Ce que mesure l’analyse
La sérotonine (5-hydroxytryptamine, ou 5-HT) est une petite molécule fabriquée à partir de l’acide aminé tryptophane. L’essentiel de celle de l’organisme est produit dans l’intestin ; le cerveau en synthétise une part minime, avec ses propres neurones. Dans le sang, la sérotonine ne circule presque pas librement : les plaquettes la captent grâce à un transporteur (SERT), la stockent dans leurs granules denses et la libèrent quand elles sont activées.
Le dosage appelé « sérotonine sanguine » ou « plaquettaire » mesure donc surtout ce stock plaquettaire. C’est un point central pour un lecteur exigeant : la sérotonine du sang ne franchit pas la barrière hémato-encéphalique. Ce chiffre n’est pas un instantané de la sérotonine du cerveau, et il ne dit rien de votre humeur.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang. Les consignes (jeûne, horaire, type de tube) varient d’un laboratoire à l’autre : suivez celles que l’on vous remet. Le tube peut contenir du sang entier, du sérum ou du plasma riche en plaquettes, selon la méthode.
Le principal piège est technique. Une plaquette activée dans le tube libère sa sérotonine : un garrot trop long, une piqûre difficile ou un retard avant la centrifugation peuvent donc modifier le résultat. L’échantillon est généralement congelé ou traité rapidement. Signalez au laboratoire tout traitement antidépresseur, tout IMAO et tout complément de 5-HTP ou de tryptophane.
Comment lire le résultat
Les unités diffèrent selon les laboratoires : µg/L, nmol/L ou quantité rapportée à 10⁹ plaquettes. Elles ne sont pas interchangeables. Chaque laboratoire a ses propres normes, liées à sa méthode (chromatographie, immunodosage) et au type d’échantillon, et aucune valeur de référence consensuelle n’est publiée dans les sources que nous avons vérifiées. Comparez toujours votre résultat à l’intervalle indiqué sur votre compte rendu, pas à un chiffre lu ailleurs.
Trois paramètres comptent plus que le chiffre brut. D’abord le nombre de plaquettes : sur sang entier, plus de plaquettes signifie mécaniquement plus de sérotonine. Ensuite les médicaments, en particulier les ISRS (voir plus bas). Enfin la qualité du prélèvement, car une activation plaquettaire in vitro fausse le résultat dans les deux sens.
Une valeur anormale n’est jamais un diagnostic. Une valeur très élevée peut faire discuter une tumeur neuroendocrine productrice de sérotonine ; la suite de l’enquête repose alors sur d’autres dosages, notamment l’acide 5-hydroxyindoleacétique, produit de dégradation de la sérotonine. Une valeur basse s’explique le plus souvent par un traitement ou un faible nombre de plaquettes.
Ce que dit la science
L’intérêt de ce dosage vient de la recherche sur la dépression, les antidépresseurs et la fonction plaquettaire. Dans une étude pilote, la proportion de plaquettes riches en sérotonine, mesurée par immunocytochimie, était de 78 % chez des témoins, de 46 % chez des patients déprimés non traités et de 22 % chez des patients sous ISRS (Maurer-Spurej et al., 2004)1. Les mêmes auteurs notent que les ISRS diminuaient aussi l’agrégation plaquettaire induite par l’ADP, ce qui pourrait, selon eux, expliquer un bénéfice cardiovasculaire chez les patients déprimés.
Il faut lire ce résultat pour ce qu’il est : une étude pilote, avec 13 à 14 personnes par groupe, qui décrit des écarts entre groupes. Elle ne prouve pas qu’un taux plaquettaire donné permette de diagnostiquer une dépression, de choisir un traitement ou de prédire sa réponse. Ce qui est démontré : les ISRS vident en grande partie les plaquettes de leur sérotonine. Ce qui ne l’est pas : l’utilité du dosage pour décider d’une prise en charge individuelle. Le niveau de preuve est donc celui d’un marqueur émergent, réservé à la recherche et à quelques situations spécialisées.
Attention aux offres de bilans « neurotransmetteurs » qui présentent ce dosage comme le miroir de la sérotonine cérébrale, puis suggèrent des compléments pour « corriger » le résultat. Rien dans les données vérifiées ne soutient cette chaîne de raisonnement.
Les analyses à associer
- Acide 5-hydroxyindoleacétique : dérivé urinaire de la sérotonine, utile si une production excessive est suspectée.
- Plaquettes : leur nombre modifie le stock mesuré.
- Tryptophane : précurseur de la sérotonine.
- Rapport tryptophane sur kynurénine : indique la voie métabolique empruntée par le tryptophane.
À retenir
- La sérotonine sanguine est surtout plaquettaire ; elle ne reflète pas la sérotonine du cerveau.
- Les ISRS réduisent nettement le contenu des plaquettes en sérotonine : signalez votre traitement.
- Les normes sont propres à chaque laboratoire et à chaque méthode ; les unités ne se comparent pas.
- Un prélèvement mal conduit fausse le résultat : la technique compte autant que le chiffre.
- Aucun seuil validé ne permet de diagnostiquer une dépression ; c’est un marqueur de recherche.
Sources éditoriales et fact-checking1 source vérifiée1 étude