Ce que mesure l’analyse
Faecalibacterium prausnitzii est une bactérie très active sur le plan métabolique. Elle fermente des fibres et produit des acides gras à chaîne courte, dont le butyrate, qui nourrit les cellules de la paroi du côlon. Le laboratoire estime son abondance dans les selles, par PCR ciblée ou comme une ligne d’un profil de séquençage. Le résultat s’exprime en proportion relative ou en nombre de copies d’ADN par gramme, selon la méthode.
C’est la bactérie la plus abondante du microbiote intestinal des adultes en bonne santé, avec plus de 5 % des bactéries (Miquel et al., 2013)1. Ses variations ont été reliées à des déséquilibres du microbiote dans plusieurs maladies.
Comment se passe le prélèvement
Le prélèvement se fait chez vous, avec le kit du laboratoire, dans un tube ou un pot contenant parfois un liquide de conservation. Suivez la notice pour la quantité, le délai et l’expédition. Signalez les antibiotiques, probiotiques et laxatifs récents : ils modifient le résultat. Les consignes de conservation sont propres à chaque kit.
Comment lire le résultat
Le résultat est une abondance, pas un diagnostic. Aucun article PubMed vérifié ne publie de valeurs de référence communes pour cette bactérie dans les selles : cette fiche n’affiche donc pas de repère, et chaque laboratoire a ses normes, liées à sa méthode et à sa population de comparaison.
- Une abondance basse n’est pas une maladie, et une abondance haute n’est pas un bénéfice démontré.
- L’alimentation (fibres), le transit et les médicaments font varier le résultat.
- Un pourcentage relatif ne dit pas combien de bactéries sont présentes.
- Comparez deux analyses faites par le même laboratoire.
Ce que dit la science
Niveau de preuve : émergente (c). Le dosage de cette bactérie dans les selles est un objet de recherche, sans seuil validé pour décider d’un traitement.
L’étude fondatrice a été menée chez des patients atteints de maladie de Crohn. Une baisse de F. prausnitzii sur la muqueuse de l’iléon réséqué était associée à un risque plus élevé de récidive après la chirurgie. Une proportion plus faible était aussi liée à une récidive visible à l’endoscopie à 6 mois. Sur des cellules et dans un modèle de colite chez la souris, la bactérie et ses sécrétions réduisaient l’inflammation. Les auteurs y voyaient une piste de probiotique pour la maladie de Crohn (Sokol et al., 2008)2. Il s’agit d’une association chez des patients, doublée d’expériences sur cellules et chez l’animal.
Ce qui n’est pas démontré : qu’un taux fécal bas permette de diagnostiquer une maladie, qu’augmenter cette bactérie protège ou soigne, ou qu’un seuil existe. La mesure faite dans les selles n’est pas la mesure sur la muqueuse utilisée dans l’étude de référence.
Les analyses à associer
Le médecin peut replacer cette bactérie dans le profil du microbiote, la compléter par la calprotectine fécale (inflammation) et par les acides gras à chaîne courte fécaux (produits de fermentation). Le dosage seul ne guide pas la prise en charge.
À retenir
- Faecalibacterium prausnitzii est la bactérie la plus abondante du microbiote des adultes en bonne santé.
- Elle produit du butyrate et a montré des effets anti-inflammatoires sur cellules et chez la souris.
- Une baisse est associée à la maladie de Crohn, sans que cela permette de poser un diagnostic.
- Il n’existe pas de repère commun : chaque laboratoire a ses normes.
- Un résultat doit être discuté avec un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking2 sources vérifiées2 études