Ce que mesure l’analyse
Le rapport testostérone sur cortisol compare deux hormones aux effets opposés sur le muscle. La testostérone favorise la synthèse des protéines musculaires, on la dit anabolique. Le cortisol, hormone du stress, favorise leur dégradation, on le dit catabolique. Au niveau de la cellule musculaire, les deux sont des agonistes en compétition sur les récepteurs, et le rapport est utilisé comme indication du bilan anabolique/catabolique (Urhausen et al., 1995)1.
L’analyse consiste donc à doser les deux hormones, dans le sang ou dans la salive, puis à calculer leur rapport. C’est un calcul, non une hormone : sa valeur dépend entièrement de la qualité des deux dosages qui le composent.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement se fait sur sang veineux ou sur salive. Les deux hormones varient au cours de la journée, avec des valeurs plus élevées le matin : le prélèvement doit donc toujours avoir lieu au même horaire, dans des conditions comparables (repos, jeûne ou non, délai depuis la dernière séance).
Pour un suivi, faites toujours le dosage dans le même laboratoire, avec la même méthode, et dans les mêmes conditions de repos. Prévenez de tout traitement hormonal, de corticoïdes ou de compléments qui agissent sur ces hormones, et de la phase du cycle menstruel chez la femme.
Comment lire le résultat
Aucune valeur de référence consensuelle n’existe pour ce rapport, et aucune n’a pu être vérifiée dans la littérature indexée. Le résultat dépend du choix de testostérone totale ou libre, des unités de chaque hormone et du support (sang ou salive). Deux rapports calculés avec des unités ou des méthodes différentes ne sont pas comparables.
La seule lecture raisonnable est donc individuelle : la même personne, la même méthode, à des dates différentes. Une baisse pendant une période d’entraînement lourd est attendue ; son importance ne permet pas, à elle seule, de conclure à un problème.
Ce que dit la science
La revue de référence sur les hormones sanguines comme marqueurs de la charge d’entraînement indique que ce rapport diminue en fonction de l’intensité et de la durée de l’effort, ainsi que pendant des périodes d’entraînement intense ou de compétitions répétées, et qu’il peut remonter avec des mesures de récupération. Des corrélations ont été notées avec les variations de force induites par l’entraînement. Mais ses auteurs jugent plus probable que le rapport indique la contrainte physiologique réelle de l’entraînement plutôt que le syndrome de surentraînement (Urhausen et al., 1995)2.
Les recommandations conjointes du Collège européen et du Collège américain de médecine du sport vont dans le même sens. La distinction entre surmenage non fonctionnel et syndrome de surentraînement est très difficile et repose sur l’évolution clinique et le diagnostic d’exclusion. Plusieurs marqueurs (hormones, tests de performance, tests psychologiques, marqueurs biochimiques et immunitaires) sont utilisés, mais aucun ne remplit tous les critères pour être généralement accepté (Meeusen et al., 2013)3.
Une revue systématique de 38 études sur les aspects hormonaux du surentraînement conclut que les niveaux de base des hormones sont le plus souvent normaux chez les athlètes en surentraînement ou en surmenage par rapport à des athlètes sains. Les réponses de l’hormone de croissance et de l’ACTH à des tests de stimulation, en conditions d’effort maximal, sont émoussées, alors que les résultats sont discordants pour le cortisol et les catécholamines. Les hormones de base sont donc de mauvais prédicteurs (Cadegiani et Kater, 2017)4. Cette revue ne détaille pas le rapport testostérone/cortisol séparément, mais elle suffit à mettre en garde contre toute interprétation d’un dosage de base isolé.
Le niveau de preuve est donc faible pour l’usage que beaucoup lui attribuent. Le rapport peut aider à suivre une charge d’entraînement dans un cadre encadré, il ne diagnostique pas le surentraînement.
Les analyses à associer
La testostérone libre et la SHBG permettent de comprendre l’écart entre testostérone totale et fraction active. Le cortisol sanguin, lu séparément, évite de confondre une baisse de testostérone et une hausse de cortisol. La créatine kinase accompagne souvent une charge d’entraînement lourde. En cas de fatigue durable, c’est le bilan global, clinique et biologique, qui compte.
À retenir
- Le rapport compare une hormone qui construit le muscle et une qui le dégrade.
- Il baisse avec l’intensité de l’entraînement et remonte avec la récupération.
- Il reflète la contrainte du moment, plus que le surentraînement.
- Aucun marqueur hormonal ne suffit à diagnostiquer un surentraînement.
- Seule la comparaison avec vos propres valeurs, dans les mêmes conditions, a un sens.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées2 études