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Sérotonine sanguine

Aussi appelée Sérotonine plaquettaire · 5-HT sanguine · 5-hydroxytryptamine sanguine

La sérotonine sanguine mesure surtout le stock de sérotonine contenu dans les plaquettes. Elle renseigne sur le fonctionnement plaquettaire, pas sur la sérotonine du cerveau.

Prise de sangFamille : neurotransmetteurs et cerveauPreuve émergente

Testez-vous en 4 questions

En bref

Dosage de la sérotonine du sang, presque entièrement stockée dans les plaquettes. Elle est fabriquée surtout par l'intestin et ne franchit pas la barrière du cerveau : le résultat ne reflète ni l'humeur ni la sérotonine cérébrale.

À lire avec

Prise de sangParfois inclus dans des bilans « neurotransmetteurs » ; la recherche d'une tumeur carcinoïde s'appuie plus souvent sur l'acide 5-hydroxyindoleacétique urinaire.

µg/L (ou nmol/10⁹ plaquettes,Preuve émergente

Profil sportif

Un effort intense active les plaquettes, et la déshydratation concentre le sang : un prélèvement juste après une séance ou une compétition n'est pas comparable à un prélèvement de repos. Le résultat ne renseigne pas sur la « fatigue centrale », qui concerne la sérotonine du cerveau.

Pourquoi on la demande

  • Rechercher une production excessive de sérotonine, par exemple par une tumeur neuroendocrine digestive, en complément d'autres dosages
  • Explorer, en centre spécialisé, une suspicion de déficit des granules denses des plaquettes
  • Suivre l'effet d'un médicament sur le stock plaquettaire, surtout dans un cadre de recherche
  • Interpréter un bilan « neurotransmetteurs » ou « neuro-nutritionnel » dont le résultat n'a pas d'usage clinique validé

Valeur basse, valeur haute

Causes d’une valeur basse

  • Traitement par un ISRS ou un autre inhibiteur de la recapture de la sérotonine
  • Thrombopénie (manque de plaquettes)
  • Déficit des granules denses des plaquettes (rare)
  • Dépression non traitée, dans certaines études de groupe, sans valeur diagnostique pour une personne

Causes d’une valeur haute

  • Tumeur neuroendocrine sécrétante (tumeur carcinoïde)
  • Traitement par un IMAO
  • Thrombocytose (excès de plaquettes)
  • Activation des plaquettes dans le tube (artefact de prélèvement)

À savoir : ce qui peut la fausser

  • Activation des plaquettes pendant le prélèvement (garrot prolongé, piqûre difficile) : elles libèrent leur sérotonine dans le sérum
  • Retard de centrifugation ou conservation à une température inadaptée
  • Type de tube (sang total, sérum, plasma riche en plaquettes) : les résultats ne sont pas interchangeables
  • Médicaments : inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (ISRS), inhibiteurs de la monoamine oxydase (IMAO), autres antidépresseurs
  • Nombre de plaquettes élevé ou bas, qui change le total mesuré dans le sang entier
  • Compléments de 5-HTP ou de tryptophane, précurseurs de la sérotonine
  • Aliments riches en sérotonine (banane, noix, ananas, kiwi) : surtout pour les dosages urinaires ; suivez la consigne de votre laboratoire

Ce que mesure l’analyse

La sérotonine (5-hydroxytryptamine, ou 5-HT) est une petite molécule fabriquée à partir de l’acide aminé tryptophane. L’essentiel de celle de l’organisme est produit dans l’intestin ; le cerveau en synthétise une part minime, avec ses propres neurones. Dans le sang, la sérotonine ne circule presque pas librement : les plaquettes la captent grâce à un transporteur (SERT), la stockent dans leurs granules denses et la libèrent quand elles sont activées.

Le dosage appelé « sérotonine sanguine » ou « plaquettaire » mesure donc surtout ce stock plaquettaire. C’est un point central pour un lecteur exigeant : la sérotonine du sang ne franchit pas la barrière hémato-encéphalique. Ce chiffre n’est pas un instantané de la sérotonine du cerveau, et il ne dit rien de votre humeur.

Comment se passe le prélèvement

Il s’agit d’une prise de sang. Les consignes (jeûne, horaire, type de tube) varient d’un laboratoire à l’autre : suivez celles que l’on vous remet. Le tube peut contenir du sang entier, du sérum ou du plasma riche en plaquettes, selon la méthode.

Le principal piège est technique. Une plaquette activée dans le tube libère sa sérotonine : un garrot trop long, une piqûre difficile ou un retard avant la centrifugation peuvent donc modifier le résultat. L’échantillon est généralement congelé ou traité rapidement. Signalez au laboratoire tout traitement antidépresseur, tout IMAO et tout complément de 5-HTP ou de tryptophane.

