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Acide 5-hydroxyindoleacétique

Aussi appelée 5-HIAA · Acide 5-hydroxy-indole-acétique · 5-hydroxyindole-3-acétate · 5-HIAA urinaire des 24 heures

Le 5-HIAA est le principal produit de dégradation de la sérotonine, éliminé dans les urines. Son dosage sert surtout à explorer et à suivre certaines tumeurs neuroendocrines.

Recueil d’urinesFamille : acides organiques : neurotransmetteursPreuve courante

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En bref

Le 5-HIAA est le déchet final de la sérotonine, éliminé par les reins. Son dosage urinaire reflète surtout la production de sérotonine par l'intestin et sert à explorer certaines tumeurs neuroendocrines.

À lire avec

Recueil d’urinesDosage isolé du 5-HIAA urinaire des 24 heures, sérique ou plasmatique ; parfois inclus dans les profils d'acides organiques urinaires ou les profils de neurotransmetteurs urinaires (acide vanillylmandélique, acide homovanillique).

µmol/24 hPreuve courante

Profil sportif

Aucune donnée solide ne permet d'attribuer une variation du 5-HIAA urinaire à l'entraînement. Les facteurs les plus probables de variation sont l'alimentation (apport en tryptophane, aliments riches en sérotonine), la déshydratation ou un recueil mal conduit. Un 5-HIAA n'est pas un marqueur de « fatigue centrale » ni de statut en sérotonine cérébrale.

Pourquoi on la demande

  • Explorer une suspicion de syndrome carcinoïde : bouffées vasomotrices, diarrhées chroniques inexpliquées, parfois atteinte des valves cardiaques droites.
  • Aider au diagnostic d'une tumeur neuroendocrine, surtout de l'intestin grêle (tumeur dite « du grêle » ou « de l'iléon »).
  • Suivre l'évolution d'une tumeur neuroendocrine sécrétante déjà connue, pendant ou après un traitement.
  • Compléter un bilan avec d'autres marqueurs (chromogranine A, imagerie) quand les symptômes évoquent un excès de sérotonine.
  • Figurer dans certains profils d'acides organiques urinaires ; dans ce cadre, l'intérêt pour apprécier le « statut sérotoninergique » d'une personne en bonne santé n'est pas démontré.

Valeur basse, valeur haute

Causes d’une valeur basse

  • Production de sérotonine réduite, par exemple dans certaines maladies de l'intestin (valeur abaissée décrite dans les poussées sévères de rectocolite).
  • Insuffisance rénale (élimination réduite).
  • Recueil incomplet des urines.
  • Valeur basse sans intérêt clinique propre en l'absence de contexte : elle n'écarte ni n'affirme une maladie à elle seule.

Causes d’une valeur haute

  • Tumeur neuroendocrine sécrétante, en particulier de l'intestin grêle (syndrome carcinoïde).
  • Consommation récente d'aliments riches en sérotonine ou en tryptophane.
  • Effet de certains médicaments ou compléments (à discuter avec un médecin).
  • Recueil des urines mal réalisé ou méthode de dosage différente de celle utilisée pour l'interprétation.

À savoir : ce qui peut la fausser

  • Alimentation : certains aliments riches en sérotonine ou en tryptophane (banane, ananas, kiwi, noix) sont classiquement écartés les jours précédant le recueil, même si leur effet réel est débattu.
  • Médicaments : plusieurs traitements peuvent modifier le dosage ou le métabolisme de la sérotonine ; la liste complète doit être donnée au laboratoire et au médecin.
  • Recueil incomplet : oublier une miction, ou ne pas respecter les 24 heures, fausse le résultat, car l'analyse porte sur la quantité totale éliminée.
  • Échantillon isolé : un seul prélèvement d'urine varie beaucoup d'un moment à l'autre de la journée.
  • Fonction rénale : une insuffisance rénale peut modifier l'élimination urinaire des métabolites.
  • Conservation : le flacon doit être conservé comme indiqué par le laboratoire (acidification, fraîcheur) jusqu'à son dépôt.
  • Diarrhées chroniques et maladies de l'intestin : elles modifient la production et l'absorption de la sérotonine et du tryptophane.

