Ce que mesure l’analyse
La plupart des maladies fréquentes, comme la maladie coronarienne, le diabète de type 2 ou le cancer du sein, ne dépendent pas d’un seul gène muté. Elles résultent de l’addition de nombreux variants génétiques courants, chacun ayant un très petit effet. Un score de risque polygénique (PRS) additionne ces variants, en les pondérant selon leur effet estimé dans de grandes études d’association pangénomique (GWAS), qui comparent le génome de nombreux malades et de nombreux témoins.
Le résultat est un score propre à une maladie donnée. Il vous situe par rapport à une population de référence, le plus souvent sous forme de percentile : un percentile élevé signifie que votre score dépasse celui de la majorité des personnes de la référence. Contrairement à un test monogénique, qui cherche une mutation rare responsable d’une maladie héréditaire, le PRS ne détecte aucune mutation : il estime une prédisposition globale.
L’ADN est lu sur une puce de génotypage ou par séquençage, puis le score est calculé par un algorithme. Le même ADN peut donc donner des scores différents selon la liste de variants et les poids utilisés.
Comment se passe le prélèvement
L’ADN est extrait d’un échantillon de salive ou d’une prise de sang. Aucune préparation n’est nécessaire : l’ADN ne varie ni avec les repas, ni avec l’effort, ni avec l’heure, et un seul prélèvement suffit pour la vie. Pour un kit de salive, suivez les consignes du fabricant, qui demandent en général de ne pas manger, boire, fumer ni se brosser les dents juste avant.
Vos données génétiques sont des données de santé sensibles. Vérifiez où l’échantillon est analysé, comment il est conservé et détruit, et si les données peuvent être réutilisées pour la recherche. Un résultat de ce type devrait s’accompagner d’un conseil médical ou génétique qui l’explique.
Comment lire le résultat
Le rapport indique, pour chaque maladie, un percentile ou un risque relatif, parfois un niveau (faible, moyen, élevé). Il n’existe ni unité universelle ni valeur de référence consensuelle : chaque laboratoire utilise ses propres scores, sa propre population de référence et ses propres seuils. Pour cette raison, aucun repère chiffré n’est donné ici.
Trois précisions aident à lire un résultat. D’abord, un risque relatif n’est pas un risque absolu : une personne à haut risque relatif d’une maladie rare reste le plus souvent peu exposée en valeur absolue. Ensuite, le score ne dit rien de ce qui se passera, il déplace une probabilité. Enfin, le résultat n’a de sens qu’avec votre contexte : âge, sexe, antécédents familiaux, tension, bilan lipidique, glycémie, tabac. Le PRS se lit à côté de ces éléments, jamais à leur place.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : émergent. Une revue de référence rappelle que les attentes initiales envers les études pangénomiques étaient élevées, que les premiers résultats ont fait juger la prédiction génétique peu utile, mais que des travaux récents montrent l’intérêt du profilage polygénique pour identifier des groupes de personnes qui bénéficieraient de connaître leur susceptibilité (Torkamani et al., 2018)1.
Dans une analyse de 2018, des scores construits pour cinq maladies courantes ont repéré 8,0 % de la population à risque plus de trois fois supérieur pour la maladie coronarienne, 6,1 % pour la fibrillation atriale, 3,5 % pour le diabète de type 2, 3,2 % pour les maladies inflammatoires de l’intestin et 1,5 % pour le cancer du sein. Pour la maladie coronarienne, cette proportion est 20 fois supérieure à la fréquence des porteurs de mutations rares conférant un risque comparable (Khera et al., 2018)2.
Dans la cohorte suédoise de Malmö (28 556 participants suivis plus de vingt ans), le risque coronarien sur la vie entière allait de 16 % dans le décile le plus bas du score à 48 % dans le plus haut. L’apport du score à la prédiction dépassait celui de chacun des onze facteurs de risque traditionnels testés, il était très peu corrélé au risque clinique à dix ans et améliorait la discrimination de cette estimation, avec des résultats retrouvés chez 325 003 participants de la UK Biobank (Hindy et al., 2020)3.
Les limites restent importantes. Ces études montrent une capacité à stratifier des populations, pas à prédire le sort d’un individu. La performance d’un score dépend de la population dans laquelle il a été construit, et l’intérêt de décisions de prévention fondées sur ces scores reste à démontrer par des essais. Le PRS n’est ni un diagnostic ni un traitement, et il n’autorise aucune décision médicale sans avis d’un médecin.
Les analyses à associer
Le LDL cholestérol et la lipoprotéine (a) mesurent des facteurs de risque coronarien directs, dont l’un est largement déterminé par les gènes. L’hémoglobine glyquée situe votre équilibre glycémique réel. Le gène APOE apporte un éclairage génétique ciblé sur le métabolisme des lipides. Ces dosages disent ce qui se passe maintenant, quand le score dit ce qui est plus ou moins probable.
À retenir
- Un score polygénique additionne de nombreux variants fréquents à petit effet pour une maladie donnée.
- Il donne un risque relatif par rapport à une population de référence, pas un diagnostic.
- Les scores et les seuils varient selon les laboratoires : aucune valeur de référence consensuelle.
- Pour la maladie coronarienne, il complète le risque clinique mais ne le remplace pas.
- Sa lecture se fait avec un médecin, en tenant compte de l’âge, des antécédents et des bilans sanguins.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études