Ce que mesure l’analyse
Le vagin abrite une flore bactérienne qui, chez la plupart des femmes en âge d’avoir des enfants, est dominée par des lactobacilles. Ces bactéries produisent de l’acide lactique, qui maintient un milieu acide défavorable à de nombreux micro-organismes indésirables.
Le score de Nugent est une méthode de lecture d’un frottis vaginal coloré au Gram. Au microscope, le biologiste compte trois types de bactéries : les lactobacilles, les petits bâtonnets de type Gardnerella ou Bacteroides, et les bâtonnets incurvés. Il en tire une note de 0 à 10, combinaison pondérée de ces trois types (Nugent et al., 1991)1. Plus la note est élevée, plus les lactobacilles ont reculé au profit d’autres bactéries.
Certains laboratoires proposent aussi une analyse du microbiote vaginal par séquençage de l’ADN bactérien. Elle décrit la flore de façon plus détaillée, mais elle est moins standardisée que le score de Nugent.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement est un frottis réalisé par un médecin, une sage-femme ou parfois par vous-même, avec un écouvillon (sorte de coton-tige stérile) passé sur la paroi du vagin. L’échantillon est ensuite étalé sur une lame ou placé dans un milieu de transport, selon le laboratoire.
Quelques règles de préparation courantes : éviter les douches vaginales, les ovules, les crèmes et les antiseptiques intimes dans les jours précédents ; ne pas réaliser le prélèvement pendant les règles ; respecter la consigne du laboratoire concernant les rapports sexuels. Signalez les antibiotiques ou les antifongiques récents, qui modifient la flore. La durée exacte de ces précautions varie selon le laboratoire : suivez sa notice.
Comment lire le résultat
Le résultat est une note de 0 à 10. À partir de 7, la note est considérée comme évocatrice d’une vaginose bactérienne, un déséquilibre de la flore (Nugent et al., 1991)2. Sous ce seuil, le score ne parle pas de vaginose. L’article d’origine précise que ce score donne des gradations du trouble de la flore, qui pourraient correspondre à des niveaux de risque différents pendant la grossesse. Une note intermédiaire invite donc à la prudence, pas à l’alarme.
Il faut aussi connaître la variabilité normale. Chez 396 femmes sans symptôme, la flore vaginale se répartissait en cinq groupes : quatre dominés par une espèce de lactobacille (L. iners, L. crispatus, L. gasseri ou L. jensenii) et un cinquième avec moins de bactéries lactiques et davantage de bactéries anaérobies strictes (Ravel et al., 2011)3. Le pH moyen variait aussi d’un groupe de femmes à l’autre, de 4,2 chez les femmes blanches à 5,0 chez les femmes hispaniques dans la même étude (Ravel et al., 2011)4. Les auteurs plaident pour une définition plus fine de ce qu’est une flore « normale », qui tienne compte des différences entre individus.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est « courant » : le score de Nugent est la méthode de référence utilisée en recherche et en pratique pour qualifier la flore vaginale sur frottis. Il a été conçu pour améliorer la fiabilité de la lecture. Entre centres, sa reproductibilité s’est montrée meilleure que celle des critères de Spiegel, avec un coefficient de corrélation de 0,82 contre 0,61 (Nugent et al., 1991)5. Cette amélioration est réelle, mais elle ne supprime pas la part de subjectivité de la lecture.
Plusieurs limites méritent d’être connues. Le score donne une image de la flore à un instant, pas de son évolution. Il ne recherche pas à lui seul les infections sexuellement transmissibles ni les levures. Et la flore dite « idéale » varie d’une femme à l’autre : une flore pauvre en lactobacilles ne signifie pas forcément une maladie quand elle ne s’accompagne d’aucun symptôme.
Chez la jeune fille, la flore commence à ressembler à celle de l’adulte avant les premières règles. Dans une étude de 31 filles de 10 à 12 ans, les lactobacilles dominaient la flore de la plupart d’entre elles bien avant la puberté avancée, et Gardnerella vaginalis, associée à la vaginose chez l’adulte, était détectée à des niveaux appréciables chez environ un tiers des participantes (Hickey et al., 2015)6. Cet exemple montre qu’une bactérie détectée ne suffit pas à conclure à une maladie.
Enfin, les analyses de microbiote vaginal par séquençage sont plus récentes : chaque laboratoire a ses propres normes, et je n’ai pas retenu de repère chiffré publié pour ces profils.
Les analyses à associer
Les lactobacilles mesurés dans les selles ne remplacent pas le frottis vaginal, mais ils situent la flore intestinale. L’œstradiol permet de replacer le résultat dans son contexte hormonal, notamment à la ménopause ou après un accouchement. L’examen cytobactériologique des urines écarte une infection urinaire quand les symptômes se chevauchent.
À retenir
- Le score de Nugent note de 0 à 10 l’équilibre de la flore vaginale sur un frottis coloré au Gram.
- À partir de 7, il évoque une vaginose bactérienne ; le diagnostic revient au médecin.
- Une flore pauvre en lactobacilles n’est pas forcément pathologique chez une femme sans symptôme.
- Évitez douches, ovules et crèmes avant le prélèvement, et suivez la consigne du laboratoire pour les règles.
- Les profils par séquençage sont moins standardisés : chaque laboratoire a ses normes.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études