Ce que mesure l’analyse
L’acide 3-indoleacétique, ou acide indole-3-acétique (IAA), est un dérivé du tryptophane, un acide aminé que l’on trouve dans les protéines. Dans le côlon, certaines bactéries transforment le tryptophane en IAA. Celui-ci est absorbé, passe dans le sang, puis les reins l’éliminent dans les urines. Son dosage urinaire donne donc un aperçu indirect de la fermentation du tryptophane par la flore.
Une étude de microbiologie a testé 26 souches représentant 25 espèces dominantes du côlon humain. Sept souches produisaient à la fois de l’acide phénylacétique et du 4-hydroxyphénylacétique, parmi lesquelles plusieurs Bacteroides, Eubacterium hallii et Clostridium bartlettii. Ces espèces produisaient aussi de l’IAA, et Clostridium bartlettii en fabriquait environ 100 fois plus que les six autres. La production d’IAA augmentait en présence de tryptophane (Russell et al., 2013)1. Il existe donc des producteurs d’IAA très inégaux : un taux élevé ne dit pas quelle espèce en est responsable.
Comment se passe le prélèvement
Le recueil se fait dans les urines, souvent les premières du matin, dans un flacon fourni ou validé par le laboratoire. Le résultat est rapporté à la créatinine pour compenser la dilution. La conservation suit les consignes du laboratoire, souvent au froid ou congelée.
Indiquez vos antibiotiques récents et vos traitements, et notez votre alimentation des jours précédents. Pour un suivi, répétez la mesure dans des conditions aussi proches que possible de la précédente.
Comment lire le résultat
L’IAA se rend en général en mmol/mol de créatinine. Aucun intervalle de référence urinaire publié et vérifié n’est disponible : chaque laboratoire a ses normes, et cette fiche n’affiche donc pas de cadran. Comparez votre valeur à celle de votre compte rendu.
Une valeur élevée indique une production ou une absorption plus importante de ce métabolite. Elle peut venir d’une alimentation riche en protéines, d’une flore favorisant certaines espèces productrices ou d’une variation alimentaire récente. Une valeur basse suit souvent une antibiothérapie. Ce qui compte vraiment, c’est de replacer l’IAA dans le profil : s’il monte avec les autres métabolites bactériens (indican, 4-crésol), on parle d’une fermentation protéique globalement active ; s’il est seul, il a moins de poids.
Ce que dit la science
Le niveau de preuve est « c », émergent. L’origine bactérienne de l’IAA est bien décrite (Russell et al., 2013). Le tryptophane donne aussi, via les bactéries, l’indoxyl sulfate, un métabolite lié à la fonction rénale et au risque cardiovasculaire dans des études de cohorte, sans qu’un lien de cause à effet soit établi (Ellis et al., 2016)2. Cette revue ne porte pas sur l’IAA : elle illustre que la voie bactérienne du tryptophane a des conséquences potentielles chez l’hôte, ce qui explique l’intérêt porté à ces marqueurs.
Dans le sang, l’IAA a fait l’objet d’une méthode de dosage validée sur 48 volontaires sains, avec des valeurs de référence propres à cette méthode (Sobolev et al., 2023)3. Ces valeurs concernent le sérum, pas les urines : elles ne sont pas transposables à votre compte rendu urinaire.
Ce qui n’est pas démontré : qu’une valeur urinaire d’IAA permette de diagnostiquer une dysbiose ou une maladie, qu’un seuil existe ou que la corriger apporte un bénéfice. Un résultat isolé est une piste de discussion, rien de plus.
Les analyses à associer
L’indican urinaire documente l’autre branche bactérienne du tryptophane. Le 4-hydroxyphénylacétique et le 4-crésol renseignent la voie de la tyrosine. Le dosage du tryptophane dans le sang précise la matière première disponible. Un séquençage du microbiote peut compléter, avec ses propres limites.
À retenir
- L’IAA est un métabolite bactérien du tryptophane, éliminé dans les urines.
- Les espèces productrices sont inégales : certaines produisent beaucoup plus que d’autres.
- Aucun repère urinaire publié et vérifié : comparez à votre laboratoire.
- Le niveau de preuve est émergent : pas de seuil diagnostique établi.
- Un résultat se discute avec un médecin, avec votre alimentation et vos traitements.
Sources éditoriales et fact-checking3 sources vérifiées3 études