Ce que mesure l’analyse
L’aldolase, ou fructose-bisphosphate aldolase, est une enzyme de la glycolyse, la voie qui dégrade le glucose pour produire de l’énergie. Elle coupe une molécule de fructose-1,6-bisphosphate en deux fragments à trois atomes de carbone. Elle existe sous plusieurs formes selon les organes : une forme surtout musculaire, une forme hépatique et une forme cérébrale.
Quand les fibres musculaires sont abîmées, l’aldolase passe dans le sang, comme la créatine kinase. On la dose pour apprécier l’atteinte du muscle, en particulier dans les myopathies inflammatoires. Comme les autres enzymes de ce type, elle est peu spécifique, ce qui impose de la lire avec la CK et avec la clinique.
Comment se passe le prélèvement
C’est une prise de sang veineuse, dosée sur sérum. Prévenez le laboratoire et votre médecin de tout effort intense récent, d’une injection intramusculaire ou d’un traumatisme. Un effort excentrique intense peut faire monter l’aldolase pendant plusieurs jours. Un prélèvement tardif ou une manipulation difficile peuvent aussi modifier le résultat : suivez les consignes du laboratoire pour le transport et la conservation.
Le jeûne n’est généralement pas un facteur, mais demandez au laboratoire s’il a une consigne propre à sa méthode.
Comment lire le résultat
L’aldolase s’exprime en unités par litre (U/L). Les valeurs de référence dépendent de la méthode du laboratoire, et aucun repère consensuel vérifié ne peut être donné ici. Utilisez les normes imprimées sur votre compte rendu, et jugez surtout l’évolution entre deux prélèvements et la concordance avec la CK.
Une aldolase élevée évoque une atteinte du muscle, mais elle ne dit ni la cause ni la gravité. Elle ne se lit jamais seule : le médecin la confronte à la clinique, à la CK et aux autres enzymes. Une aldolase légèrement haute après un effort récent est attendue.
Ce que dit la science
Après un exercice excentrique localisé, neuf jeunes hommes ont réalisé des séries de montées sur la pointe du pied avec une seule jambe. La CK et l’aldolase augmentaient significativement à 72 heures et restaient élevées à 96 heures, tandis que la LDH n’augmentait significativement qu’à 96 heures. L’aldolase montrait une variabilité entre individus relativement plus faible que la CK, et elle était corrélée à la sensibilité douloureuse d’un des muscles du mollet à 72 heures (Kanda et al., 2014)1. L’échantillon est petit, mais cette étude suggère que l’aldolase pourrait être moins variable que la CK, ce qui reste à confirmer.
Dans les myopathies inflammatoires, l’aldolase a été comparée à l’imagerie. Chez 20 patients atteints de polymyosite ou de dermatomyosite non encore traités, la captation musculaire du FDG en TEP-scanner était corrélée au taux sérique de CK (ρ = 0,54) et à celui d’aldolase (ρ = 0,64), ce qui indique que ces enzymes reflètent, au moins en partie, l’activité de l’inflammation musculaire (Tanaka et al., 2013)2. Il s’agit d’une étude rétrospective sur un petit effectif.
Chez l’enfant atteint de myopathie inflammatoire, une étude transversale a comparé l’aldolase, la LDH, l’ASAT et la CPK à la fonction pulmonaire. Les enfants dont seule la capacité de diffusion du monoxyde de carbone était diminuée avaient une LDH augmentée et une aldolase élevée, alors que ceux dont seule la capacité pulmonaire totale était diminuée avaient une CPK élevée (Prestridge et al., 2013)3. Cette étude suggère que chaque enzyme peut donner une information différente, mais l’effectif est faible et l’étude descriptive.
Le niveau de preuve est donc intermédiaire. L’aldolase est utilisée en pratique, surtout en rhumatologie et en neurologie, mais les données publiées reposent sur de petits effectifs et sur des corrélations. Elle n’a pas de seuil de décision validé.
Les analyses à associer
La créatine kinase reste le marqueur de première ligne. La LDH et l’ASAT apportent une vision plus large de la souffrance cellulaire. La lecture conjointe de ces enzymes, plutôt que de chacune isolément, donne la meilleure image de l’atteinte musculaire.
À retenir
- L’aldolase est une enzyme de la glycolyse, très présente dans le muscle.
- Après un effort excentrique, elle monte avec un retard comparable à celui de la CK.
- Dans les myosites, elle est corrélée à l’inflammation musculaire, mais sur de petits effectifs.
- Elle est peu spécifique et ne se lit jamais seule.
- Les normes dépendent du laboratoire.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études