Ce que mesure l’analyse

L’acide 5-hydroxyindoleacétique, ou 5-HIAA, est le principal produit de dégradation de la sérotonine. Cette molécule est fabriquée à partir du tryptophane, un acide aminé apporté par l’alimentation. La majeure partie de la sérotonine de l’organisme est produite dans l’intestin, par des cellules spécialisées appelées cellules entérochromaffines.

Une fois libérée, la sérotonine est dégradée par une enzyme, la monoamine oxydase, puis par une aldéhyde déshydrogénase. Le résultat est le 5-HIAA, qui passe dans le sang puis est éliminé par les reins. Le doser dans les urines revient donc à mesurer, indirectement, la quantité de sérotonine produite et dégradée pendant la période de recueil.

Attention à un contresens fréquent : le 5-HIAA urinaire ne renseigne pas sur la sérotonine du cerveau. Il reflète surtout la sérotonine périphérique, principalement digestive. Il ne dit rien de votre humeur, de votre sommeil ou de votre « équilibre des neurotransmetteurs ».

Comment se passe le prélèvement

Le dosage de référence se fait sur les urines de 24 heures. Vous recueillez toutes les urines de la journée dans un ou plusieurs flacons fournis par le laboratoire, parfois acidifiés pour conserver le 5-HIAA. La veille et le jour du recueil, on commence à jeter la première miction du matin, puis on garde toutes les suivantes, y compris celle du lendemain matin. Un oubli fausse le résultat, puisque l’analyse porte sur la quantité totale éliminée.

Le laboratoire vous donne souvent des consignes d’alimentation. On écarte classiquement les aliments riches en sérotonine (banane, ananas, kiwi, noix) les jours qui précèdent et pendant le recueil. L’efficacité réelle de ce régime est toutefois débattue : dans une étude prospective française menée chez des patients porteurs de tumeurs du grêle, les taux étaient similaires chez ceux qui avaient bien suivi le régime et chez les autres (de Mestier et al., 2021)1. Le plus prudent reste de suivre les consignes de votre laboratoire et de signaler tous vos médicaments et compléments.

Un échantillon d’urine isolé est peu fiable. Chez de jeunes volontaires en bonne santé, les concentrations urinaires de métabolites du tryptophane, dont le 5-HIAA, variaient fortement d’un jour à l’autre pour une même personne (Li et al., 2021)2. C’est l’une des raisons du recueil sur 24 heures.

Comment lire le résultat

Le résultat s’exprime le plus souvent en micromoles par 24 heures (µmol/24 h) ou en milligrammes par 24 heures (mg/24 h). Les méthodes de dosage diffèrent d’un laboratoire à l’autre. Chaque laboratoire a donc ses propres valeurs de référence, et seules celles qui figurent sur votre compte rendu s’appliquent à votre résultat. Cette fiche ne propose pas de cadran de valeurs : aucune valeur de référence publiée dans une source vérifiée ne peut remplacer celles de votre laboratoire.

Ce qui compte vraiment, c’est le contexte. Une valeur très élevée chez une personne qui a des bouffées vasomotrices et des diarrhées chroniques n’a pas la même signification qu’une valeur légèrement au-dessus de la norme chez quelqu’un sans symptôme, qui a mangé des bananes la veille. Les causes d’une valeur haute ou basse sont des pistes à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.

Le 5-HIAA urinaire n’est pas la seule façon de le mesurer. Il peut aussi être dosé dans le sang. Dans une étude de patients avec tumeur du grêle, le 5-HIAA plasmatique était étroitement corrélé au 5-HIAA urinaire à tous les moments de suivi (Meyer et al., 2022)3. Le dosage sanguin évite le recueil de 24 heures et gagne du terrain. Une insuffisance rénale peut cependant en modifier l’interprétation.

