Ce que mesure l’analyse
La noradrénaline (ou norépinéphrine) est à la fois le principal neurotransmetteur des fibres nerveuses du système sympathique et une hormone libérée par la médullosurrénale, la partie centrale de la glande surrénale. Elle contribue à la réponse « combat ou fuite » : accélération du cœur, hausse de la pression artérielle, mobilisation de l’énergie.
Le dosage urinaire ne mesure que la noradrénaline libre éliminée telle quelle par le rein. Une grande partie de celle qui est libérée est recaptée par les nerfs ou transformée en dérivés (normétanéphrine, acide vanillylmandélique), qui ne sont pas comptés ici. Ce point explique les limites diagnostiques du test.
Comment se passe le prélèvement
Le recueil se fait en général sur 24 heures, dans un flacon fourni par le laboratoire, avec parfois un conservateur acide. La première miction du matin est jetée ; toutes les suivantes, jour et nuit, sont recueillies jusqu’à la même heure le lendemain. Le flacon se conserve au frais.
Conditions importantes : rester dans un état d’activité habituel, sans effort intense ni stress inhabituel ; éviter la caféine, le tabac et l’alcool selon la consigne ; signaler tous les médicaments (antidépresseurs, décongestionnants, antihypertenseurs, lévodopa) et compléments. Un recueil incomplet ou une période de maladie aiguë rendent le résultat difficile à interpréter.
Comment lire le résultat
Les unités sont le µg ou le nmol par 24 heures, ou la quantité rapportée à la créatinine. Les normes sont propres à chaque laboratoire et à sa méthode, et nous n’avons pas trouvé de valeurs de référence publiées dans les sources vérifiées pour ce dosage : tenez-vous à l’intervalle de votre compte rendu.
Ce qui compte vraiment : l’ampleur de l’écart et le contexte. Un dépassement modeste est fréquent en cas de stress, de douleur, d’effort ou de prise de certains médicaments. Une valeur très élevée, surtout avec des crises d’hypertension, de palpitations et de sueurs, justifie un avis spécialisé, car elle peut révéler une tumeur sécrétante. Une valeur basse est rarement exploitable seule.
Ce que dit la science
Les catécholamines urinaires ont été longtemps utilisées pour le diagnostic du phéochromocytome. Dans une grande étude multicentrique (214 patients avec tumeur confirmée, 644 sans), les catécholamines urinaires avaient une sensibilité de 86 % (IC 95 % : 80-91) et une spécificité de 88 % (85-91), contre 99 % de sensibilité pour les métanéphrines libres plasmatiques (Lenders et al., 2002)1. Les auteurs concluent que les métanéphrines libres plasmatiques sont le meilleur test.
La recommandation de pratique clinique de l’Endocrine Society va dans le même sens : le bilan initial doit comprendre les métanéphrines libres plasmatiques ou fractionnées urinaires, en tenant compte des facteurs préanalytiques qui peuvent donner de faux positifs ou de faux négatifs (Lenders et al., 2014)2. La noradrénaline urinaire reste donc un test d’appoint, utile mais moins performant.
En dehors de la recherche de tumeur, l’usage de ce chiffre pour « mesurer le stress », l’état du cerveau ou le surentraînement n’a pas de seuil validé. Ce qui est démontré : sa variation avec l’effort, le stress et les médicaments, et sa place secondaire dans le diagnostic des tumeurs. Ce qui ne l’est pas : son utilité pour guider des changements d’hygiène de vie ou de compléments.
Les analyses à associer
- Métanéphrines : test de première intention pour les tumeurs sécrétantes.
- Adrénaline urinaire : orientation vers l’origine surrénalienne ou non.
- Acide vanillylmandélique : produit de dégradation commun.
- Cortisol libre urinaire : autre mesure de la réponse au stress.
À retenir
- La noradrénaline urinaire mesure la fraction libre éliminée ; la plupart des dérivés ne sont pas comptés.
- Pour rechercher un phéochromocytome, les métanéphrines sont recommandées et plus sensibles.
- Stress, effort, douleur, caféine et médicaments peuvent faire monter le résultat.
- Les normes dépendent du laboratoire et de la méthode.
- Un résultat anormal se discute avec un médecin, jamais seul.
Sources éditoriales et fact-checking2 sources vérifiées2 études