Ce que mesure l’analyse
La sarcosine (N-méthylglycine) est un dérivé de la glycine, le plus simple des acides aminés, portant un groupement méthyle en plus. Elle est un maillon du métabolisme du carbone à une unité, la voie par laquelle l’organisme transfère des groupements méthyle. Elle est notamment produite à partir de la glycine par une enzyme, la glycine N-méthyltransférase, ou à partir de la diméthylglycine, elle-même issue de la choline et de la bétaïne. Une autre enzyme, la sarcosine déshydrogénase, la dégrade ensuite en glycine.
Le dosage dans le sang et les urines cherche d’abord à repérer un blocage de cette dégradation. Il est aussi étudié, en recherche, dans certains cancers.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement est sanguin (plasma) et/ou urinaire, selon le laboratoire et le motif. Le jeûne, le moment de la journée et la conservation dépendent du laboratoire : suivez sa consigne écrite. Signalez tout complément contenant de la sarcosine, de la choline ou de la bétaïne. Les échantillons sont acheminés au froid.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en micromoles par litre dans le sang et en micromoles par millimole de créatinine dans les urines. Chaque laboratoire a ses propres normes, qui dépendent de la méthode et de la population de référence : aucun seuil consensuel ne permet de trancher seul.
La sarcosine est normalement présente en très faible quantité dans les urines, voire indétectable selon la méthode employée (Lee et al., 2006)1. Sa présence dans les urines doit donc attirer l’attention. Une valeur élevée évoque d’abord une sarcosinémie. Il faut aussi écarter un déficit en folates et une acidurie glutarique de type II, selon les mêmes auteurs.
Ce que dit la science
La sarcosinémie est un trouble autosomique récessif rare. Dans un programme de dépistage urinaire néonatal au Massachusetts, son incidence observée était de 1 pour 350 000, avec des concentrations plasmatiques de 80 à 603 µmol/L chez les enfants atteints. Ceux-ci avaient un examen normal et des scores d’intelligence dans la norme, ce qui a conduit à conclure que la sarcosinémie est probablement bénigne et que les troubles décrits ailleurs sont sans doute fortuits (Levy et al., 1984)2. Des anomalies neurodéveloppementales ne sont rapportées que rarement, dans un contexte génétique et environnemental particulier (Deutsch et al., 2006)3.
Pour le cancer de la prostate, la piste vient d’une étude de 2009 : en analysant plus de 1 126 métabolites sur 262 échantillons cliniques, ses auteurs ont montré que la sarcosine augmentait lors de la progression vers la forme métastatique et pouvait être détectée dans les urines (Sreekumar et al., 2009)4. Depuis, une revue décrit encore les données sur la sarcosine comme préliminaires (Ferro et al., 2016)5.
Une étude pilote plus récente a trouvé la sarcosine urinaire plus élevée chez 101 patients atteints que chez 52 témoins, sans différence selon le PSA ou le score de Gleason. Les deux groupes différaient aussi fortement par l’âge (71 ans en moyenne contre 40), et les auteurs demandent des études plus larges (Delkov et al., 2022)6.
Ce qui est démontré : la sarcosinémie existe, elle est rare et le plus souvent bénigne. Ce qui ne l’est pas : qu’un taux de sarcosine puisse dépister ou suivre un cancer de la prostate. Pour la prostate, le niveau de preuve est celui d’une piste de recherche.
Les analyses à associer
La glycine est l’acide aminé de départ et d’arrivée de la voie. La diméthylglycine en est l’étape précédente. Le PSA reste, avec l’avis du médecin, la référence pour la prostate ; la sarcosine ne le remplace pas. Le profil des acides aminés urinaires situe la sarcosine dans le contexte global.
À retenir
- La sarcosine est un intermédiaire entre la choline et la glycine.
- Une sarcosinémie est rare et le plus souvent bénigne.
- Devant de la sarcosine urinaire, d’autres causes (folates, acidurie glutarique de type II) sont à écarter.
- Son intérêt pour la prostate reste exploratoire et non validé pour le diagnostic.
- Chaque laboratoire a ses normes : discutez tout résultat avec votre médecin.
Sources éditoriales et fact-checking6 sources vérifiées6 études