Ce que dit la science

La place solide du 5-HIAA est celle d’un marqueur des tumeurs neuroendocrines sécrétantes, surtout de l’intestin grêle. Dans une grande série de tumeurs carcinoïdes digestives, celles de l’intestin moyen (le « midgut ») s’accompagnaient d’un taux plus élevé de sérotonine et de ses produits de dégradation, et plus souvent de bouffées vasomotrices, de diarrhées et de syndrome carcinoïde (Onaitis et al., 2000)4.

Un excès durable de sérotonine est aussi lié à une complication cardiaque, la maladie cardiaque carcinoïde, qui touche les valves du cœur droit. Dans une petite série, l’excrétion médiane de 5-HIAA atteignait 576 µmol par 24 heures chez les patients atteints, contre 233 µmol par 24 heures chez les autres (Zuetenhorst et al., 2003)5. Plus récemment, le 5-HIAA sérique a été proposé comme outil de pré-dépistage : avec un seuil de 757 nmol/L, il détectait cette complication avec une sensibilité de 84 % et une spécificité de 80 % (Lecoeur et al., 2024)6. Ce seuil vaut pour des patients déjà suivis pour une tumeur neuroendocrine, pas pour la population générale.

Les limites sont réelles. Le dosage urinaire reproduit bien d’un jour à l’autre chez les patients, mais son pouvoir de séparer malades et témoins reste modeste : l’aire sous la courbe ROC était de 0,795 dans une étude multicentrique (de Mestier et al., 2021)7. Le 5-HIAA n’est donc jamais un test de dépistage isolé : il s’interprète avec les symptômes, l’imagerie et d’autres marqueurs.

En dehors de ce cadre, son usage comme indicateur du « statut en sérotonine » d’une personne en bonne santé, notamment dans les profils d’acides organiques urinaires proposés en médecine fonctionnelle, n’est pas validé. Aucun repère « optimal » publié et vérifié ne permet de dire si un taux est « bon » ou « mauvais » chez un sportif ou un adulte sans maladie connue. Le niveau de preuve retenu ici (« courante ») correspond à l’usage clinique pour les tumeurs neuroendocrines, pas à ces usages-là.

Les analyses à associer

  • Chromogranine A : autre marqueur des tumeurs neuroendocrines, plus général.
  • Sérotonine sanguine : la molécule elle-même, en amont de son métabolite.
  • Tryptophane : le précurseur alimentaire de la sérotonine.
  • Acide homovanillique : souvent dosé dans le même profil de neurotransmetteurs urinaires.

À retenir

  • Le 5-HIAA est le principal produit de dégradation de la sérotonine, éliminé par les reins ; il reflète surtout la sérotonine périphérique, digestive, et non celle du cerveau.
  • Sa place démontrée est celle d’un marqueur des tumeurs neuroendocrines sécrétantes, pour le diagnostic et le suivi.
  • Le recueil des urines de 24 heures doit être complet ; un échantillon isolé varie trop d’un moment à l’autre.
  • Chaque laboratoire a ses propres normes : comparez votre résultat à celles de votre compte rendu.
  • Une valeur anormale est une piste, jamais un diagnostic : parlez-en à votre médecin, avec la liste de vos médicaments et de vos compléments.

Sources éditoriales et fact-checking6 sources vérifiées6 études[+]

Testez-vous 5 questions pour vérifier ce que vous avez retenu

Une question à la fois, la réponse expliquée tout de suite.

  1. 01Le 5-HIAA urinaire mesure-t-il la sérotonine de mon cerveau ?

  2. 02Peut-on se contenter d'un seul échantillon d'urine pris au hasard ?

  3. 03Faut-il éviter certains aliments avant le recueil ?

  4. 04Un 5-HIAA élevé confirme-t-il une tumeur ?

  5. 05Les valeurs de référence sont-elles identiques d'un laboratoire à l'autre ?

Un proche attend ses résultats ?

Envoyez-lui cette fiche : ce qui peut fausser le chiffre.

Une analyse se lit avec votre médecin : cette fiche explique, elle ne remplace ni un diagnostic ni les normes de votre laboratoire.