Ce que mesure l’analyse
Le dosage des kryptopyrroles cherche, dans les urines, de petits composés pyrroliques que certains praticiens relient à une « pyrolurie ». Le terme prête à confusion. Le « facteur mauve » repéré dans les urines a longtemps été pris pour du kryptopyrrole ; il s’agit en réalité de l’hydroxyhémopyrrolin-2-one, abrégée HPL (McGinnis et al., 2008)1. Les comptes rendus emploient pourtant souvent les deux noms comme des synonymes : demandez au laboratoire ce qu’il dose réellement.
L’hypothèse de départ est la suivante. Un excès de ces pyrroles dans les urines entraînerait une perte de zinc et de vitamine B6, ce qui expliquerait des troubles psychiques comme l’anxiété, la dépression ou la schizophrénie. Cette idée a été formulée en 1958 par le psychiatre Abram Hoffer, et le traitement proposé consiste à supplémenter en zinc et en vitamine B6 (Warren et al., 2021)2. Un article d’hypothèse publié en 1986 a ensuite décrit une « delta-6-pyrolurie », sous-groupe supposé de patients schizophrènes associant kryptopyrrole urinaire élevé, acide linoléique élevé et insuline à jeun élevée (Heleniak et Lamola, 1986)3. Il s’agit d’une hypothèse, non d’un résultat d’étude.
Comment se passe le prélèvement
Le recueil se fait dans les urines, selon les laboratoires sur un échantillon ou sur la totalité des urines d’une journée. Les consignes de conservation, de protection contre la lumière et de transport sont propres à chaque laboratoire, et leur respect conditionne la qualité du résultat. Demandez-les avant le recueil.
Évitez de modifier vos habitudes sans avis médical avant le test : un résultat obtenu après une supplémentation ou un traitement antibiotique ne se lit pas comme un résultat de base. Des auteurs favorables au test affirment en effet que ces nutriments et ces antibiotiques peuvent réduire l’excrétion urinaire d’HPL, sans que cela soit établi par des essais contrôlés.
Comment lire le résultat
Aucune valeur de référence n’est publiée et vérifiée pour ce dosage. Chaque laboratoire utilise sa méthode, son unité et ses propres normes, parfois rapportées à la créatinine urinaire. Un résultat « élevé » selon un laboratoire ne se compare donc pas à celui d’un autre, et aucune valeur ne constitue un diagnostic.
Ce que l’on peut dire honnêtement, c’est qu’un chiffre isolé n’a pas de signification clinique démontrée. Si un laboratoire ou un praticien vous présente un résultat comme preuve d’une carence en zinc ou en vitamine B6, vérifiez ces nutriments directement, par leurs propres dosages, plutôt que par ce composé urinaire.
Ce que dit la science
La revue systématique la plus complète a examiné la littérature sur la pyrolurie jusqu’en février 2020. Parmi 73 articles identifiés, seules trois études ont trouvé des niveaux d’HPL significativement plus élevés dans une population psychiatrique que chez des témoins, et aucun essai contre placebo ne visait la pyrolurie. Les treize autres études cliniques ne montraient pas d’association ou ne fournissaient pas assez de données pour comparer les groupes. Les auteurs concluent qu’il n’existe pas de preuve claire qu’un HPL élevé soit associé de façon solide à des symptômes psychiques, ni qu’il s’accompagne d’une perte urinaire de zinc et de vitamine B6, ni que de fortes doses de ces nutriments soient efficaces sur ces troubles. Ils jugent l’HPL « cliniquement observé mais peu étudié » et déconseillent son usage comme outil de dépistage ou de traitement (Warren et al., 2021)4.
Les travaux favorables au test existent, mais ils viennent surtout de cohortes à diagnostics mixtes. Leurs auteurs y ont décrit une corrélation entre HPL urinaire élevé et marqueurs de stress oxydatif ou de statut en vitamine B6 et en zinc (McGinnis et al., 2008)5. Une corrélation de ce type ne démontre ni la validité du dosage ni l’intérêt d’un traitement.
Une étude rétrospective publiée en 2026 dans un service de gynécologie suisse a évalué l’acceptation d’un traitement micronutritionnel chez des patientes dont le test était positif. Ses auteurs précisent eux-mêmes qu’aucune conclusion ne peut en être tirée sur la validité biologique de la pyrolurie ni sur l’efficacité du traitement (Zingg et al., 2026)6. Le niveau de preuve de cette analyse est donc celui d’une hypothèse non validée.
Les analyses à associer
Si une carence en zinc ou en vitamine B6 est suspectée, les dosages directs de ces deux nutriments sont plus parlants que le composé urinaire. L’indican urinaire a été associé à l’HPL dans des travaux favorables au test, mais il reste un marqueur discuté. Devant une fatigue ou un trouble de l’humeur persistants, le bilan de base (ferritine, TSH, vitamine D) et l’avis d’un médecin passent avant.
À retenir
- Kryptopyrrole et HPL sont souvent confondus : demandez ce que dose votre laboratoire.
- Aucune valeur de référence validée n’existe ; chaque laboratoire a ses normes.
- La revue systématique déconseille le test comme outil de dépistage ou de traitement.
- Aucun essai contre placebo ne démontre l’efficacité du zinc et de la vitamine B6 sur la « pyrolurie ».
- Un résultat élevé n’est pas un diagnostic : discutez-le avec un médecin, sans modifier de traitement seul.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études