Ce que mesure l’analyse
Les neurofilaments sont des protéines de structure du squelette interne des neurones, particulièrement abondantes dans les axones, ces longs prolongements qui transmettent l’influx nerveux. La chaîne légère (NfL, pour neurofilament light chain) est la plus étudiée. Quand un axone est lésé, la NfL est libérée dans le liquide cérébrospinal, puis passe dans le sang, où elle peut être dosée.
Elle indique donc qu’il y a une souffrance des neurones, et son intensité, mais pas la cause. C’est un marqueur sensible et non spécifique : on le retrouve dans la sclérose en plaques, les traumatismes crâniens, les accidents vasculaires, les neuropathies et de nombreuses maladies neurodégénératives.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang, sérum ou plasma selon la méthode du laboratoire. Le jeûne n’est généralement pas exigé ; suivez la consigne de votre laboratoire. Indiquez tout traumatisme récent, toute maladie neurologique connue et tout traitement, en particulier les chimiothérapies.
La plateforme de dosage compte. Les résultats ne se comparent pas d’une méthode à l’autre. Un dosage conçu pour les laboratoires de routine fournissait des valeurs numériquement plus basses que la méthode de recherche de référence, tout en leur étant très bien corrélé, et nécessitait donc ses propres valeurs de référence (Booth et al., 2025)1.
Comment lire le résultat
L’unité courante est le pg/mL. Une valeur brute a peu de sens sans l’âge, car la NfL physiologique augmente avec les années. Dans une base de référence construite à partir de plus de 5 000 personnes sans maladie du système nerveux, elle augmentait de façon exponentielle avec l’âge, avec une pente plus forte après environ 50 ans, et dépendait aussi de l’indice de masse corporelle (Benkert et al., 2022)2. C’est pourquoi on exprime de plus en plus le résultat en percentile ou en score Z, ajustés à l’âge et à l’IMC.
Chez l’enfant, la tendance est inverse : la NfL baisse d’environ 6,8 % par an jusqu’à 10,3 ans, puis reste globalement stable jusqu’à 22 ans (Abdelhak et al., 2023)3. Aucune valeur de référence consensuelle n’est universelle : elles dépendent de la plateforme. Comparez-vous aux normes de votre laboratoire, ajustées à votre âge.
Ce que dit la science
La NfL est surtout validée dans la sclérose en plaques. Un score Z supérieur à 1,5 était associé à un risque accru d’activité future de la maladie (odds ratio 3,15 ; IC 95 % : 2,35-4,23), y compris chez des personnes considérées comme stables, et surpassait des seuils bruts (Benkert et al., 2022). Ces résultats concernent des groupes de patients suivis dans des centres spécialisés ; ils ne se transposent pas à une personne sans maladie neurologique connue.
Pour la maladie d’Alzheimer, la NfL est peu spécifique : dans une étude du JAMA, la p-tau217 plasmatique distinguait mieux la maladie d’Alzheimer des autres maladies neurodégénératives que la NfL (Palmqvist et al., 2020)4. Ce qui est démontré : la NfL augmente quand les neurones sont lésés et suit l’activité de certaines maladies. Ce qui ne l’est pas : son utilité comme dépistage chez une personne en bonne santé, ou comme marqueur du « vieillissement cérébral » à titre individuel. Le niveau de preuve est donc celui d’un marqueur émergent, validé dans des indications précises.
Les analyses à associer
- Protéine tau (p-tau217) : oriente vers la maladie d’Alzheimer.
- Bêta-amyloïde sanguin : voie amyloïde.
- Protéine S100B : atteintes cérébrales aiguës.
- Créatinine : la fonction rénale peut influencer les concentrations.
À retenir
- La NfL signale une lésion des neurones, sans en donner la cause.
- Elle augmente avec l’âge, plus fortement après 50 ans environ, et dépend de l’IMC.
- Les résultats se lisent en percentile ou en score Z, avec les normes de la plateforme utilisée.
- Elle est validée dans la sclérose en plaques ; elle n’est pas un dépistage chez les personnes bien portantes.
- Un résultat élevé se discute avec un médecin, souvent un neurologue.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études