Ce que mesure l’analyse
Le rapport quinolinique sur 5-HIAA compare, dans les urines, deux produits de dégradation du tryptophane, un acide aminé apporté par l’alimentation. Le tryptophane peut suivre deux grandes voies. La voie de la sérotonine aboutit à l’acide 5-hydroxyindoleacétique (5-HIAA), produit de dégradation de la sérotonine que les reins éliminent. La voie de la kynurénine, que l’inflammation et le stress stimulent, produit entre autres l’acide quinolinique (QA).
Le rapport divise le QA par le 5-HIAA. Il est plus élevé quand la voie de la kynurénine prend le pas sur celle de la sérotonine, plus bas dans le cas inverse. Les deux métabolites sont en général rapportés à la créatinine urinaire : le rapport n’a donc pas d’unité.
Une limite pèse sur toute lecture : la majorité de la sérotonine de l’organisme est fabriquée dans l’intestin. Le 5-HIAA urinaire reflète donc surtout un renouvellement périphérique, pas l’activité de la sérotonine dans le cerveau. Parler d’un « reflet des neurotransmetteurs cérébraux » dépasse ce que cette analyse peut montrer.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’un recueil d’urines. Selon le laboratoire, il s’agit des premières urines du matin ou d’un échantillon à un autre moment, avec parfois une conservation au froid. Suivez la notice du laboratoire à la lettre, car la méthode de dosage et la stabilité des échantillons lui sont propres.
Certains laboratoires demandent d’éviter quelques jours avant le recueil les aliments riches en sérotonine (banane, noix, ananas, tomate) et les compléments de tryptophane ou de 5-HTP, qui font monter le 5-HIAA. Ne modifiez ou n’arrêtez aucun médicament de votre propre initiative : le prescripteur décide de ce qui est compatible avec le test.
Comment lire le résultat
Votre compte rendu donne en principe le QA, le 5-HIAA et leur rapport. Regardez d’abord chaque dosage séparément : un rapport « haut » peut venir d’un QA élevé, d’un 5-HIAA bas, ou des deux, et ces trois situations ne disent pas la même chose.
Chaque laboratoire a ses propres normes. Pour ce rapport, nous n’avons trouvé dans la littérature indexée aucune valeur de référence consensuelle. Les zones colorées de votre compte rendu dépendent donc de la méthode et de la population de référence du laboratoire. Nous n’affichons volontairement aucun cadran de repères.
Plusieurs facteurs font varier le résultat sans maladie. L’alimentation en est un : chez 30 patients souffrant de douleurs abdominales fonctionnelles récurrentes, comparés à 30 témoins, l’acide quinolinique urinaire a baissé de 6,88 à 4,32 mg/g de créatinine après une réduction de l’apport en tryptophane (Chojnacki et al., 2022)1. Il s’agit d’une petite étude : elle montre qu’un lien existe, pas qu’il faut modifier son alimentation.
L’effort joue aussi. Une méta-analyse de 24 essais cliniques (695 participants) a observé, dans le sang, une hausse de l’acide quinolinique juste après une séance unique, avec un retour vers la base pendant la récupération (Rangel et al., 2026)2. Ces données portent sur le sang circulant, pas sur les urines.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : émergent (c). Le QA et le 5-HIAA urinaires sont dosés ensemble dans plusieurs études, mais presque toujours séparément, ou rapportés au tryptophane. Le rapport QA sur 5-HIAA n’a pas fait l’objet, à notre connaissance des sources vérifiées, d’une validation clinique avec des seuils.
Ce qui est observé, dans de petites cohortes :
- Côlon irritable. Chez 120 personnes réparties en trois groupes de 40 (témoins, côlon irritable avec constipation, côlon irritable avec diarrhée), le groupe avec constipation excrétait plus de kynurénines, dont le QA, et le groupe avec diarrhée montrait une activité plus forte de la voie de la sérotonine (Chojnacki et al., 2023)3.
- Pullulation bactérienne de l’intestin grêle. Après un traitement antibiotique, le QA urinaire a diminué dans le sous-groupe avec constipation, en même temps que l’humeur s’améliorait (Chojnacki et al., 2022)4. Cela n’établit pas que le QA explique l’humeur.
- Migraine. Entre migraineux (21) et témoins (32), en dehors des crises, le 5-HIAA urinaire était plus bas et le QA plus haut chez les migraineux (Fila et al., 2024)5.
- Fatigue. Chez 80 femmes atteintes d’un côlon irritable, celles qui avaient aussi un syndrome de fatigue chronique présentaient un QA urinaire plus haut et un 5-HIAA plus bas ; les auteurs qualifient eux-mêmes ces résultats de préliminaires, destinés à générer des hypothèses (Chojnacki et al., 2025)6.
Sur l’entraînement, une petite étude chez des hommes âgés d’environ 65 ans a trouvé un acide quinolinique plasmatique inférieur d’environ 30 % après trois semaines d’entraînement par sprints, effet absent chez ceux qui prenaient des vitamines C et E (Wyckelsma et al., 2021)7. Les effectifs sont très réduits et la mesure porte sur le plasma : il serait abusif d’en tirer un conseil de complémentation.
Ce qui n’est pas démontré : qu’un rapport élevé ou bas pose un diagnostic, qu’il prédise un risque, ou que le corriger améliore la santé. Une bonne partie de ces travaux viennent d’une même équipe polonaise, ce qui appelle une confirmation indépendante.
Les analyses à associer
- L’acide quinolinique et l’acide 5-hydroxyindoleacétique seuls, pour savoir lequel des deux fait bouger le rapport.
- Le rapport tryptophane sur kynurénine, qui estime l’activité de la voie de la kynurénine en amont.
- L’acide kynurénique, branche voisine de la même voie.
À retenir
- Le rapport compare la voie de la kynurénine (acide quinolinique) à la voie de la sérotonine (5-HIAA) dans les urines.
- Aucune valeur de référence consensuelle n’est publiée : chaque laboratoire a ses propres normes.
- Alimentation, compléments, médicaments, inflammation et effort peuvent faire varier le résultat.
- Le 5-HIAA urinaire reflète surtout la sérotonine périphérique, intestinale, pas celle du cerveau.
- Un résultat inhabituel est une piste à discuter avec un médecin, jamais un diagnostic.
Sources éditoriales et fact-checking7 sources vérifiées6 études