Ce que mesure l’analyse
La protéine tau stabilise les microtubules, le « squelette » de transport à l’intérieur des neurones. Dans la maladie d’Alzheimer, elle est phosphorylée de façon excessive et s’agrège en dégénérescences neurofibrillaires. Le dosage mesure la forme phosphorylée sur la thréonine 217, appelée p-tau217, présente dans le sang et qui augmente quand une pathologie amyloïde et tau se développe dans le cerveau.
Il s’agit donc d’un biomarqueur de la maladie d’Alzheimer elle-même. La tau totale est une mesure plus large et moins spécifique ; c’est la p-tau217 qui concentre aujourd’hui l’attention.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang, généralement sur plasma. Selon les laboratoires, le jeûne n’est pas exigé ; suivez la consigne du vôtre. Le délai de centrifugation et la conservation de l’échantillon sont encadrés par le laboratoire, car les protéines du cerveau présentes à de très faibles concentrations sont sensibles à la manipulation.
Précisez au prescripteur vos antécédents rénaux et tout traitement. Ce dosage se prescrit dans un cadre spécialisé, en consultation mémoire, chez une personne qui a des troubles cognitifs.
Comment lire le résultat
L’unité courante est le pg/mL, mais elle varie selon les plateformes, et les seuils ne sont pas transposables d’un test à l’autre. Nous n’avons pas trouvé de valeurs de référence consensuelles dans les sources vérifiées ; les laboratoires fournissent des seuils propres à leur méthode, parfois sous forme de deux seuils délimitant une zone intermédiaire. Un résultat se lit en lien avec les symptômes, l’âge et l’ensemble du bilan.
Un résultat élevé rend plausible une pathologie d’Alzheimer ; un résultat bas la rend peu probable. Entre les deux, une zone grise impose souvent un examen de confirmation (TEP ou ponction lombaire). Ce chiffre ne remplace jamais l’évaluation d’un médecin spécialiste.
Ce que dit la science
Dans une étude du JAMA portant sur trois cohortes (1 402 participants), la p-tau217 plasmatique distinguait la maladie d’Alzheimer d’autres maladies neurodégénératives avec une aire sous la courbe de 0,96 dans la cohorte BioFINDER-2, avec une précision significativement supérieure à celle de la p-tau181, de la NfL et de l’IRM, et sans différence significative avec les mesures dans le liquide cérébrospinal ou le TEP tau (Palmqvist et al., 2020)1. Dans une cohorte familiale, les taux étaient plus élevés chez les porteurs d’une mutation de PSEN1 à partir d’environ 25 ans, soit 20 ans avant le début estimé des troubles.
L’Alzheimer’s Association a publié en 2025 une recommandation de pratique clinique : un test sanguin avec au moins 90 % de sensibilité et 75 % de spécificité peut servir de test de tri, et un test avec au moins 90 % de sensibilité et 90 % de spécificité peut remplacer le TEP amyloïde ou la ponction lombaire chez des personnes ayant des troubles cognitifs et vues en soins spécialisés (Palmqvist et al., 2025)2. Le panel prévient que beaucoup de tests commerciaux n’atteignent pas ces seuils, surtout avec un seuil unique, et que ces tests ne remplacent pas l’évaluation clinique complète.
Ce qui est démontré : la p-tau217 est l’un des meilleurs biomarqueurs sanguins disponibles pour reconnaître la maladie d’Alzheimer chez une personne symptomatique, dans un cadre spécialisé. Ce qui ne l’est pas : son utilité pour dépister des personnes sans symptôme, la valeur d’un test isolé non évalué, ou une interprétation hors de ce cadre.
Les analyses à associer
- Bêta-amyloïde sanguin : voie amyloïde.
- Neurofilaments légers : souffrance neuronale non spécifique.
- Gène APOE : principal facteur de risque génétique.
À retenir
- La p-tau217 reflète la pathologie de la maladie d’Alzheimer, pas la forme ou la performance.
- Elle est validée chez des personnes ayant des troubles cognitifs, en soins spécialisés.
- Un test peut servir de tri s’il atteint 90 % de sensibilité et 75 % de spécificité, et de substitut s’il atteint 90 % et 90 %.
- Les seuils sont propres à chaque test ; beaucoup de tests commerciaux n’atteignent pas ces niveaux.
- Le résultat se discute avec un spécialiste, jamais seul.
Sources éditoriales et fact-checking2 sources vérifiées2 études