Ce que mesure l’analyse
Pendant l’effort, le muscle produit du lactate en continu, et le corps en élimine une partie en le transformant ou en l’utilisant comme carburant. Tant que l’intensité reste modérée, production et élimination s’équilibrent. Quand l’intensité monte, le lactate s’accumule dans le sang. Le test de lactate à l’effort consiste à prélever une goutte de sang à chaque palier d’un test d’intensité croissante, pour tracer la courbe de lactate en fonction de l’allure ou de la puissance.
On en tire des seuils lactiques, c’est-à-dire des points de la courbe où la lactatémie quitte sa valeur de repos ou s’envole. Ces seuils servent à estimer l’endurance et à définir des zones d’entraînement. Le mot « seuil » est cependant trompeur : il recouvre des concepts très différents.
Comment se passe le prélèvement
Le test se déroule sur tapis, vélo ou autre ergomètre, avec des paliers d’intensité croissante. À la fin de chaque palier, une goutte de sang est prélevée au lobe de l’oreille ou au bout du doigt, puis analysée immédiatement par un lactatomètre. La peau doit être propre et sèche, car la sueur fausse la mesure.
Pour que deux tests soient comparables, gardez le même protocole, le même appareil, la même heure et les mêmes conditions : alimentation, sommeil, séance de la veille. Des conditions chaudes ou une fatigue importante modifient la courbe.
Comment lire le résultat
Le résultat s’exprime en millimoles par litre (mmol/L) à chaque palier, et le plus utile est la forme de la courbe plus que chaque point. Aucune valeur de référence n’existe pour une « bonne » lactatémie : elle dépend de l’intensité, de la durée des paliers, de l’entraînement et de l’alimentation.
Une courbe décalée vers la droite, c’est-à-dire un lactate plus bas à la même allure, indique une amélioration de la capacité d’endurance. Cette lecture globale est l’usage le plus solide : elle indique une direction, sans chiffrer précisément le gain.
Ce que dit la science
Une revue de référence a recensé 25 concepts de seuil lactique différents, répartis en trois catégories : des valeurs fixes de lactate lors d’un test progressif, la détection de la première hausse au-dessus de la valeur de repos, et la détection du MLSS (la plus haute intensité où production et élimination du lactate s’équilibrent) ou d’un changement net de pente de la courbe. Sur 32 études comparant ces seuils à la performance d’endurance, la grande majorité rapportait de fortes corrélations linéaires, surtout pour la course, et certains seuils peuvent estimer le MLSS. Les auteurs soulignent que la variabilité individuelle de l’écart entre un seuil et le MLSS est rarement rapportée (Faude et al., 2009)1. En clair, un seuil donne un bon indicateur de performance, mais son lien exact avec l’intensité soutenable pour vous reste incertain.
Le MLSS lui-même est discuté. Selon des chercheurs en physiologie de l’effort, il survient à une puissance un peu plus basse que la puissance critique, tenable pas plus de 20 à 30 minutes environ, et il sous-estimerait l’état métabolique maximal réel. Ils plaident pour considérer la puissance critique comme la référence (Jones et al., 2019)2. Cette position est celle d’un groupe de chercheurs, qui reste en débat.
Pour la prescription d’intensité, une revue critique conclut que fixer l’intensité à un pourcentage de la VO2max, de la fréquence cardiaque maximale ou de la puissance maximale a peu de mérite pour provoquer des perturbations propres à chaque domaine d’effort. Elle trouve des arguments en faveur de la validité des seuils lactiques et ventilatoires pour délimiter les domaines modéré et lourd, mais peu pour la plupart des méthodes servant à délimiter les domaines lourd et sévère, à l’exception de la puissance critique (Jamnick et al., 2020)3.
Enfin, le lactate maximal peut aussi servir de signal. Dans la forme parasympathique du surentraînement, la sécrétion maximale de catécholamines diminue et la mobilisation des réserves anaérobies est incomplète, ce qui conduirait à des taux maximaux de lactate plus bas (Urhausen et al., 1995)4. Cette hypothèse ne permet pas, à elle seule, de diagnostiquer un surentraînement.
Les analyses à associer
Le lactate sanguin de repos situe le point de départ de la courbe. L’ammoniac à l’effort et l’urée après l’effort sont d’autres marqueurs métaboliques utilisés dans la littérature sportive. La ferritine se discute devant une baisse de performance sans cause apparente.
À retenir
- Le lactate monte avec l’intensité, et le test en trace la courbe palier par palier.
- Il n’existe pas un seuil lactique, mais de nombreux concepts qui donnent des valeurs différentes.
- Comparez deux tests uniquement s’ils ont été faits avec le même protocole et dans les mêmes conditions.
- Les pourcentages fixes de fréquence cardiaque ou de VO2max prescrivent mal les domaines d’intensité.
- Aucune valeur seule ne définit un « bon » lactate : c’est la courbe et son évolution qui comptent.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études