Ce que mesure l’analyse
Combien d’hémoglobine contient un seul globule rouge ? La teneur corpusculaire moyenne en hémoglobine (TCMH) répond à cette question. Elle s’exprime en picogrammes (pg), soit un millième de milliardième de gramme.
Ce n’est pas une mesure directe. Le laboratoire la calcule en divisant l’hémoglobine par le nombre de globules rouges. On la rencontre aussi sous le nom de teneur globulaire moyenne en hémoglobine (TGMH).
La TCMH suit de près le volume globulaire moyen (VGM) : un globule rouge petit contient moins d’hémoglobine, un gros en contient davantage. Elle se distingue de la concentration corpusculaire moyenne en hémoglobine (CCMH), qui rapporte l’hémoglobine au volume de la cellule.
Autrement dit : la TCMH mesure le contenu d’un globule rouge, la CCMH sa densité.
Comment se passe le prélèvement
La TCMH est calculée lors de la numération formule sanguine (NFS), sur un tube à l’EDTA, un anticoagulant. Aucune préparation particulière n’est requise.
Elle résiste bien au temps. Dans une étude des Archives of Pathology and Laboratory Medicine, la TCMH est restée stable pendant sept jours à température ambiante, alors que le VGM et l’hématocrite dérivaient dès le deuxième jour. C’est un atout quand un tube a voyagé ou attendu.
Ses pièges viennent de ses deux composants. Une hémoglobine surestimée, par un sang très chargé en graisses par exemple, gonfle artificiellement la TCMH. Un nombre de globules rouges sous-estimé produit le même effet, notamment en présence d’agglutinines froides, des anticorps qui collent les globules rouges entre eux à basse température.
Comment lire le résultat
L’enseignement universitaire d’hématologie retient des valeurs normales de 27 à 32 pg par cellule. D’autres laboratoires publient des intervalles plus larges : le réseau hospitalier EORLA, dans l’Est de l’Ontario, indique 27 à 34 pg chez l’homme et 25 à 34 pg chez la femme.
Une TCMH basse signale des globules rouges pauvres en hémoglobine. Elle accompagne presque toujours un VGM bas : carence en fer, trait thalassémique, plus rarement anémie inflammatoire prolongée. Le mot hypochromie, lui, se définit en pratique par une CCMH basse.
Une TCMH haute accompagne un VGM élevé, ou trahit un artefact de mesure.
Ce qui compte vraiment : la TCMH apporte rarement une information que le VGM et la CCMH ne donnent pas déjà. L’ANAES (devenue la HAS) le soulignait : son analyse n’éclaire qu’exceptionnellement le praticien, mais elle aide le biologiste à orienter la recherche d’une cause.
Ce que dit la science
Son niveau de preuve est intermédiaire. La TCMH figure dans le contenu minimal du compte rendu d’hémogramme défini par l’ANAES, mais sa valeur ajoutée est jugée faible face au VGM et à la CCMH. C’est un indice de confirmation plus que de décision.
Elle a pourtant un atout chez le sportif. Rapport de deux grandeurs diluées de la même façon, elle ne bouge pas quand le volume de plasma augmente. Or une étude de Frontiers in Sports and Active Living, menée chez des cyclistes d’élite, a montré qu’une charge d’entraînement élevée dans les cinq jours précédant la prise de sang abaissait l’hémoglobine par expansion du plasma. Dans ce contexte, la TCMH reste lisible quand l’hémoglobine ne l’est plus.
Pour repérer un trait thalassémique, les indices les plus étudiés reposent plutôt sur le VGM et le nombre de globules rouges, comme l’indice de Mentzer, proposé dans The Lancet. Une étude parue dans Anemia l’a jugé le plus fiable de douze indices testés chez l’enfant. Aucun ne remplace l’étude de l’hémoglobine en laboratoire.
Les analyses à associer
- VGM et CCMH, qui donnent l’essentiel de l’information sur les globules rouges ;
- Hémoglobine, pour savoir s’il existe une anémie ;
- Ferritine en cas de TCMH basse, examen de première intention de la HAS pour la carence en fer ;
- Électrophorèse de l’hémoglobine si un trait thalassémique est évoqué, sur avis médical.
À retenir
- La TCMH est la quantité moyenne d’hémoglobine dans un globule rouge, en picogrammes ;
- Elle évolue avec le VGM : basse dans les carences en fer, haute dans les macrocytoses ;
- Elle reste stable dans le tube et ne dépend pas de la dilution du sang ;
- Seule, elle apporte peu : elle se lit avec le VGM et la CCMH.