Elles ne s’appliquent pas telles quelles aux hommes, aux enfants ni aux personnes âgées : ce sont des repères indicatifs, pas des seuils de diagnostic. Le taux dépend aussi de ce que vous mangez. Dans une étude japonaise, les hommes qui consommaient du natto, même occasionnellement, avaient une MK-7 sérique plus élevée que ceux qui n’en mangeaient pas (Tsukamoto et al., 2000)2.
Ce qui compte vraiment : un taux de MK-7 dit combien de vitamine circule, pas si vos protéines osseuses ou vasculaires sont correctement activées. Un taux bas ou haut est une piste à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : émergent. La vitamine K1 sérique reste le marqueur le plus utilisé, car elle reflète l’abondance de la vitamine. Son défaut est d’ignorer les autres formes, dont les ménaquinones. On l’associe souvent à la PIVKA-II pour voir aussi l’utilisation de la vitamine (Card et al., 2019)3.
Sur le plan biologique, la supplémentation en MK-7 agit sur des marqueurs. Dans un essai randomisé chez 55 enfants prépubères en bonne santé, huit semaines de MK-7 ont fait monter la MK-7 circulante et baisser l’ostéocalcine inactive par rapport au placebo, sans modifier les paramètres de coagulation (van Summeren et al., 2009)4. Cela prouve un effet sur un marqueur, pas un bénéfice sur les fractures.
Côté os, une étude observationnelle japonaise chez 379 femmes a trouvé plus de fractures vertébrales dans le groupe à vitamine K1 plasmatique basse (14,4 % contre 4,2 %). L’association portait sur la K1, pas sur la K2 (Tsugawa et al., 2008)5. Une association n’établit pas une cause. Parmi les sources vérifiées, nous n’avons trouvé aucun essai montrant qu’un taux de K2 sanguin guide utilement une supplémentation.
Les analyses à associer
- Vitamine K1 : le marqueur de l’abondance de la vitamine le plus utilisé.
- Ostéocalcine non carboxylée : montre l’activation de l’ostéocalcine dans l’os.
- PIVKA-II : reflète l’utilisation de la vitamine K par le foie.
- Vitamine D : partenaire dans le métabolisme du calcium.
À retenir
- Le dosage de K2 mesure la concentration des ménaquinones, pas leur effet dans les tissus.
- Aucun intervalle de référence n’est reconnu pour toutes les populations ; ceux du cadran viennent de femmes chinoises de 18 à 49 ans.
- Compléments, natto et antivitamines K changent la lecture du résultat : signalez-les.
- Le lien entre un taux de K2 et la santé osseuse ou vasculaire n’est pas établi.
Sources éditoriales et fact-checking5 sources vérifiées5 études