Ce que mesure l’analyse
Le peptide bêta-amyloïde (Aβ) est issu du découpage d’une protéine membranaire des neurones, la protéine précurseur de l’amyloïde. Deux formes dominent : Aβ40, abondante, et Aβ42, plus longue et plus susceptible de s’agréger en plaques. Dans la maladie d’Alzheimer, Aβ42 se dépose dans le cerveau sous forme de plaques ; en conséquence, son rapport à Aβ40 dans le liquide cérébrospinal puis dans le sang tend à baisser.
Le dosage sanguin du rapport Aβ42/Aβ40 est donc un indicateur indirect de la présence de plaques amyloïdes. Il ne mesure pas la tau ni le degré de lésion des neurones, et il ne détecte pas les autres causes de démence.
Comment se passe le prélèvement
Il s’agit d’une prise de sang, en général sur plasma. Les consignes (jeûne, horaire) dépendent du laboratoire : suivez les vôtres. Les peptides amyloïdes sont fragiles et peuvent s’adsorber sur les parois des tubes ou se dégrader, ce qui rend le type de tube, la vitesse de centrifugation et la congélation déterminants.
Signalez vos antécédents (rénaux notamment) et votre traitement. Ce dosage se prescrit dans le cadre d’un bilan neurologique spécialisé, et non comme examen de routine.
Comment lire le résultat
Le résultat est un ratio, sans unité. Plus il est bas, plus la probabilité d’amyloïdose cérébrale augmente. Mais le seuil dépend de la méthode : dans une étude, un dosage par immunoprécipitation et spectrométrie de masse retenait un seuil de 0,1218 (Schindler et al., 2019)1. Ce chiffre ne s’applique pas à un autre dosage : vérifiez les seuils fournis par votre laboratoire.
L’interprétation se fait à plusieurs niveaux : l’âge, le génotype APOE, les symptômes et les autres biomarqueurs. Un rapport bas n’est pas un diagnostic ; un rapport normal n’écarte pas toutes les causes de troubles cognitifs.
Ce que dit la science
Dans l’étude de Schindler, menée chez 158 personnes surtout sans trouble cognitif, le rapport Aβ42/Aβ40 plasmatique concordait avec le statut en TEP amyloïde (aire sous la courbe de 0,88 ; IC 95 % : 0,82-0,93), et avec le rapport p-tau181/Aβ42 du liquide cérébrospinal (0,85) ; en combinant le rapport, l’âge et le statut APOE ε4, l’aire atteignait 0,94 (Schindler et al., 2019). Chez les personnes dont le TEP était négatif mais dont le rapport plasmatique était positif, le risque de devenir TEP positif était multiplié par 15. Ces résultats sont encourageants, mais la cohorte est petite et la méthode, très précise, n’est pas celle de tous les laboratoires.
La recommandation de pratique clinique de l’Alzheimer’s Association de 2025 considère le rapport Aβ42/40 parmi les biomarqueurs sanguins évalués. Un test avec au moins 90 % de sensibilité et 75 % de spécificité peut servir de tri, et un test avec au moins 90 % de sensibilité et de spécificité peut remplacer le TEP amyloïde ou la ponction lombaire chez des personnes ayant des troubles cognitifs et vues en soins spécialisés. Le panel prévient que beaucoup de tests commerciaux n’atteignent pas ces seuils, surtout avec un seuil unique (Palmqvist et al., 2025)2.
Ce qui est démontré : un rapport bas va dans le sens d’une amyloïdose cérébrale, avec une bonne concordance en recherche. Ce qui ne l’est pas : qu’un test isolé suffise à diagnostiquer la maladie, ou que l’on puisse l’utiliser sans cadre spécialisé pour rassurer ou inquiéter une personne sans symptôme. Le niveau de preuve reste celui d’un marqueur émergent.
Les analyses à associer
- Protéine tau : la p-tau217 reflète la pathologie amyloïde et tau.
- Neurofilaments légers : souffrance neuronale non spécifique.
- Gène APOE : modifie la probabilité d’amyloïdose.
À retenir
- Le rapport Aβ42/40 bas évoque des plaques amyloïdes, mais ne pose pas un diagnostic.
- Les seuils dépendent de la méthode et ne se transposent pas d’un test à l’autre.
- Dans une étude, il concordait bien avec le TEP amyloïde, mais sur une petite cohorte.
- La recommandation de 2025 limite l’usage aux personnes avec troubles cognitifs, en soins spécialisés, avec des tests atteignant des seuils précis.
- Le résultat se discute avec un spécialiste, avec l’âge, l’APOE et les autres examens.
Sources éditoriales et fact-checking2 sources vérifiées2 études