Ce que mesure l’analyse
GSTM1 et GSTT1 sont deux gènes qui codent des glutathion S-transférases, des enzymes qui attachent le glutathion à certains composés étrangers à l’organisme (xénobiotiques) : des produits de la combustion du tabac, des polluants, certains médicaments. Une fois liés au glutathion, ces composés sont plus solubles dans l’eau et plus faciles à éliminer. Le glutathion lui-même est un petit peptide produit par l’organisme, qui sert aussi de défense antioxydante.
La variation recherchée est radicale : la délétion, c’est-à-dire l’absence complète du gène. On parle de génotype « nul » lorsque les deux copies manquent. L’enzyme correspondante n’est alors pas fabriquée du tout. Le résultat se rend pour chaque gène : présent ou nul. L’analyse ne mesure ni le taux de glutathion, ni l’activité de l’enzyme, ni l’exposition à une substance donnée.
Comment se passe le prélèvement
Le test se fait sur une prise de sang ou sur un échantillon de salive. Il n’exige aucune préparation : l’ADN ne dépend ni du jeûne, ni de l’heure, ni de l’effort, ni des compléments. Pour la salive, suivez les consignes du kit (en général, ne rien manger ni boire juste avant). Le génotype est stable toute la vie : une seule analyse suffit.
En France, une analyse génétique ne peut être faite qu’à des fins médicales ou de recherche scientifique, avec votre consentement écrit. Demandez au laboratoire dans quel cadre légal il travaille et quelle technique il emploie.
Comment lire le résultat
Le rapport indique « présent » ou « nul » pour chaque gène. Il n’existe ni unité ni valeur de référence : ce n’est pas une mesure mais un statut génétique, et les deux situations sont fréquentes dans la population.
La technique compte. Certaines méthodes de PCR ne distinguent pas une personne qui porte une copie du gène de celle qui en porte deux : elles ne savent que séparer « nul » de « non nul ». Les méthodes qui comptent le nombre de copies sont plus précises. Si le rapport ne précise pas la méthode, posez la question. Gardez aussi en tête qu’un résultat « nul » ne dit rien de la manière dont les autres enzymes du glutathion compensent l’absence de celle-ci.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : non validé pour un usage individuel. Il existe des associations de population avec certains cancers, mais elles sont modestes, varient selon les groupes et leur fiabilité est débattue.
Dans une méta-analyse sur le cancer de la bouche, qui regroupait 49 études pour GSTM1 et 36 pour GSTT1, l’odds ratio global était de 1,551 (intervalle de confiance à 95 % : 1,355 à 1,774) pour le génotype GSTM1 nul et de 1,377 (1,155 à 1,642) pour le génotype GSTT1 nul (Kumar et al., 2022)1. Un odds ratio au-dessus de 1 signifie une association statistique avec un risque plus élevé dans ces études, pas une certitude pour un individu.
Pour le cancer du poumon, une méta-analyse suivie d’une réanalyse a jugé l’association très crédible seulement dans certains groupes : GSTM1 nul chez les Japonais (odds ratio de 1,30) et GSTT1 nul chez les Chinois (odds ratio de 1,31), mais pas dans l’ensemble des populations (Zhang et al., 2021)2.
Enfin, pour les cancers du col de l’utérus et de l’ovaire, une méta-analyse a trouvé quelques associations positives dans des sous-groupes, mais tous ces résultats ont été classés en faible confiance par des tests de fiabilité statistique : les auteurs recommandent de les interpréter avec prudence, car ils peuvent résulter d’un manque de plausibilité plutôt que d’une vraie association (Ye et al., 2023)3.
En pratique, ces données décrivent des populations et non des individus. Elles ne justifient ni dépistage, ni régime, ni complément fondés sur ce génotype. Les offres qui promettent d’« optimiser » vos défenses à partir de ce résultat vont au-delà de ce que les études montrent.
Les analyses à associer
Pour explorer le glutathion, mesurez-le directement : le glutathion réduit (la forme active), le glutathion oxydé et leur rapport donnent une image de l’équilibre redox. La gamma-glutamyl transférase, marqueur hépatique, intervient aussi dans le métabolisme du glutathion. Aucun de ces marqueurs n’est spécifique d’une maladie.
À retenir
- Le test dit si les gènes GSTM1 et GSTT1 sont présents ou entièrement absents chez vous.
- Il ne demande aucune préparation et son résultat ne change jamais.
- Un génotype nul est fréquent : ce n’est ni une maladie ni un diagnostic.
- Les associations avec certains cancers sont modestes, varient selon les populations et sont de fiabilité limitée.
- Aucune décision de santé ne devrait reposer sur ce seul résultat : discutez-en avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées