Ce que mesure l’analyse
L’acide 5-hydroxyindoleacétique, ou 5-HIAA, est le principal produit de dégradation de la sérotonine. Cette molécule est fabriquée à partir du tryptophane, un acide aminé apporté par l’alimentation. La majeure partie de la sérotonine de l’organisme est produite dans l’intestin, par des cellules spécialisées appelées cellules entérochromaffines.
Une fois libérée, la sérotonine est dégradée par une enzyme, la monoamine oxydase, puis par une aldéhyde déshydrogénase. Le résultat est le 5-HIAA, qui passe dans le sang puis est éliminé par les reins. Le doser dans les urines revient donc à mesurer, indirectement, la quantité de sérotonine produite et dégradée pendant la période de recueil.
Attention à un contresens fréquent : le 5-HIAA urinaire ne renseigne pas sur la sérotonine du cerveau. Il reflète surtout la sérotonine périphérique, principalement digestive. Il ne dit rien de votre humeur, de votre sommeil ou de votre « équilibre des neurotransmetteurs ».
Comment se passe le prélèvement
Le dosage de référence se fait sur les urines de 24 heures. Vous recueillez toutes les urines de la journée dans un ou plusieurs flacons fournis par le laboratoire, parfois acidifiés pour conserver le 5-HIAA. La veille et le jour du recueil, on commence à jeter la première miction du matin, puis on garde toutes les suivantes, y compris celle du lendemain matin. Un oubli fausse le résultat, puisque l’analyse porte sur la quantité totale éliminée.
Le laboratoire vous donne souvent des consignes d’alimentation. On écarte classiquement les aliments riches en sérotonine (banane, ananas, kiwi, noix) les jours qui précèdent et pendant le recueil. L’efficacité réelle de ce régime est toutefois débattue : dans une étude prospective française menée chez des patients porteurs de tumeurs du grêle, les taux étaient similaires chez ceux qui avaient bien suivi le régime et chez les autres (de Mestier et al., 2021)1. Le plus prudent reste de suivre les consignes de votre laboratoire et de signaler tous vos médicaments et compléments.
Un échantillon d’urine isolé est peu fiable. Chez de jeunes volontaires en bonne santé, les concentrations urinaires de métabolites du tryptophane, dont le 5-HIAA, variaient fortement d’un jour à l’autre pour une même personne (Li et al., 2021)2. C’est l’une des raisons du recueil sur 24 heures.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime le plus souvent en micromoles par 24 heures (µmol/24 h) ou en milligrammes par 24 heures (mg/24 h). Les méthodes de dosage diffèrent d’un laboratoire à l’autre. Chaque laboratoire a donc ses propres valeurs de référence, et seules celles qui figurent sur votre compte rendu s’appliquent à votre résultat. Cette fiche ne propose pas de cadran de valeurs : aucune valeur de référence publiée dans une source vérifiée ne peut remplacer celles de votre laboratoire.
Ce qui compte vraiment, c’est le contexte. Une valeur très élevée chez une personne qui a des bouffées vasomotrices et des diarrhées chroniques n’a pas la même signification qu’une valeur légèrement au-dessus de la norme chez quelqu’un sans symptôme, qui a mangé des bananes la veille. Les causes d’une valeur haute ou basse sont des pistes à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.
Le 5-HIAA urinaire n’est pas la seule façon de le mesurer. Il peut aussi être dosé dans le sang. Dans une étude de patients avec tumeur du grêle, le 5-HIAA plasmatique était étroitement corrélé au 5-HIAA urinaire à tous les moments de suivi (Meyer et al., 2022)3. Le dosage sanguin évite le recueil de 24 heures et gagne du terrain. Une insuffisance rénale peut cependant en modifier l’interprétation.
Ce que dit la science
La place solide du 5-HIAA est celle d’un marqueur des tumeurs neuroendocrines sécrétantes, surtout de l’intestin grêle. Dans une grande série de tumeurs carcinoïdes digestives, celles de l’intestin moyen (le « midgut ») s’accompagnaient d’un taux plus élevé de sérotonine et de ses produits de dégradation, et plus souvent de bouffées vasomotrices, de diarrhées et de syndrome carcinoïde (Onaitis et al., 2000)4.
Un excès durable de sérotonine est aussi lié à une complication cardiaque, la maladie cardiaque carcinoïde, qui touche les valves du cœur droit. Dans une petite série, l’excrétion médiane de 5-HIAA atteignait 576 µmol par 24 heures chez les patients atteints, contre 233 µmol par 24 heures chez les autres (Zuetenhorst et al., 2003)5. Plus récemment, le 5-HIAA sérique a été proposé comme outil de pré-dépistage : avec un seuil de 757 nmol/L, il détectait cette complication avec une sensibilité de 84 % et une spécificité de 80 % (Lecoeur et al., 2024)6. Ce seuil vaut pour des patients déjà suivis pour une tumeur neuroendocrine, pas pour la population générale.
Les limites sont réelles. Le dosage urinaire reproduit bien d’un jour à l’autre chez les patients, mais son pouvoir de séparer malades et témoins reste modeste : l’aire sous la courbe ROC était de 0,795 dans une étude multicentrique (de Mestier et al., 2021)7. Le 5-HIAA n’est donc jamais un test de dépistage isolé : il s’interprète avec les symptômes, l’imagerie et d’autres marqueurs.
En dehors de ce cadre, son usage comme indicateur du « statut en sérotonine » d’une personne en bonne santé, notamment dans les profils d’acides organiques urinaires proposés en médecine fonctionnelle, n’est pas validé. Aucun repère « optimal » publié et vérifié ne permet de dire si un taux est « bon » ou « mauvais » chez un sportif ou un adulte sans maladie connue. Le niveau de preuve retenu ici (« courante ») correspond à l’usage clinique pour les tumeurs neuroendocrines, pas à ces usages-là.
Les analyses à associer
- Chromogranine A : autre marqueur des tumeurs neuroendocrines, plus général.
- Sérotonine sanguine : la molécule elle-même, en amont de son métabolite.
- Tryptophane : le précurseur alimentaire de la sérotonine.
- Acide homovanillique : souvent dosé dans le même profil de neurotransmetteurs urinaires.
À retenir
- Le 5-HIAA est le principal produit de dégradation de la sérotonine, éliminé par les reins ; il reflète surtout la sérotonine périphérique, digestive, et non celle du cerveau.
- Sa place démontrée est celle d’un marqueur des tumeurs neuroendocrines sécrétantes, pour le diagnostic et le suivi.
- Le recueil des urines de 24 heures doit être complet ; un échantillon isolé varie trop d’un moment à l’autre.
- Chaque laboratoire a ses propres normes : comparez votre résultat à celles de votre compte rendu.
- Une valeur anormale est une piste, jamais un diagnostic : parlez-en à votre médecin, avec la liste de vos médicaments et de vos compléments.
Sources éditoriales et fact-checking6 sources vérifiées6 études