Ce que mesure l’analyse
Ce rapport divise la quantité d’acide homovanillique (HVA) par celle d’acide vanillylmandélique (VMA), mesurées dans la même urine. Ce sont les produits finaux de deux voies voisines.
La dopamine est dégradée par deux enzymes, la monoamine oxydase (MAO) et la catéchol-O-méthyltransférase (COMT), et aboutit au HVA. Une partie de la dopamine est aussi transformée en noradrénaline par la dopamine bêta-hydroxylase, une enzyme qui a besoin de cuivre. La noradrénaline et l’adrénaline sont ensuite dégradées en VMA.
Le rapport HVA/VMA reflète donc la balance entre la voie de la dopamine et celle des catécholamines suivantes. Il ne mesure pas directement l’activité de la dopamine dans le cerveau : ces acides viennent de l’ensemble de l’organisme (nerfs sympathiques, glandes surrénales, reins).
Comment se passe le prélèvement
Le recueil se fait dans les urines, en général sur un échantillon ou sur la première miction du matin, selon le laboratoire. Dans un profil d’acides organiques, un flacon sans conservateur est souvent congelé rapidement. Pour les dosages de catécholamines, une acidification est parfois demandée. Suivez la consigne écrite du laboratoire.
Quelques précautions limitent les erreurs : pas d’effort inhabituel ni de stress aigu juste avant, pas de caféine ni de tabac excessifs, et la liste complète de vos médicaments à transmettre. Ne modifiez jamais un traitement sans l’avis du médecin qui l’a prescrit.
Comment lire le résultat
Le rapport n’a pas d’unité : seule compte la façon dont les deux acides ont été exprimés. Selon que le laboratoire les exprime en masse ou en moles, la valeur change légèrement.
Chaque laboratoire a ses normes, car elles dépendent de la méthode de dosage et de la population de référence. Il n’existe pas de seuil unique reconnu. C’est pourquoi la fiche ne propose aucun cadran de repères : un chiffre sans publication de référence validée serait trompeur.
Trois points comptent vraiment. Premièrement, regardez le HVA et le VMA séparément : un rapport qui monte peut venir d’un HVA haut, d’un VMA bas, ou des deux. Deuxièmement, un rapport entre deux concentrations d’un même échantillon est peu sensible à la dilution de l’urine. Les valeurs isolées le sont davantage. Rapporter chaque acide à la créatinine est courant, mais cet ajustement reste imparfait : dans une étude sur 769 échantillons d’enfants et d’adultes, les rapports HVA/créatinine et VMA/créatinine dépendaient encore fortement de la concentration de créatinine (Cole et al., 1995)1.
Troisièmement, tenez compte de l’âge. Chez l’enfant, l’excrétion de ces deux acides, rapportée à la créatinine, diminue de la naissance jusqu’à 15-18 ans, âge où elle rejoint les valeurs de l’adulte (Pussard et al., 2009)2.
Les causes d’un rapport haut ou bas (médicaments, stress, maladie rare, tumeur) sont des pistes à discuter avec un médecin. Aucune ne se conclut à partir de ce seul chiffre.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est faible pour l’usage grand public de ce rapport. Voici ce qui est démontré, et ce qui ne l’est pas.
Chez l’enfant, dans le neuroblastome. Le dosage urinaire du HVA et du VMA est ancien et utilisé comme marqueur de cette tumeur. Il a pourtant des limites : dans une cohorte pédiatrique, sa sensibilité était de 82,2 %, contre 97,9 % pour des dérivés plasmatiques plus précoces (3-méthoxytyramine et normétanéphrine). Sa spécificité était de 84,8 % (Peitzsch et al., 2020)3.
Le rapport lui-même a aussi été étudié pour estimer le pronostic. Dans une petite série rétrospective de 44 enfants, la survie à 60 mois était de 80,0 % pour un rapport de 1 à 2, contre 24,1 % pour un rapport inférieur à 1 et 5,3 % pour un rapport supérieur à 2 (Nishi et al., 1998)4. L’effectif est faible, l’étude ancienne, et les acides étaient exprimés en masse par rapport à la créatinine : ces résultats ne s’appliquent pas à un adulte et ne remplacent pas le bilan oncologique.
Dans les maladies rares. Chez 14 patients atteints d’un déficit en décarboxylase des acides aminés aromatiques (AADC), le VMA urinaire moyen était de 0,45 mmol/mol de créatinine, contre 5,59 chez 10 095 témoins. Le marqueur retenu par les auteurs est pourtant un autre rapport, l’acide vanillactique sur VMA, et non le HVA/VMA (Brennenstuhl et al., 2020)5.
Chez l’adulte. Les données restent exploratoires. Dans une cohorte japonaise de 2 321 adultes, des taux urinaires plus bas de dopamine, de sérotonine et de VMA étaient associés à plus de symptômes dépressifs au même moment. Seule la dopamine urinaire basse était liée à l’apparition de ces symptômes cinq ans plus tard (Shibata et al., 2026)6. Ce sont des associations de population, qui ne permettent pas de lire un résultat individuel. Dans une autre étude de 40 patients parkinsoniens comparés à 40 témoins, le rapport HVA/dopamine était plus élevé et le rapport VMA/noradrénaline plus bas, ce qui n’est pas le rapport HVA/VMA (Wichit et al., 2021)7.
En résumé, aucune étude retrouvée ne valide ce rapport pour guider un choix de mode de vie, de nutriments ou de complément chez un adulte en bonne santé.
Les analyses à associer
- Acide homovanillique et acide vanillylmandélique : indispensables pour comprendre d’où vient une variation du rapport.
- Rapport HVA sur DOPAC : renseigne sur l’étape qui précède le HVA dans la dégradation de la dopamine.
- Métanéphrines : plus proches des catécholamines, elles servent dans les bilans de tumeurs productrices.
À retenir
- Le rapport HVA/VMA compare la voie de la dopamine à celle de la noradrénaline et de l’adrénaline, dans l’organisme entier et non dans le seul cerveau.
- Chaque laboratoire a ses normes : sans publication de référence, aucun repère chiffré n’est donné ici.
- Regardez toujours le HVA et le VMA séparément, et tenez compte de l’âge, des médicaments et du stress.
- Son intérêt est surtout pédiatrique et spécialisé ; chez l’adulte en bonne santé, il n’est pas validé.
- Un résultat inhabituel est une piste à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking7 sources vérifiées7 études