Ce que mesure l’analyse
Le lactate existe sous deux formes qui sont l’image l’une de l’autre dans un miroir : le L-lactate et le D-lactate. Le L-lactate est celui que fabriquent les muscles lors d’un effort et que mesure le dosage habituel. Le D-lactate, lui, n’est produit qu’en toute petite quantité par les cellules humaines : il provient surtout de bactéries du côlon qui fermentent des sucres. Dans une revue quantitative, la concentration plasmatique normale de D-lactate est d’environ 0,01 mM, alors qu’au cours d’un syndrome du grêle court elle peut dépasser 3 mM, avec acidose et symptômes neurologiques : c’est l’acidose D-lactique (Levitt et Levitt, 2020)1.
Le D-lactate peut se doser dans le sang et, dans un profil d’acides organiques, dans les urines. Il ne se détecte pas avec le dosage standard du lactate : il faut le demander explicitement.
Comment se passe le prélèvement
Le dosage sanguin se fait par prise de sang, avec des consignes de tube et de délai propres à chaque laboratoire, parce que le lactate continue de se former dans un échantillon mal conservé. Dans les urines, le recueil se fait dans un flacon fourni ou validé par le laboratoire, avec un rapport à la créatinine.
Si vous avez eu des symptômes après un repas riche en sucres, notez-le, car le moment du prélèvement par rapport au repas peut compter chez les patients à anatomie digestive modifiée. Indiquez aussi vos antibiotiques récents et votre chirurgie digestive éventuelle.
Comment lire le résultat
Le D-lactate sanguin s’exprime en général en mmol/L, et le D-lactate urinaire en mmol/mol de créatinine. Chaque laboratoire fixe ses normes selon sa méthode : aucun intervalle de référence publié et vérifié n’est affiché ici. Comparez votre valeur à celle de votre compte rendu.
Une élévation franche, associée à des symptômes (confusion, difficulté à parler, somnolence) et à une acidose, est un signal à prendre au sérieux : elle justifie un avis médical rapide. À l’inverse, une valeur à peine au-dessus de la norme chez une personne sans symptôme ni anomalie digestive connue n’a pas de signification établie. Un cas clinique décrit une femme de 54 ans atteinte de maladie de Crohn et de syndrome du grêle court, hospitalisée à plusieurs reprises pour une acidose métabolique sévère avec trou anionique augmenté et troubles de la conscience, finalement attribués au D-lactate (Podušel et al., 2021)2. Ce type de situation reste rare.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est « b » : le D-lactate est reconnu et utilisé pour explorer l’acidose D-lactique, mais pas validé comme marqueur général de dysbiose. Ce qui est établi : dans le syndrome du grêle court, la production bactérienne de D-lactate peut provoquer une acidose avec symptômes neurologiques (Levitt et Levitt, 2020). Des élévations modestes sont décrites dans d’autres situations digestives (ischémie, appendicite, maladie de Crohn), mais leur utilité diagnostique est présentée comme discutée.
Pour l’ischémie mésentérique aiguë, une revue conclut que le D-lactate est un marqueur intéressant mais aux résultats contradictoires, et qu’aucun test sanguin proposé n’est encore entré en pratique courante (Acosta et Nilsson, 2012)3. En d’autres termes, un D-lactate normal n’écarte pas cette urgence, et un D-lactate élevé ne la prouve pas.
Il existe aussi des causes génétiques : deux patients porteurs de variants inactivant la D-lactate déshydrogénase (LDHD) présentaient une élimination urinaire et des concentrations plasmatiques de D-lactate élevées, ce qui élargit le diagnostic différentiel de l’acidose D-lactique (Monroe et al., 2019)4. Ce déficit est rare.
Ce qui n’est pas démontré : qu’un D-lactate légèrement élevé chez une personne sans pathologie digestive traduise une pullulation bactérienne, qu’il prédise un symptôme, ou qu’on puisse le faire baisser par un régime ou un complément.
Les analyses à associer
Le lactate sanguin et l’acide lactique urinaire mesurent la forme L : comparer les deux formes oriente vers la bonne cause. Le trou anionique et les bicarbonates caractérisent l’acidose métabolique et permettent d’en mesurer l’ampleur. Ensemble, ils permettent de savoir si l’acidose est due au D-lactate ou à une autre cause.
À retenir
- Le D-lactate vient surtout des bactéries du côlon ; le lactate de l’effort est du L-lactate.
- L’acidose D-lactique est décrite surtout dans le syndrome du grêle court.
- Le dosage standard du lactate ne détecte pas le D-lactate : il faut le demander.
- Pour l’ischémie intestinale, les résultats du D-lactate sont contradictoires.
- Confusion, somnolence ou difficultés à parler avec un grêle court : consultez rapidement un médecin.
Sources éditoriales et fact-checking4 sources vérifiées4 études