Comment lire le résultat

Les unités diffèrent selon les laboratoires : µg/L, nmol/L ou quantité rapportée à 10⁹ plaquettes. Elles ne sont pas interchangeables. Chaque laboratoire a ses propres normes, liées à sa méthode (chromatographie, immunodosage) et au type d’échantillon, et aucune valeur de référence consensuelle n’est publiée dans les sources que nous avons vérifiées. Comparez toujours votre résultat à l’intervalle indiqué sur votre compte rendu, pas à un chiffre lu ailleurs.

Trois paramètres comptent plus que le chiffre brut. D’abord le nombre de plaquettes : sur sang entier, plus de plaquettes signifie mécaniquement plus de sérotonine. Ensuite les médicaments, en particulier les ISRS (voir plus bas). Enfin la qualité du prélèvement, car une activation plaquettaire in vitro fausse le résultat dans les deux sens.

Une valeur anormale n’est jamais un diagnostic. Une valeur très élevée peut faire discuter une tumeur neuroendocrine productrice de sérotonine ; la suite de l’enquête repose alors sur d’autres dosages, notamment l’acide 5-hydroxyindoleacétique, produit de dégradation de la sérotonine. Une valeur basse s’explique le plus souvent par un traitement ou un faible nombre de plaquettes.

Ce que dit la science

L’intérêt de ce dosage vient de la recherche sur la dépression, les antidépresseurs et la fonction plaquettaire. Dans une étude pilote, la proportion de plaquettes riches en sérotonine, mesurée par immunocytochimie, était de 78 % chez des témoins, de 46 % chez des patients déprimés non traités et de 22 % chez des patients sous ISRS (Maurer-Spurej et al., 2004)1. Les mêmes auteurs notent que les ISRS diminuaient aussi l’agrégation plaquettaire induite par l’ADP, ce qui pourrait, selon eux, expliquer un bénéfice cardiovasculaire chez les patients déprimés.

Il faut lire ce résultat pour ce qu’il est : une étude pilote, avec 13 à 14 personnes par groupe, qui décrit des écarts entre groupes. Elle ne prouve pas qu’un taux plaquettaire donné permette de diagnostiquer une dépression, de choisir un traitement ou de prédire sa réponse. Ce qui est démontré : les ISRS vident en grande partie les plaquettes de leur sérotonine. Ce qui ne l’est pas : l’utilité du dosage pour décider d’une prise en charge individuelle. Le niveau de preuve est donc celui d’un marqueur émergent, réservé à la recherche et à quelques situations spécialisées.

Attention aux offres de bilans « neurotransmetteurs » qui présentent ce dosage comme le miroir de la sérotonine cérébrale, puis suggèrent des compléments pour « corriger » le résultat. Rien dans les données vérifiées ne soutient cette chaîne de raisonnement.

Les analyses à associer

  • Acide 5-hydroxyindoleacétique : dérivé urinaire de la sérotonine, utile si une production excessive est suspectée.
  • Plaquettes : leur nombre modifie le stock mesuré.
  • Tryptophane : précurseur de la sérotonine.
  • Rapport tryptophane sur kynurénine : indique la voie métabolique empruntée par le tryptophane.

À retenir

  • La sérotonine sanguine est surtout plaquettaire ; elle ne reflète pas la sérotonine du cerveau.
  • Les ISRS réduisent nettement le contenu des plaquettes en sérotonine : signalez votre traitement.
  • Les normes sont propres à chaque laboratoire et à chaque méthode ; les unités ne se comparent pas.
  • Un prélèvement mal conduit fausse le résultat : la technique compte autant que le chiffre.
  • Aucun seuil validé ne permet de diagnostiquer une dépression ; c’est un marqueur de recherche.

Sources éditoriales et fact-checking1 source vérifiée1 étude[+]

Testez-vous 4 questions pour vérifier ce que vous avez retenu

Une question à la fois, la réponse expliquée tout de suite.

  1. 01La sérotonine du sang reflète-t-elle celle du cerveau ?

  2. 02Où se trouve l'essentiel de la sérotonine du sang ?

  3. 03Un antidépresseur de type ISRS peut-il modifier le résultat ?

  4. 04Un résultat bas prouve-t-il une dépression ?

Un proche attend ses résultats ?

Envoyez-lui cette fiche : ce qui peut fausser le chiffre.

Une analyse se lit avec votre médecin : cette fiche explique, elle ne remplace ni un diagnostic ni les normes de votre laboratoire.